L’épidémie de maladie à virus Ebola, causée par la souche Bundibugyo, progresse rapidement en République démocratique du Congo (RDC) et touche désormais l’Ouganda voisin. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 900 cas suspects ont été identifiés en RDC, dont 101 confirmés, et 220 décès suspectés, dont 10 confirmés. En Ouganda, sept cas ont été confirmés depuis le début de l’épidémie, avec un décès enregistré.
Un bilan en constante évolution et des risques régionaux
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a qualifié lundi 25 mai l’épidémie d’« extrêmement grave et difficile », soulignant que la propagation du virus dépasse actuellement les efforts de contrôle. « Nous renforçons d’urgence nos opérations, mais l’épidémie progresse plus vite que nous », a-t-il déclaré lors d’une réunion ministérielle en ligne organisée par l’Agence sanitaire de l’Union africaine (Africa CDC).
L’Africa CDC a alerté sur le risque de propagation du virus dans dix pays africains, en plus de la RDC et de l’Ouganda. Ces pays, principalement frontaliers, incluent le Soudan du Sud, le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie, l’Éthiopie, le Congo-Brazzaville, le Burundi, l’Angola, la Centrafrique et la Zambie. Plusieurs d’entre eux ont déjà pris des mesures préventives, comme le Rwanda, qui a interdit l’entrée sur son territoire aux étrangers ayant voyagé en RDC au cours des 30 derniers jours.
« Le même bilan est présenté comme 220 décès suspectés par le ministère congolais et 119 par une autre source, sans explication immédiate de cet écart. »
Des tensions locales et des défis logistiques
La province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie en RDC, fait face à des défis majeurs, notamment des tensions entre les populations locales et les équipes médicales. Dans la nuit du 24 au 25 mai, des habitants de Mongbwalu ont pris d’assaut un hôpital traitant des patients atteints d’Ebola, exigeant la restitution du corps d’un leader religieux décédé. Des tirs de sommation ont été nécessaires pour disperser la foule. Cet incident s’ajoute à une série d’attaques contre des centres de santé, dont l’incendie d’une tente médicale fournie par Médecins sans frontières (MSF) dans la nuit du 23 au 24 mai.
« L’hôpital général de Mongbwalu est en alerte générale », a déclaré le Dr Richard Lokudu, directeur de l’établissement, à l’Associated Press. Il a précisé que 18 patients suspectés d’être infectés par le virus avaient fui l’hôpital après l’attaque, et que 13 d’entre eux demeurent introuvables. Ces incidents illustrent la méfiance d’une partie de la population envers les mesures sanitaires, notamment les protocoles funéraires imposés pour limiter la propagation du virus.
La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a également annoncé samedi 23 mai la mort de trois volontaires en RDC, présumés décédés après avoir contracté le virus Ebola fin mars alors qu’ils manipulaient des cadavres dans le cadre d’une mission humanitaire sans lien direct avec l’épidémie. « Ces volontaires ont perdu la vie en servant leur communauté », a souligné l’organisation.
Une souche rare et des moyens limités
Cette épidémie, la 17e en RDC, est causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique homologué. Le taux de létalité de cette souche peut atteindre 50 %. Les mesures de riposte reposent principalement sur le respect des gestes barrières, la détection précoce des cas et la gestion sécurisée des dépouilles, ces dernières étant particulièrement contagieuses.
Les autorités congolaises ont interdit les veillées funéraires et les rassemblements de plus de 50 personnes dans le nord-est du pays pour tenter de freiner la propagation du virus. Cependant, l’insécurité dans la région, marquée par la présence de groupes armés, complique les efforts de réponse sanitaire. La province de l’Ituri, où se trouve l’épicentre de l’épidémie, abrite plus d’un million de déplacés, entassés dans des camps et vulnérables aux maladies.
« La mobilité et l’insécurité facilitent la propagation de l’épidémie », a reconnu Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, lors d’une conférence à Kampala, en Ouganda. Il a également souligné que cette épidémie est la deuxième plus importante jamais enregistrée dans le monde.
Une situation encore incertaine et des prochaines étapes cruciales
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, doit se rendre mardi 26 mai en RDC pour évaluer la situation sur le terrain et renforcer la coordination internationale. Les autorités sanitaires insistent sur la nécessité d’une réponse rapide et coordonnée pour éviter une propagation régionale plus large. « Nous savons comment arrêter Ebola, mais la question est de savoir à quelle vitesse nous y parviendrons et combien de vies supplémentaires seront perdues avant d’y arriver », a-t-il déclaré.
Les prochains jours seront déterminants pour contenir l’épidémie, notamment avec le déploiement accru de personnel et de matériel dans les zones touchées. Cependant, les défis logistiques, l’insécurité et la méfiance des populations locales restent des obstacles majeurs. Le bilan exact des cas et des décès, ainsi que l’efficacité des mesures de contrôle, devront encore être précisés dans les semaines à venir.