Les États-Unis ont annoncé vendredi 15 mai la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu entre Israël et le Liban, à l’issue de deux jours de négociations directes à Washington. Cette trêve, initialement prévue pour s’achever dimanche 17 mai, devait permettre de nouvelles avancées dans les discussions entre les deux pays, qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques. Pourtant, dès samedi, l’armée israélienne a mené de nouvelles frappes dans le sud du Liban, touchant plusieurs villages et provoquant des victimes.
Une trêve fragile malgré les négociations
Les pourparlers à Washington, les premiers depuis des décennies entre Israël et le Liban, ont abouti à un accord de principe pour prolonger le cessez-le-feu. Le département d’État américain a précisé que cette extension visait à « permettre de nouveaux progrès » et qu’un nouveau cycle de discussions était prévu les 2 et 3 juin. Une réunion militaire entre les deux parties est également programmée pour le 29 mai.
La délégation libanaise a salué cette prolongation, soulignant qu’elle offrait « un répit essentiel » aux populations civiles et ouvrait la voie à une « stabilité durable ». Elle a toutefois insisté sur la nécessité d’un « processus par étapes et vérifiable », soutenu par les États-Unis. De son côté, l’ambassadeur d’Israël à Washington, Yechiel Leiter, a déclaré que la sécurité de son pays devait être garantie, évoquant des « hauts et des bas » mais des « chances de réussite » importantes.
Pourtant, malgré cet accord, les frappes israéliennes se sont poursuivies dans le sud du Liban. L’armée israélienne a annoncé avoir ciblé des « infrastructures du Hezbollah » dans plusieurs zones, tandis que l’Agence nationale d’information libanaise (Ani) a rapporté des bombardements sur au moins cinq villages. Ces frappes ont été précédées d’ordres d’évacuation pour neuf localités, entraînant un exode des habitants vers Saïda et Beyrouth.
« La trêve n’existe pas sur le terrain, les frappes continuent et les civils paient le prix », a déclaré un habitant de Tyr, ville côtière du sud du Liban.
Le Hezbollah rejette les négociations
Le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah, acteur central du conflit, a rejeté ces négociations directes avec Israël. Un député du Hezbollah, Hussein Hajj Hassan, a qualifié les discussions de « concessions gratuites » et dénoncé une « impasse » qui ne ferait qu’affaiblir la position du Liban. Le mouvement a continué de revendiquer des attaques contre des positions israéliennes, affirmant avoir visé une caserne dans le nord d’Israël et des troupes déployées dans le sud du Liban.
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a accusé le Hezbollah d’avoir entraîné le pays dans une guerre « irresponsable », appelant à ce que seules les forces armées libanaises détiennent des armes. Cette déclaration intervient alors que le Liban a été plongé dans le conflit régional le 2 mars, après une attaque du Hezbollah contre Israël en représailles à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei.
Depuis le début de la trêve, plus de 400 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes au Liban, selon un décompte de l’AFP. Côté israélien, 21 soldats ont perdu la vie depuis mars.
Tensions régionales et menaces américaines
Parallèlement, les tensions entre les États-Unis et l’Iran restent vives. Le président américain Donald Trump a menacé dimanche 17 mai l’Iran sur son réseau Truth Social, affirmant que « pour l’Iran, le temps presse » et qu’il « ne restera plus rien » du pays si un accord n’est pas rapidement conclu. Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont au point mort, malgré des échanges indirects via des médiateurs.
L’Iran a répondu en avertissant que toute nouvelle agression entraînerait des « scénarios inédits » pour les États-Unis. Les discussions portent notamment sur le dossier nucléaire, principal point de blocage. Selon des médias iraniens, Washington aurait exigé que l’Iran ne maintienne qu’un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d’uranium hautement enrichi aux États-Unis, des conditions jugées inacceptables par Téhéran.
« Les États-Unis n’ont accordé aucune concession concrète », a déclaré le porte-parole des forces armées iraniennes, Abolfazl Shekarchi.
Une frappe de drone près d’une centrale nucléaire aux Émirats arabes unis
Dimanche 17 mai, une frappe de drone a provoqué un incendie près de la centrale nucléaire de Barakah, aux Émirats arabes unis. Les autorités émiraties ont indiqué que l’incident n’avait fait aucune victime et n’avait pas affecté les niveaux de radioactivité. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a exprimé sa « profonde préoccupation », qualifiant toute activité militaire menaçant la sûreté nucléaire d’« inacceptable ».
Les Émirats arabes unis, qui ont été la cible de plus de 2 800 missiles et drones depuis le début du conflit, ont dénoncé une « escalade dangereuse ». Bien que l’origine de l’attaque n’ait pas été officiellement confirmée, un conseiller du président émirati a évoqué une « attaque terroriste », suggérant une implication de l’Iran.
« Toute activité militaire menaçant la sûreté nucléaire est inacceptable », a déclaré Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA.
Bilan humain et déplacements de population
Le conflit a entraîné des conséquences dramatiques pour les populations civiles. Au Liban, près de 3 000 personnes ont été tuées et plus d’un million déplacées depuis le 2 mars, selon les chiffres officiels. Les frappes israéliennes ont détruit des infrastructures civiles, des hôpitaux et des écoles, tandis que les ordres d’évacuation ont vidé des pans entiers du sud du pays.
À Gaza, l’armée israélienne a annoncé samedi 16 mai avoir tué Ezzedine al-Haddad, chef de la branche armée du Hamas, présenté comme l’un des principaux architectes de l’attaque du 7 octobre 2023. Cette frappe, qui a également coûté la vie à sa femme et à sa fille, a été saluée par Israël comme un « succès opérationnel majeur ». Le Hamas a confirmé sa mort, qualifiant cette perte d’« immense ».
« Haddad a ouvertement violé le cessez-le-feu en vigueur en s’employant à rétablir les capacités militaires du Hamas », a déclaré un responsable militaire israélien.
Un cessez-le-feu sous haute tension
La prolongation de la trêve entre Israël et le Liban marque une étape dans les efforts diplomatiques pour apaiser les tensions régionales. Pourtant, les frappes continues et les déclarations belliqueuses des différents acteurs montrent que la situation reste fragile. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si les négociations permettront d’avancer vers une stabilité durable ou si le conflit reprendra de plus belle. Les populations civiles, déjà durement touchées, attendent des réponses concrètes pour mettre fin à cette guerre qui s’éternise.