Un report de frappe à la demande des pays du Golfe
Dans la nuit du lundi 18 au mardi 19 mai 2026, Donald Trump a révélé sur sa plateforme Truth Social avoir renoncé à une frappe militaire contre l’Iran, initialement prévue pour le mardi 19 mai. Le président américain a expliqué cette décision par une demande des dirigeants du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, qui lui auraient indiqué que des « négociations sérieuses » étaient en cours. « Si nous pouvons faire cela sans lancer des bombes partout, j’en serai très heureux », a-t-il déclaré lors d’un point presse à la Maison-Blanche.
Cette annonce intervient après plusieurs semaines de tensions extrêmes entre Washington et Téhéran, marquées par des échanges de menaces et des frappes limitées depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu le 8 avril. Ce cessez-le-feu avait mis fin à près de 40 jours d’opérations militaires lancées conjointement par les États-Unis et Israël le 28 février, en réponse à des attaques attribuées à l’Iran et à ses alliés régionaux.
L’Iran promet une riposte en cas de nouvelle attaque
L’armée iranienne a réagi mardi en avertissant qu’elle « ouvrira de nouveaux fronts » si les États-Unis reprennent leurs attaques contre la République islamique. « Si l’ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui », a déclaré Mohammad Akraminia, porte-parole de l’armée iranienne, cité par l’agence de presse Isna.
Ces déclarations interviennent alors que les négociations entre Washington et Téhéran restent dans l’impasse, notamment sur la question du programme nucléaire iranien. Une seule session de discussions a eu lieu à Islamabad le 11 avril, sans aboutir à un accord. L’Iran exige le déblocage de ses avoirs gelés à l’étranger et la levée des sanctions économiques, tandis que les États-Unis conditionnent tout accord à des garanties sur le non-développement de l’arme nucléaire par Téhéran.
Un cessez-le-feu fragile et des tensions régionales persistantes
Malgré le cessez-le-feu, les tensions restent vives dans la région. L’armée israélienne a mené mardi de nouvelles frappes dans le sud du Liban, faisant au moins 19 morts selon les autorités libanaises. Ces attaques visent le Hezbollah, mouvement pro-iranien avec lequel Israël observe une trêve précaire depuis le 8 avril. L’armée israélienne a également appelé à l’évacuation de 12 villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles opérations.
Parallèlement, l’Iran maintient son contrôle sur le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le commerce mondial d’hydrocarbures. Téhéran a annoncé la création d’une « Autorité du détroit du Golfe Persique » pour gérer ce corridor, tout en menaçant d’imposer des taxes sur les câbles sous-marins traversant la zone. Ces mesures visent à renforcer la pression économique sur les pays occidentaux, alors que le blocage partiel du détroit a déjà provoqué une flambée des prix du pétrole et des engrais, avec des répercussions mondiales.
Les pays du Golfe en première ligne des négociations
Les monarchies du Golfe jouent un rôle central dans les efforts diplomatiques pour éviter une reprise des hostilités. Le Qatar a indiqué mardi que les négociations entre les États-Unis et l’Iran nécessitaient « plus de temps » pour aboutir, tout en soulignant l’unité des pays de la région pour soutenir les efforts de médiation menés par le Pakistan. « Nous voulons protéger les populations de la région, qui seraient les principales perdantes en cas d’escalade », a déclaré Majed al-Ansari, porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères.
Cependant, des divergences persistent entre les pays du Golfe. Si le Qatar et l’Arabie saoudite semblent favorables à une solution diplomatique, d’autres acteurs régionaux, comme les Émirats arabes unis, adoptent une posture plus ferme face à l’Iran. Les Émirats ont récemment accusé des milices pro-iraniennes en Irak d’être à l’origine d’une attaque de drones contre leur centrale nucléaire de Barakah.
