La France traverse depuis plusieurs jours un épisode de chaleur précoce et intense, inédit pour un mois de mai. Météo-France a placé 18 départements en vigilance jaune canicule ce lundi 25 mai, incluant Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, ainsi que plusieurs départements de l’Ouest comme le Finistère, la Loire-Atlantique ou la Vendée. Huit départements de l’Ouest sont par ailleurs passés en vigilance orange canicule pour la journée de mardi, une première à cette période de l’année depuis la création du dispositif en 2004.
Un épisode de chaleur historique pour un mois de mai
Cet épisode, qualifié de « précoce et remarquable » par Météo-France, s’explique par la présence d’un « dôme de chaleur », une zone de haute pression qui bloque l’air chaud en provenance d’Afrique du Nord. Les températures ont déjà battu de nombreux records pour un mois de mai, avec par exemple 34,7°C enregistrés à Bergerac (Dordogne), 33°C à Brest (Finistère), ou encore 32,4°C à Rennes (Ille-et-Vilaine). À Paris, le thermomètre a frôlé les 33°C ce lundi, tandis que des pointes à 36°C sont attendues dans le Sud-Ouest mardi.
« Il s’agit de la première vigilance jaune canicule activée en mai depuis la création du dispositif », a souligné Météo-France. Les seuils de déclenchement de la vigilance canicule varient selon les départements et tiennent compte de la sensibilité des populations locales aux fortes chaleurs. En Bretagne, par exemple, la vigilance a été activée dès dimanche en raison de températures inhabituellement élevées pour la région, avec jusqu’à 33°C prévus à Brest.
« Le même épisode est présenté comme une vague de chaleur précoce et comme un phénomène météorologique exceptionnel, reflétant à la fois l’intensité des températures et leur caractère inédit pour la saison. »
Des records de température battus dans toute la France
Dimanche 24 mai, plusieurs dizaines de records de température pour un mois de mai ont été battus ou égalés dans le pays. Parmi les valeurs les plus marquantes, on relève 33,8°C à Bergerac, 31,8°C à Noirmoutier (Vendée), ou encore 29,8°C à Brest, une température jamais atteinte si tôt dans l’année dans cette ville. Ce lundi, de nouveaux records ont été établis, notamment à Nantes (34,3°C), Angers (34°C) ou Arras (30,7°C).
Les nuits ont également été particulièrement douces, avec des températures minimales dépassant parfois 20°C, qualifiées de « nuits tropicales » par les météorologues. À Lorient (Morbihan), la température n’est pas descendue en dessous de 20,5°C dans la nuit de dimanche à lundi, un record pour un mois de mai. Ces conditions, combinées à l’absence de vent et à un ensoleillement durable, favorisent une accumulation de la chaleur, rendant l’épisode encore plus éprouvant pour les populations.
Des impacts sanitaires déjà visibles
L’épisode de chaleur a déjà eu des conséquences sanitaires graves. Dimanche, un homme de 53 ans est décédé d’un malaise cardiaque lors d’une course à pied à Paris, tandis qu’une dizaine de coureurs ont été hospitalisés en « urgence absolue » à Maisons-Alfort (Val-de-Marne) après avoir participé à une épreuve sportive. À Lyon, une femme de 28 ans est morte des suites d’une hyperthermie lors d’une compétition d’Hyrox, une discipline sportive intense. Plusieurs autres malaises ont été signalés lors d’événements sportifs organisés ce week-end, conduisant à l’annulation ou à l’interruption de plusieurs courses.
« Un jeune qui fait un jogging à midi risque lui aussi un coup de chaleur », a alerté un médecin interrogé par Libération. Les autorités sanitaires rappellent les risques liés à la déshydratation, aux coups de chaleur et aux malaises, en particulier pour les personnes fragiles, comme les personnes âgées, les enfants ou celles souffrant de pathologies chroniques. Le ministère des Sports a appelé à la « plus grande vigilance » dans la pratique sportive, recommandant d’éviter les activités intenses aux heures les plus chaudes de la journée.
Les services d’urgence ont également constaté une augmentation des appels liés aux fortes chaleurs. En Bretagne, les Samu ont enregistré une hausse de 15 à 30 % du nombre d’appels ce week-end, selon RMC. Les noyades et les malaises en milieu aquatique ont aussi été plus nombreux, avec plusieurs décès signalés sur les plages ou dans les plans d’eau.
Un phénomène amplifié par le réchauffement climatique
Les climatologues s’accordent à dire que cet épisode de chaleur précoce est une conséquence directe du réchauffement climatique. « Cet événement est un événement sans précédent. Il a de l’ordre d’une chance sur 1 000 de survenir dans l’année », a expliqué Christophe Cassou, climatologue et directeur de recherche au CNRS, dans un entretien au Monde. Selon lui, le réchauffement climatique rend ce type d’épisode « plus probable et plus intense ».
« L’extension de la saison des vagues de chaleur est caractéristique des effets du changement climatique », a ajouté Robert Vautard, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). « Il faudra s’attendre plus tard à de telles vagues de chaleur en avril ou octobre. » Les climatologues soulignent que les vagues de chaleur sont amenées à se multiplier, à s’allonger et à s’intensifier en raison des émissions de gaz à effet de serre.
Cet épisode s’inscrit dans une tendance plus large observée en Europe, où les records de température pour un mois de mai ont également été battus au Royaume-Uni (33,5°C près de Londres) ou en Espagne. En France, les températures devraient rester très élevées jusqu’à samedi, avec un pic attendu entre mardi et mercredi, avant une baisse progressive en fin de semaine.
Un épisode qui interroge sur la préparation des populations et des institutions
Cet épisode de chaleur précoce pose la question de l’adaptation des populations et des institutions à des phénomènes météorologiques de plus en plus intenses et précoces. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, présidera jeudi une réunion interministérielle sur la canicule, afin de « faire le point sur la préparation des services de l’État ». Cette réunion abordera notamment les questions relatives à l’accueil du public, à l’état des nappes phréatiques et au risque de feux de forêts.
Les autorités sanitaires rappellent les gestes simples pour se protéger de la chaleur : boire régulièrement, éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes, maintenir les habitations au frais et surveiller les personnes fragiles. Malgré ces recommandations, plusieurs incidents ont été signalés, comme l’ouverture sauvage de bouches à incendie pour se rafraîchir, une pratique illégale et dangereuse qui a conduit à des interventions tendues des forces de l’ordre dans plusieurs villes.
Les prochains jours permettront d’évaluer l’ampleur de cet épisode et ses conséquences, alors que les températures devraient rester très élevées jusqu’à la fin de la semaine. Météo-France prévoit que le « dôme de chaleur » persistera au moins jusqu’à samedi, avec des températures dépassant encore largement les normales de saison.