Israël, le Liban et les États-Unis ont signé un accord-cadre à Washington vendredi 26 juin, marquant une première étape vers une normalisation des relations entre les deux pays voisins, toujours techniquement en état de guerre. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé la signature de ce texte, présenté comme « un cadre pour une paix et une sécurité durables », sans en dévoiler l’intégralité du contenu. Les discussions directes entre Beyrouth et Tel-Aviv, les premières depuis des décennies, avaient débuté mi-avril sous médiation américaine.
Un retrait israélien partiel et des « zones pilotes » sous contrôle libanais
L’accord-cadre prévoit la mise en place de deux « zones pilotes » dans le sud du Liban, où l’armée libanaise (FAL) prendra progressivement le contrôle, sous réserve du désarmement des groupes armés non étatiques, notamment le Hezbollah. Selon des éléments rapportés par une information de presse, l’une de ces zones se situe au sud du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière israélienne, et l’autre au nord de ce cours d’eau.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a toutefois réaffirmé que l’armée israélienne (IDF) resterait présente dans le sud du Liban « tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé et continuera de représenter une menace pour Israël ». Dans une vidéo diffusée après l’annonce de l’accord, il a qualifié ce texte de « coup majeur porté à l’Iran », principal soutien du Hezbollah, et a insisté sur le maintien d’une « zone de sécurité » occupée par Tsahal depuis le début des hostilités en mars.
« Le même territoire est présenté à la fois comme une zone de retrait progressif et comme une zone de sécurité maintenue par Israël. »
Le Hezbollah rejette l’accord et met en garde contre une « guerre civile »
Le Hezbollah, mouvement chiite pro-iranien armé et influent dans le sud du Liban, a immédiatement rejeté l’accord-cadre. Hassan Fadlallah, député du parti, a estimé que sa mise en œuvre par les autorités libanaises pourrait déclencher une « guerre civile », à moins qu’elles ne « se dirigent, avec le soutien américain, vers un conflit interne ». Il a également accusé les États-Unis et Israël de chercher à « perturber » les négociations en cours entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre dans la région, dont un protocole d’accord a été signé le 17 juin.
Des manifestations de partisans du Hezbollah ont eu lieu à Beyrouth après l’annonce de l’accord, avec des blocages de routes et des pneus enflammés dans plusieurs quartiers. L’armée libanaise a déployé des postes de contrôle temporaires pour maintenir l’ordre, selon l’agence officielle ANI.
Un engagement américain en faveur de la reconstruction du Liban
Les États-Unis se sont engagés à verser une aide humanitaire immédiate de 100 millions de dollars, en coordination avec les Nations unies, ainsi qu’une enveloppe de plus de 30 millions de dollars pour soutenir les Forces armées libanaises (FAL). Marco Rubio a décrit cet accord comme « le début du début », soulignant que Washington accompagnerait le Liban dans sa reconstruction, sa relance économique et la restauration de sa souveraineté territoriale.
Le président libanais Joseph Aoun a salué l’accord comme « un premier pas » vers la fin de l’« occupation » et de la « tutelle » étrangères, tout en réaffirmant le refus de Beyrouth de toute ingérence, y compris celle de l’Iran. Il a également remercié la France et l’Italie pour leurs efforts en vue de former une coalition multinationale destinée à succéder à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), dont le mandat expire fin 2026.
Un accord fragile dans un contexte régional tendu
L’accord-cadre intervient dans un contexte marqué par une guerre prolongée au Moyen-Orient, déclenchée après une offensive américano-israélienne contre l’Iran fin février. Le Hezbollah avait alors lancé des tirs de roquettes vers Israël en soutien à Téhéran, entraînant des frappes massives de Tsahal au Liban et le déplacement de dizaines de milliers de civils. Les autorités libanaises estiment à plus de 4 200 le nombre de morts depuis le début des hostilités en mars.
Une trêve annoncée le 17 avril n’a jamais été pleinement respectée, bien que les affrontements aient diminué depuis la signature d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran mi-juin. Ce dernier prévoyait notamment la cessation des hostilités au Liban, une condition imposée par Téhéran pour accepter un cessez-le-feu global. Le désarmement du Hezbollah, exigé par Israël, reste cependant un point de blocage majeur, tout comme la question du retour des déplacés dans le sud du Liban, que Netanyahu a conditionné à la fin de la menace représentée par le mouvement chiite.
La mise en œuvre concrète de l’accord-cadre dépendra désormais de la capacité des parties à surmonter ces obstacles, ainsi que de l’évolution des négociations entre Washington et Téhéran. Les prochaines semaines devraient permettre d’évaluer si ce texte constitue une avancée tangible vers une paix durable ou une nouvelle étape dans un conflit aux ramifications régionales.