Des répercussions économiques mondiales
Le conflit a déjà des conséquences économiques majeures. Le blocage du détroit d’Ormuz a provoqué une hausse des prix du pétrole, qui oscillent autour de 110 dollars le baril, contre environ 70 dollars avant le début des hostilités. Cette situation a également entraîné une flambée des prix des engrais, menaçant la sécurité alimentaire de plusieurs pays, notamment en Afrique. L’Union européenne a annoncé mardi un « plan engrais » de plusieurs centaines de millions d’euros pour soutenir les agriculteurs européens confrontés à cette crise.
En France, le Premier ministre Sébastien Lecornu a estimé mardi que la situation actuelle allait « durer », évoquant une « inflation importée sur l’énergie » qui pèse sur les ménages et les entreprises. Le gouvernement français envisage de revoir les 6 milliards d’euros de gels de crédits initialement prévus pour compenser l’impact économique du conflit.
Un calendrier incertain et des menaces persistantes
Donald Trump a indiqué mardi qu’il n’avait « pas encore décidé » s’il reprendrait les frappes contre l’Iran, tout en laissant planer la menace d’une « attaque totale et à grande échelle » si aucun accord n’était trouvé. « Deux ou trois jours, peut-être vendredi, samedi, dimanche, quelque chose comme ça, peut-être au début de la semaine prochaine », a-t-il déclaré, sans préciser de date limite.
De son côté, l’Iran a répondu en réaffirmant sa détermination à défendre sa souveraineté. Le président iranien, Masoud Pezeshkian, a reconnu que le pays avait subi « de graves dommages » depuis le début du conflit, mais a assuré que l’Iran « ne s’inclinera jamais » face aux pressions américaines.
« Les déclarations de Trump oscillent entre menace militaire et ouverture diplomatique, tandis que l’Iran maintient une posture de fermeté tout en cherchant des soutiens régionaux. »
Le détroit d’Ormuz, enjeu central du conflit
Le contrôle du détroit d’Ormuz reste un point de friction majeur. L’Iran a annoncé la mise en place d’un « mécanisme de gestion du trafic » pour superviser le passage des navires, tout en menaçant d’imposer des taxes sur les câbles sous-marins traversant la zone. Ces mesures visent à renforcer la pression sur les pays occidentaux, alors que le trafic maritime dans le détroit reste largement inférieur à son niveau d’avant-guerre.
Les États-Unis, quant à eux, maintiennent un blocus des ports iraniens et ont saisi mardi un pétrolier lié à l’Iran dans l’océan Indien, transportant probablement plus d’un million de barils de pétrole brut. Cette saisie intervient alors que les exportations iraniennes de pétrole sont déjà fortement limitées par les sanctions internationales.
Les réactions internationales et les perspectives d’avenir
La communauté internationale suit avec inquiétude l’évolution de la situation. Le G7, réuni à Paris, a reconnu les risques que le conflit fait peser sur l’économie mondiale, tout en appelant à une solution diplomatique. La Chine, qui entretient des relations étroites avec l’Iran et la Russie, a proposé son aide pour faciliter les négociations, bien que son rôle reste limité en raison de ses propres intérêts économiques dans la région.
La Russie, en visite officielle en Chine ce mardi, a profité du conflit pour renforcer ses liens avec Pékin. Vladimir Poutine et Xi Jinping ont évoqué la possibilité de compenser les pénuries énergétiques chinoises en augmentant les exportations russes de pétrole et de gaz, dans un contexte où les sanctions occidentales limitent les débouchés traditionnels de Moscou.
Un conflit aux multiples dimensions
La situation au Moyen-Orient reste marquée par une combinaison de menaces militaires, de pressions économiques et de tentatives diplomatiques. Si les déclarations de Donald Trump laissent entrevoir une possible désescalade, les positions des deux camps restent éloignées, notamment sur la question du nucléaire iranien. Les prochains jours seront cruciaux pour déterminer si les négociations aboutiront ou si les tensions reprendront, avec le risque d’une nouvelle escalade aux conséquences imprévisibles.