La Crimée, occupée et annexée par la Russie depuis 2014, a été placée en « situation d’urgence » au niveau régional par les autorités locales russes. Cette décision, annoncée vendredi 26 juin, fait suite à une intensification des frappes ukrainiennes ciblant les infrastructures énergétiques et logistiques de la péninsule. Selon le gouverneur nommé par Moscou, Sergueï Aksionov, ce régime permet de « régler avec une rapidité maximale les questions liées au maintien du fonctionnement de tous les secteurs essentiels ».
Plus de 660 drones ukrainiens abattus en une nuit
Dans la nuit du 25 au 26 juin, le ministère russe de la Défense a annoncé avoir abattu 660 drones ukrainiens au-dessus de plus d’une dizaine de régions, dont celle de Moscou, ainsi que dans la péninsule de Crimée, en mer Noire et en mer d’Azov. Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a précisé qu’une cinquantaine de drones se dirigeant vers la capitale avaient été interceptés. Ces attaques, parmi les plus importantes depuis le début du conflit, ont visé des infrastructures critiques, notamment des centres de communications spatiales et satellitaires, revendiqués comme endommagés par l’état-major ukrainien.
« La destruction des systèmes de défense aérienne ouvre la voie à de nouvelles frappes de précision, tandis que la neutralisation des infrastructures portuaires compromet le ravitaillement des troupes russes. »
Pénuries et restrictions en Crimée
Les frappes ukrainiennes ont provoqué des pénuries de carburant et des coupures d’électricité généralisées dans toute la Crimée, y compris à Sébastopol. Depuis dimanche 23 juin, la vente de carburant aux particuliers est suspendue, réservant les stocks aux transports publics et aux agents de l’État. À Sébastopol, les cafés et les grands magasins ferment à 20 heures, l’éclairage public est réduit, et les transports en commun cessent leur service à 22 heures. Les colonies de vacances et les événements sportifs pour enfants ont également été annulés jusqu’au 1er septembre, officiellement pour des raisons de sécurité.
« Il n’y a tout simplement plus de place pour d’autres passagers. Tout le monde doit se rendre au travail », a témoigné une habitante de Sébastopol, citée par une information de presse. Les autorités locales ont justifié ces mesures par la nécessité de limiter les perturbations des systèmes de défense aérienne, certains véhicules comme les motos et les scooters étant accusés de générer des bruits similaires à ceux des drones.
Une stratégie ukrainienne d’isolement de la Crimée
Depuis plusieurs semaines, l’Ukraine mène une campagne de frappes visant à isoler la Crimée et à perturber les lignes d’approvisionnement russes. Le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, a déclaré le 18 juin que la péninsule pourrait « se transformer en île » en raison des attaques répétées contre les ponts et les routes la reliant au continent. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a affirmé mercredi 25 juin que cette opération était « soigneusement calculée » pour « créer les conditions qui obligeront la Russie à choisir la paix ».
« Personne sur terre ne peut affirmer que nous ne nous battons pas pour la Crimée ou que nous l’avons oubliée », a-t-il ajouté vendredi, soulignant que « la justice pour l’Ukraine signifie également la justice pour le peuple tatar de Crimée ». Les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont revendiqué la destruction de deux navires russes de soutien logistique et de systèmes de défense aérienne à Kertch, une ville stratégique située sur le détroit reliant la Crimée à la Russie continentale.
Un bilan encore provisoire et des tensions persistantes
La situation en Crimée reste tendue, avec des bilans encore provisoires et des versions divergentes entre Kiev et Moscou. Si les autorités ukrainiennes revendiquent des « dommages critiques » infligés aux infrastructures russes, les responsables locaux en Crimée minimisent l’impact des frappes, tout en reconnaissant des difficultés logistiques. Sergueï Aksionov a admis que « la situation concernant le carburant est la plus critique », sans préciser la durée des restrictions ni les mesures concrètes envisagées.
Parallèlement, les deux camps ont procédé vendredi à un échange de 160 prisonniers de guerre chacun, négocié par les Émirats arabes unis. Selon le ministère russe de la Défense, les soldats rapatriés se trouvent actuellement en Biélorussie, tandis que Kiev affirme que ses militaires libérés « étaient détenus en captivité depuis 2022 ». Ces échanges, l’un des derniers domaines de coopération directe entre les deux pays, interviennent alors que les opérations militaires s’intensifient, notamment en Crimée et dans les régions frontalières comme Zaporijjia, où au moins 16 personnes ont été blessées vendredi lors d’attaques russes.
Les prochains jours devraient permettre d’évaluer l’efficacité des frappes ukrainiennes sur les capacités logistiques russes, ainsi que la réponse de Moscou, qui pourrait chercher à renforcer ses défenses en Crimée ou à étendre ses opérations dans d’autres zones du front.