Vladimir Poutine a atterri à Pékin dans la soirée du 19 mai pour une visite officielle de deux jours à l’invitation de son homologue chinois Xi Jinping. Cette rencontre intervient quatre jours après le départ de Donald Trump, premier président américain à se rendre en Chine depuis neuf ans. Selon la présidence russe, les deux dirigeants doivent discuter des moyens de « renforcer » leur coopération stratégique et échanger sur les principales questions internationales et régionales.
« La même visite est présentée comme une consolidation du partenariat bilatéral et comme une réponse aux dynamiques récentes des relations sino-américaines. »
Un partenariat affiché comme « sans précédent »
Avant son départ, Vladimir Poutine a adressé une vidéo « au peuple chinois » dans laquelle il a qualifié les relations sino-russes de « niveau véritablement sans précédent » et jouant « un rôle majeur de stabilisation à l’échelle mondiale ». Xi Jinping, de son côté, a salué une coopération qui s’est « continuellement approfondie », notamment depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Lors de sa dernière visite à Pékin en septembre 2025, le président chinois avait qualifié Poutine de « vieil ami », une formule qu’il n’a pas employée à l’égard de Donald Trump.
La délégation russe comprend cinq vice-Premiers ministres, huit ministres, ainsi que les PDG de Rosneft et de Gazprom. Une déclaration commune doit être signée au cours de la visite, marquant le 25e anniversaire du traité de bon voisinage et d’amitié entre les deux pays.
Des enjeux économiques et énergétiques centraux
Parmi les sujets prioritaires figurent les projets énergétiques, en particulier le gazoduc « Force de Sibérie 2 », qui pourrait relier la Russie à la Chine via la Mongolie. Ce projet, évoqué depuis plusieurs années, prend une nouvelle dimension alors que la Russie cherche à diversifier ses débouchés énergétiques après la réduction de ses exportations vers l’Europe. La Chine, premier partenaire commercial de la Russie et principal importateur de son pétrole, pourrait ainsi doubler ses livraisons de gaz russe.
Les discussions devraient également porter sur les conséquences de la guerre en Iran, qui perturbe les approvisionnements énergétiques mondiaux. Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, avait indiqué en avril que Moscou pourrait « compenser » d’éventuelles pénuries chinoises liées à ce conflit.
« Le même projet énergétique est présenté comme une opportunité pour la Russie et comme une nécessité pour la Chine, dont les besoins en hydrocarbures restent élevés. »
Des positions divergentes sur l’Ukraine et l’Iran
Sur le plan géopolitique, la Chine et la Russie affichent une unité face à l’Occident, mais leurs intérêts ne convergent pas toujours. Pékin plaide pour une résolution pacifique de la guerre en Ukraine et le respect de l’intégrité territoriale des États, sans pour autant condamner l’invasion russe. Lors de sa rencontre avec Donald Trump, Xi Jinping aurait estimé que Vladimir Poutine pourrait « regretter » cette guerre, selon des médias américains, une déclaration qui tranche avec la neutralité affichée par la Chine.
Concernant l’Iran, les deux pays ont des approches distinctes. La Chine, dépendante des voies maritimes pour son commerce, souhaite la levée du blocage du détroit d’Ormuz, tandis que la Russie bénéficie économiquement de la hausse des prix de l’énergie induite par ce conflit.
« Les deux dirigeants abordent les mêmes crises internationales, mais avec des priorités et des intérêts qui ne se recoupent pas entièrement. »
Une relation déséquilibrée au profit de Pékin
Plusieurs observateurs soulignent le caractère asymétrique de la relation sino-russe. La Russie, isolée diplomatiquement et soumise à des sanctions occidentales, dépend économiquement de la Chine, qui représente près de 40 % de ses échanges commerciaux. En 2025, la Chine est devenue le premier acheteur de pétrole russe, remplaçant l’Europe. Pour Pékin, cette relation permet de sécuriser des approvisionnements énergétiques à des prix avantageux et de renforcer son influence en Eurasie.
La visite de Poutine intervient dans un contexte où la Chine cherche à se positionner comme un acteur central de la diplomatie mondiale, après avoir accueilli coup sur coup Donald Trump et le président russe.
« La même séquence est interprétée comme une démonstration de la solidité de l’axe sino-russe et comme une illustration de la dépendance croissante de Moscou envers Pékin. »
Prochaines étapes et incertitudes
La rencontre entre Vladimir Poutine et Xi Jinping doit se poursuivre le 20 mai avec des discussions sur les coopérations économiques et les questions régionales. Les annonces concrètes sur le gazoduc « Force de Sibérie 2 » et d’éventuels nouveaux accords commerciaux seront scrutées, tout comme les déclarations sur l’Ukraine et l’Iran. À ce stade, les détails des engagements pris restent partiellement connus, les deux parties privilégiant les déclarations générales sur la solidité de leur partenariat. Les prochains jours permettront d’évaluer si cette visite débouche sur des avancées tangibles ou si elle reste avant tout une démonstration politique.