Le Parquet national financier (PNF) a pris des réquisitions le 7 mai pour ouvrir une information judiciaire sur des soupçons de détournement de fonds publics, de favoritisme, de prise illégale d’intérêt et de concussion visant Édouard Philippe, maire du Havre et président du parti Horizons. Cette décision fait suite à un signalement déposé le 10 mai par une haute fonctionnaire, après une enquête préliminaire ouverte en 2023.
Une procédure en plusieurs étapes
Une lanceuse d’alerte, identifiée sous le prénom modifié de « Judith », avait saisi le PNF en septembre 2023 pour dénoncer des irrégularités présumées dans la gestion de la Cité numérique du Havre. Le parquet avait ouvert une enquête préliminaire et mené des perquisitions en avril 2024. En juin 2025, la lanceuse d’alerte avait déposé une plainte avec constitution de partie civile, conduisant le PNF à prendre des réquisitions aux fins d’ouverture d’une information judiciaire.
Les qualifications retenues par le PNF incluent le détournement de fonds publics, le favoritisme, la prise illégale d’intérêt et la concussion. Ces soupçons portent sur une convention d’objectifs pluriannuelle signée en juillet 2020 pour l’animation de la Cité numérique, un tiers-lieu d’innovation. L’association LH French Tech, présidée bénévolement par Stéphanie de Bazelaire, adjointe au maire chargée de l’innovation et du numérique, avait été désignée pour cette mission après un appel à manifestation d’intérêt lancé par la communauté urbaine du Havre.
Un montage financier contesté
L’association LH French Tech, seule candidate à l’appel à manifestation d’intérêt, devait percevoir 2,154 millions d’euros de compensation de service public pour mener des projets dans le cadre d’un service d’intérêt économique général (SIEG). La lanceuse d’alerte, alors directrice générale adjointe de la communauté urbaine, avait alerté sur un possible conflit d’intérêts, estimant que « le maire et son adjointe » allaient « avoir la main sur des sommes considérables » pour « des activités qui peuvent concerner ses fonctions à la ville ».
Selon la plainte consultée par l’AFP, la lanceuse d’alerte avait constaté une « opacité dans la gestion de l’association » et des « réponses très vagues sur les dépenses ». Fin 2021, elle avait découvert un « très faible niveau d’activité » de la Cité numérique et une « masse salariale » composée de « jeunes salariés » percevant des salaires bruts « au-delà de 60 voire 70 000 euros ». L’association a été placée en liquidation judiciaire en 2023.
Des réactions contrastées
Édouard Philippe a réagi par l’intermédiaire de son entourage à la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole. « Il prend acte de l’ouverture d’une information judiciaire. Il l’apprend par la presse. Et il répondra bien évidemment à toutes les questions que posera la justice comme il l’a toujours fait de façon très sereine », a-t-il indiqué. Son avocat, Emmanuel Marsigny, n’a pas souhaité faire de commentaire.
La lanceuse d’alerte, représentée par l’avocat Jérôme Karsenti, a « salué l’ouverture d’une information judiciaire sur les faits qu’elle dénonce et attend avec impatience d’être entendue par le juge d’instruction ». Elle avait obtenu le statut de lanceuse d’alerte en janvier 2025, un statut contesté par Édouard Philippe.
Les autres personnes visées
La plainte vise également Stéphanie de Bazelaire, adjointe au maire chargée de l’innovation et du numérique, et Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine havraise. La lanceuse d’alerte avait été écartée de ses fonctions en avril 2023, son contrat n’ayant pas été renouvelé.
« La même procédure distingue les réquisitions du PNF, les soupçons portés par la lanceuse d’alerte et les déclarations de l’entourage d’Édouard Philippe. »
Prochaines étapes de la procédure
L’ouverture d’une information judiciaire marque une nouvelle étape dans cette affaire. Le juge d’instruction désigné devra examiner les éléments recueillis lors de l’enquête préliminaire et déterminer si les soupçons sont fondés. La procédure permettra également à la lanceuse d’alerte d’être entendue, tout comme les autres personnes mises en cause.
Le calendrier de l’enquête reste à préciser, tout comme les éventuelles auditions ou mesures complémentaires. La publication des conclusions du juge d’instruction dépendra de l’avancée des investigations et des éléments encore à recueillir.