L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré dimanche 17 mai une « urgence de santé publique de portée internationale » (USPPI) face à l’épidémie d’Ebola qui touche la République démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda. Cette décision, prise par le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, place l’alerte au deuxième niveau le plus élevé de l’organisation, juste en dessous de celui d’« urgence due à une pandémie ». L’épidémie, causée par le variant Bundibugyo du virus Ebola, a déjà entraîné 88 décès suspects et 336 cas suspects en RDC, selon les derniers bilans de l’Agence sanitaire de l’Union africaine (Africa CDC).
Un variant sans vaccin ni traitement spécifique
Le variant Bundibugyo, identifié comme responsable de cette épidémie, se distingue par son absence de vaccin et de traitement spécifique. « La souche Bundibugyo n’a pas de vaccin et n’a pas de traitement spécifique », a déclaré Samuel-Roger Kamba, ministre congolais de la Santé, lors d’une conférence de presse samedi 16 mai. Il a ajouté que « le taux de létalité est très important, on peut aller jusqu’à 50 % ». Ce variant, moins connu que la souche Zaïre – contre laquelle des vaccins et traitements existent –, avait déjà provoqué deux épidémies dans le monde : en Ouganda en 2007 (42 décès sur 131 cas confirmés) et en RDC en 2012 (13 décès sur 38 cas confirmés).
« Le même bilan est présenté comme 80 décès suspects par le ministère congolais et 88 décès vraisemblablement dus au virus par l’Africa CDC, sans que les critères de consolidation ne soient précisés à ce stade. »
Le foyer de l’épidémie se situe dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC, une région frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Huit cas ont été confirmés en laboratoire, tandis que 246 cas suspects et 80 décès suspects ont été recensés dans cette province. Un cas a également été confirmé à Kinshasa, la capitale, et un décès a été enregistré à Kampala, en Ouganda, chez un voyageur récemment revenu d’Ituri. L’OMS a indiqué que « de grandes inquiétudes subsistent quant au nombre réel de personnes infectées et à l’étendue géographique de cet événement ».
Un premier cas confirmé à Goma
Un cas de contamination a été confirmé à Goma, une grande ville de l’est de la RDC contrôlée par le groupe armé M23. Selon Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) congolais, il s’agit de « la femme d’un homme mort du virus Ebola à Bunia, qui a rejoint Goma après le décès de son mari en étant contaminée ». Plusieurs proches du défunt à Goma auraient également pu contracter le virus après avoir été en contact avec la dépouille. La frontière entre la RDC et le Rwanda, à proximité de Goma, a été partiellement fermée depuis dimanche matin, selon des sources locales.
Des défis logistiques et sécuritaires
L’accès à certaines zones de l’Ituri, en proie à des violences armées, reste difficile pour les équipes sanitaires. La région, aurifère et frontalière, connaît d’intenses mouvements de population liés à l’activité minière, ce qui aggrave le risque de propagation. « L’insécurité persistante, la crise humanitaire, la forte mobilité de la population, le caractère urbain ou semi-urbain du foyer actuel et le vaste réseau d’établissements de santé informels aggravent encore le risque de propagation », a souligné l’OMS dans un communiqué.
Quatre décès parmi le personnel soignant ont été signalés dans la zone touchée, soulevant des préoccupations quant à la transmission nosocomiale et aux lacunes dans les mesures de prévention et de contrôle des infections. Le premier cas suspect identifié était un infirmier, qui s’était présenté le 24 avril dans une structure médicale de Bunia, la capitale de l’Ituri, avec des symptômes évocateurs d’Ebola.
Une réponse coordonnée
Face à cette situation, l’Africa CDC a organisé une réunion avec ses partenaires, dont l’OMS, l’Unicef, des industries pharmaceutiques et des donateurs, pour mettre en place une réponse coordonnée. « Nous avons quelques candidats vaccins et médicaments qui vont nécessiter des études », a indiqué Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC. En attendant, les mesures de santé publique, telles que le respect des gestes barrières et la limitation des déplacements, restent les principaux outils pour contenir l’épidémie.
L’OMS a émis plusieurs recommandations pour les pays concernés, notamment l’isolement immédiat des cas confirmés et la surveillance quotidienne des contacts pendant 21 jours. Un dépistage à la sortie a également été conseillé pour les voyageurs aux aéroports internationaux, ports maritimes et principaux postes-frontières terrestres.
Une épidémie à suivre de près
L’épidémie actuelle est la 17e en RDC depuis la découverte du virus Ebola en 1976. La transmission humaine se fait par les fluides corporels ou par exposition au sang d’une personne infectée, vivante ou décédée. Les personnes infectées ne deviennent contagieuses qu’après l’apparition des symptômes, avec une période d’incubation pouvant aller jusqu’à 21 jours. La maladie se manifeste d’abord par des symptômes grippaux, suivis de vomissements, diarrhées, éruptions cutanées, et, dans certains cas, d’hémorragies internes et externes.
Le bilan reste provisoire, et l’OMS a souligné que le nombre réel de cas pourrait être sous-estimé en raison des difficultés d’accès aux zones touchées. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’efficacité des mesures de contrôle et la capacité des autorités sanitaires à contenir la propagation du virus.