Le Venezuela fait face à l’une des pires catastrophes naturelles de son histoire après un double séisme survenu mercredi 24 juin en fin d’après-midi. Les deux secousses, de magnitudes 7,2 et 7,5 selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), se sont produites à 39 secondes d’intervalle dans le nord-ouest du pays. La zone la plus touchée est celle de La Guaira, une ville côtière située à 40 kilomètres de Caracas, où des immeubles entiers se sont effondrés. L’aéroport international de Maiquetia, principal point d’entrée du pays, a été endommagé et fermé, compliquant l’acheminement de l’aide internationale.
Un bilan humain encore provisoire et des recherches difficiles
Vendredi 26 juin, les autorités vénézuéliennes ont annoncé un bilan de 920 morts, tandis que l’Organisation des Nations unies (ONU) fait état de plus de 50 000 personnes portées disparues. La présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a déclaré que ce chiffre pourrait encore s’alourdir en raison de l’ampleur des destructions. « Les scènes de désolation sont impressionnantes, avec des bâtiments aplatis et des montagnes de gravats », a rapporté une information de presse. Dans plusieurs quartiers, les habitants fouillent eux-mêmes les décombres à mains nues, faute de moyens suffisants pour les secours.
« Il y a des centaines de corps, les morgues n’arrivent pas à faire face », a témoigné un habitant de La Guaira. À Catia la Mar, une autre ville côtière touchée, des familles tentent de localiser leurs proches sous les ruines. « Mon fils est ici, alors s’il vous plaît, envoyez du personnel », a imploré Amparo del Giudice, une mère en pleurs devant un immeuble effondré. Les équipes de secours, venues d’une quinzaine de pays, peinent à accéder à certaines zones en raison des routes fissurées et des infrastructures détruites.
« Le même événement est décrit à la fois comme une catastrophe humanitaire et comme une crise aggravant des vulnérabilités préexistantes. »
Un phénomène sismique rare et des répliques redoutées
Les sismologues ont qualifié cette séquence de « doublet sismique », un phénomène où deux séismes majeurs se succèdent presque immédiatement. Selon Feliciano De Santis, président de la Société vénézuélienne de géologues, « 80 % de la population vit au-dessus des failles les plus actives ». La première secousse, d’une profondeur de 21,9 kilomètres, a été suivie d’une seconde à 10 kilomètres de profondeur, amplifiant les dégâts. Une vingtaine de répliques ont été enregistrées depuis, suscitant des craintes pour les populations déjà sinistrées.
Le Service géologique des États-Unis (USGS) a indiqué que le séisme de magnitude 7,5 était le plus puissant à frapper le Venezuela depuis 1900. Les autorités ont décrété l’état d’urgence et ordonné la coupure de l’alimentation en gaz dans certaines zones pour éviter des accidents supplémentaires. À Caracas, de nombreux habitants ont passé la nuit dehors, par peur des répliques, tandis que des pillages ont été signalés dans des commerces abandonnés.
Une mobilisation internationale face à l’urgence humanitaire
Plusieurs pays ont annoncé l’envoi d’équipes de secours et d’aide humanitaire. Les États-Unis ont débloqué 150 millions de dollars, dont 50 millions pour des organisations sur place et 100 millions pour le Bureau de l’ONU pour les affaires humanitaires (OCHA). « Nous déployons des navires militaires, des avions et des hélicoptères pour soutenir les opérations », a déclaré le secrétaire d’État américain, Marco Rubio. La France a envoyé 85 secouristes spécialisés en sauvetage-déblaiement, tandis que l’Espagne, le Portugal, l’Italie et l’Allemagne ont également mobilisé des moyens.
L’Union européenne a activé le satellite Copernicus pour évaluer les dégâts et coordonner les secours. « La situation était déjà grave avant les séismes, avec près de 8 millions de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire », a rappelé Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l’ONU. La Turquie, la Chine et l’Inde ont également apporté leur soutien, tout comme des pays latino-américains comme le Brésil et l’Argentine, malgré des tensions politiques avec Caracas.
Un bilan encore incertain et des défis logistiques majeurs
Deux jours après les séismes, le bilan reste provisoire et les autorités craignent qu’il n’atteigne plusieurs milliers de morts. Les opérations de secours sont entravées par des difficultés logistiques, notamment l’accès aux zones sinistrées et la coordination entre les équipes locales et internationales. « Les prochains jours seront décisifs pour retrouver des survivants », a souligné un responsable de l’ONU, tout en alertant sur les risques sanitaires liés à l’accumulation de décombres et à l’absence d’eau potable dans certaines zones.
La présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a appelé à une « solidarité mondiale » pour faire face à cette crise, qui s’ajoute à une situation économique et sociale déjà fragile. Avant les séismes, le Venezuela traversait une crise chronique, avec des pénuries de nourriture, de médicaments et une inflation galopante. Les organisations humanitaires craignent que la catastrophe n’aggrave encore ces vulnérabilités, notamment pour les populations déplacées et les personnes vivant dans des logements précaires.
Les prochaines heures seront cruciales pour évaluer l’étendue des dégâts et organiser une réponse coordonnée. La publication de bilans consolidés et l’arrivée de renforts internationaux devraient permettre de préciser l’ampleur de la catastrophe et les besoins prioritaires des populations sinistrées.