La mission d’information parlementaire sur la crise des laits infantiles contaminés a rendu public son rapport mardi 19 mai. Menée par les députés Mathilde Hignet (La France insoumise) et Michel Lauzzana (Renaissance), cette enquête révèle des défaillances dans la gestion de la crise par les autorités sanitaires et les industriels, notamment Nestlé, Danone et Lactalis. Les rappels massifs, déclenchés en décembre 2025 après la détection de céréulide – une toxine potentiellement dangereuse pour les nourrissons –, ont concerné des dizaines de lots dans une soixantaine de pays.
Un ingrédient commun en cause
Le rapport identifie un ingrédient, une huile riche en acide arachidonique (ARA) fournie par le sous-traitant chinois Cabio Biotech, comme origine de la contamination. Selon les députés, cette huile aurait été contaminée par le Bacillus cereus, une bactérie dont la prolifération peut produire la céréulide. « La présence de cette toxine n’a pas été détectée plus tôt car elle ne fait pas l’objet de contrôles en routine », souligne le document. Pourtant, les rapporteurs estiment que la contamination a duré « plusieurs mois sans que le fournisseur n’y remédie », ce qui « sème le doute sur la réalité des contrôles diligentés ».
Des alertes tardives et des retraits discrets
Nestlé, premier industriel concerné, est accusé d’avoir tardé à informer les autorités. Le rapport indique que l’entreprise a pris connaissance de la contamination le 24 décembre 2025 mais n’a prévenu les autres industriels que le 30 décembre, puis les autorités françaises le 5 janvier 2026. « La loi Egalim impose d’aviser immédiatement les autorités en cas de risque pour la santé humaine, mais la direction générale de l’alimentation (DGAL) a exprimé des doutes sur le respect de cette règle par plusieurs industriels », a déclaré Michel Lauzzana devant la commission des affaires sociales. Ces « manquements potentiels » ont conduit à un signalement à la justice.
Une enquête journalistique, menée par Radio France, la RTS et la RTBF, révèle par ailleurs que Nestlé aurait procédé à des « retraits discrets » de produits contaminés en Allemagne et en Autriche avant les rappels officiels. L’entreprise conteste ces allégations, affirmant que « agir sans disposer de tous les éléments aurait conduit à un rappel incomplet, voire erroné ». Une plainte a été déposée en France par l’association Foodwatch, qui estime que « certains industriels voulaient planquer l’information ».
Une communication jugée insuffisante
Le rapport critique également la réactivité des autorités sanitaires. « Plus d’un mois s’est écoulé entre le début de l’alerte alimentaire et le déclenchement de l’alerte sanitaire », notent les députés. La communication envers les professionnels de santé a par ailleurs été qualifiée de « relativement tardive », avec un délai de 17 jours avant l’envoi d’un message à l’ensemble des acteurs concernés. « Les consommateurs ont eu des impressions de confusion et de manque de transparence », ajoute le document.
Les conséquences sanitaires restent incertaines. Trois décès de nourrissons ayant consommé des laits rappelés avaient initialement été signalés en France, mais la responsabilité du lait a depuis été écartée pour deux d’entre eux.
Quatorze recommandations pour l’avenir
Les rapporteurs formulent 14 recommandations pour éviter de nouvelles crises. Parmi elles figurent le renforcement des « critères de référencement » des matières premières comme l’huile ARA, l’amélioration des contrôles indépendants – financés par les industriels – et l’intégration de la céréulide dans la liste des substances réglementées par l’Union européenne. « Ces lacunes doivent impérativement être prises en compte dans la perspective de futures crises », insistent Mathilde Hignet et Michel Lauzzana.
« Le rapport distingue les défaillances attribuées aux industriels, les retards de signalement et les insuffisances des contrôles publics, tout en soulignant que les responsabilités exactes restent à établir par les enquêtes en cours. »
Un bilan encore en cours
Les enquêtes judiciaires et administratives se poursuivent pour déterminer les responsabilités exactes dans cette crise. Si le rapport parlementaire met en lumière des défaillances structurelles, il souligne également que les conséquences sanitaires définitives ne sont pas encore établies. Les recommandations émises visent à renforcer les contrôles et les procédures d’alerte, mais leur mise en œuvre dépendra des décisions politiques et réglementaires à venir. Les industriels concernés, comme Nestlé, maintiennent pour leur part que leurs actions ont été guidées par la prudence, tout en contestant les accusations de retraits discrets.