Le parquet de Grenoble a annoncé mardi 21 juillet l’ouverture d’une enquête pour « délit d’entrave concertée aux libertés » après l’interruption, samedi 18 juillet, du concert de la DJ Barbara Butch au festival Cabaret Frappé, organisé par la Ville de Grenoble. Selon le procureur, l’enquête a été confiée au service local de police judiciaire. La performance, commencée vers 22 heures, a été interrompue après une manifestation de militants propalestiniens et de membres de La France insoumise venus protester contre la présence de l’artiste.
Une mobilisation liée au soutien de l’artiste à la loi Yadan
Barbara Butch était visée par un appel au boycott lancé localement après sa signature d’une tribune de soutien à la proposition de loi dite Yadan, présentée comme visant à lutter contre les formes renouvelées d’antisémitisme. Plusieurs articles indiquent que ce texte était contesté et qu’il a depuis été retiré. Les manifestants reprochaient à l’artiste cette prise de position.
Selon la mairie de Grenoble, une centaine de militants étaient présents. La municipalité a fait état de « jets de bouteilles en verre » et d’autres projectiles visant la scène. Barbara Butch a dû interrompre son set puis être exfiltrée. La Ville a indiqué qu’elle allait porter plainte contre X, tandis que l’adjoint à la culture Alexis Monge a aussi porté plainte pour intimidation et jets de projectile.
« L’interruption du concert et les accusations d’antisémitisme relèvent de deux niveaux distincts, l’un judiciaire, l’autre politique et public. »
Des réactions politiques et publiques après l’interruption
L’épisode a suscité de nombreuses réactions politiques. La maire écologiste de Grenoble, Laurence Ruffin, a dénoncé une « stratégie d’intimidation » visant, selon elle, le festival et l’artiste. Plusieurs responsables politiques ont condamné l’action menée samedi soir, y compris à gauche, en demandant une condamnation claire de cette mobilisation.
Du côté de La France insoumise, les prises de position ont distingué la demande de déprogrammation et les faits survenus pendant la soirée. « Je comprends la demande de déprogrammation, après je le dis, nous ne validerons jamais, s’ils ont existé, ni les insultes, ni les jets de projectiles », a déclaré Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale. À Grenoble, le conseiller municipal Allan Brunon a pour sa part indiqué n’avoir « rien à se reprocher » et a assumé le boycott.
Une enquête ouverte, des qualifications encore débattues
Au stade annoncé mardi 21 juillet, le fait établi est l’ouverture d’une enquête judiciaire après l’interruption du concert. Les plaintes annoncées par la municipalité et par l’adjoint à la culture s’ajoutent à cette procédure. La qualification retenue par le parquet porte sur une entrave concertée aux libertés, passible d’un an d’emprisonnement selon le procureur.
Dans le débat public, Barbara Butch a dénoncé des faits antisémites et plusieurs soutiens ont repris cette qualification dans des tribunes ou des déclarations. D’autres responsables de LFI ont dit comprendre la protestation tout en rejetant les violences si elles ont eu lieu. La procédure devra désormais établir les faits retenus par la justice, le rôle des personnes impliquées et la nature exacte des actes survenus pendant la soirée.