La finale de la 70e édition du concours Eurovision de la chanson s’est tenue samedi 16 mai à Vienne, en Autriche. Vingt-cinq pays ont concouru pour remporter le trophée, dans un contexte marqué par un boycott inédit de cinq pays en raison de la participation d’Israël. La chanteuse bulgare Dara a créé la surprise en remportant la compétition avec son titre Bangaranga, offrant à son pays sa première victoire dans l’histoire du concours.
Dara, de son vrai nom Darina Yotova, a interprété Bangaranga, un titre énergique mêlant pop et influences jamaïcaines. Le mot « Bangaranga », issu du patois jamaïcain, signifie « rébellion ». La prestation de la chanteuse de 27 ans a séduit à la fois les jurys professionnels et le public, lui permettant de totaliser 516 points. Israël, représenté par Noam Bettan avec le titre Michelle, a terminé deuxième avec 343 points, malgré les tensions liées à sa participation. La Roumanie, avec Alexandra Capitanescu, a complété le podium en troisième position.
La France, représentée par Monroe et sa chanson Regarde !, a terminé à la 11e place. La jeune chanteuse de 17 ans, benjamine du concours, a obtenu de bons résultats auprès des jurys professionnels mais a été moins plébiscitée par le vote du public. Monroe a exprimé sa satisfaction après sa performance, déclarant : « C’était une aventure de fou. Je suis très fière de ce que nous avons accompli. »
Un boycott inédit
Cette édition a été marquée par un boycott sans précédent. Cinq pays – l’Espagne, l’Irlande, l’Islande, les Pays-Bas et la Slovénie – ont refusé de participer au concours en raison de la présence d’Israël, critiquant la manière dont ce pays mène la guerre dans la bande de Gaza. Plusieurs manifestations propalestiniennes ont également eu lieu à Vienne pendant la semaine de l’Eurovision, avec des slogans comme « Pas de podium pour le génocide ».
« Le même événement est présenté comme une célébration musicale et comme un champ de bataille symbolique. »
Les organisateurs du concours ont maintenu la participation d’Israël, arguant que l’Eurovision est un événement apolitique. Cependant, cette décision a suscité des débats et des critiques, notamment de la part d’artistes et d’organisations internationales. La chaîne publique espagnole RTVE a diffusé un bandeau noir pendant la finale avec le message : « L’Eurovision est un concours, mais pas les droits humains. Pas d’indifférence. Paix et justice pour la Palestine. »
Le déroulement de la soirée
La finale a débuté avec une performance du vainqueur de l’édition précédente, le contre-ténor autrichien JJ, qui a interprété un extrait de La Flûte enchantée de Mozart. Les prestations des candidats se sont enchaînées, avec des mises en scène variées, allant de la pop électrisante de Dara à la ballade lyrique de Monroe.
Un incident technique a perturbé la performance du candidat tchèque, Daniel Zizka, mais les organisateurs ont décidé de ne pas lui permettre de repasser à la fin du concours. La prestation d’Israël a été accueillie par des huées dans la salle, reflétant les tensions politiques autour de sa participation.
« Le vote distingue clairement les préférences des jurys professionnels et celles du public. »
La répartition des points a montré des divergences entre les votes des jurys et ceux du public. Par exemple, la France a obtenu de bons résultats auprès des jurys mais a été moins bien classée par le télévote. À l’inverse, Israël a bénéficié d’un soutien plus marqué du public que des jurys.
Dara, une artiste locale devenue internationale
Dara n’est pas une inconnue en Bulgarie. Née à Varna, elle a commencé sa carrière musicale dès l’enfance, se produisant d’abord dans le chant folklorique avant de se tourner vers la pop. Elle s’est fait connaître du grand public en participant à l’émission X Factor Bulgarie en 2015, puis a enchaîné les succès dans son pays. En 2021, elle est devenue la plus jeune coach de l’histoire de The Voice Bulgarie.
Son album ADHDara, sorti en 2025, s’inspire de son trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Dans une interview, elle a expliqué : « Ce syndrome fait partie de moi. Je dois suivre un rythme accéléré pour rester en contact avec mes fans. » Sa victoire à l’Eurovision marque un tournant dans sa carrière et offre à la Bulgarie un moment d’unité nationale, dans un pays souvent divisé politiquement.
La France et ses espoirs déçus
La France, qui n’a plus remporté l’Eurovision depuis 1977, espérait cette année décrocher une nouvelle victoire avec Monroe. La jeune chanteuse, de nationalité franco-américaine, a interprété Regarde !, une chanson mêlant pop et opéra. Bien que sa prestation ait été saluée par les jurys, elle n’a pas réussi à convaincre le public européen, terminant 18e dans le vote des téléspectateurs.
Monroe a réagi avec enthousiasme à sa 11e place : « On a tout donné sur cette scène. Je vais continuer à chanter et à partager des moments incroyables avec vous. » Malgré cette déception, sa participation a été perçue comme une belle performance pour une artiste aussi jeune.
La suite du concours
La victoire de la Bulgarie signifie que le pays accueillera la 71e édition de l’Eurovision en 2027. Les organisateurs devront composer avec les tensions géopolitiques persistantes, notamment autour de la participation d’Israël et des appels au boycott. Pour la France, cette 11e place relance les débats sur la stratégie à adopter pour revenir au sommet du concours, après près de cinquante ans sans victoire.
Les prochains mois permettront de voir comment les pays participants et les diffuseurs publics aborderont ces enjeux, tout en préparant les prochaines éditions dans un contexte où la musique et la politique semblent de plus en plus difficiles à dissocier.