Le procès en appel de Nicolas Sarkozy dans l’affaire du financement présumé libyen de sa campagne présidentielle de 2007 s’est achevé mercredi 27 mai. L’ancien chef de l’État, condamné en première instance à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs, a plaidé une dernière fois son innocence devant la cour d’appel de Paris. Le parquet général a requis sept ans d’emprisonnement contre lui pour association de malfaiteurs, corruption et financement illégal de campagne. La décision sera rendue le 30 novembre.
Une défense qui dénonce un « roman grotesque »
Les quatre avocats de Nicolas Sarkozy se sont relayés pour demander sa relaxe, qualifiant les accusations de « roman grotesque » et de « construction creuse ». Me Christophe Ingrain, l’un de ses défenseurs, a souligné que « cela fait treize ans qu’on cherche » des preuves sans en trouver. « Le dossier ne serait qu’un échafaudage d’hypothèses », a-t-il ajouté, estimant que « le doute abyssal doit aboutir à rendre à Nicolas Sarkozy son honneur ».
« Avez-vous compris quand le prétendu pacte corruptif a été scellé ? Pas moi », a lancé Me Ingrain, contestant les rencontres entre des proches de Sarkozy et des responsables libyens en 2005. Selon la défense, ces échanges n’auraient pas impliqué l’ancien président, qui n’aurait « ni autorisé, ni été informé de transferts de fonds libyens ».
« La même séquence est présentée comme un déplacement officiel et comme une tentative de corruption, selon les versions. »
Les derniers mots de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy a pris la parole en fin d’audience pour une ultime déclaration. « Cette affaire a commencé dans le mensonge, elle doit finir dans la vérité », a-t-il affirmé, la voix tremblante d’émotion. « Je n’ai pas trahi la confiance des Français », a-t-il ajouté, demandant à être « jugé pour ce que j’ai fait, non pour ce que je suis ».
« Je demande à être traité comme n’importe qui », a-t-il insisté, évoquant les vingt jours passés en prison en 2025 après sa condamnation en première instance. « Est-ce que je vais y retourner ? », s’est-il interrogé, décrivant cette attente comme un « chemin de croix ». « Je ne peux pas croire qu’en 2026, un homme soit condamné à sept ans de prison pour des faits qu’il n’a pas commis », a-t-il déclaré.
Un dossier marqué par des tensions entre prévenus
Le procès a été marqué par des divergences entre Nicolas Sarkozy et son ancien secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant. Ce dernier, absent pour raisons de santé, a vu son avocat dénoncer « la cruauté » de Sarkozy, qui aurait tenté de le présenter comme « un voyou » pour écarter les soupçons pesant sur lui. « La ligne de défense de Nicolas Sarkozy se résume à “C’est pas moi, c’est les autres” », a asséné Me Philippe Bouchez El Ghozi.
Claude Guéant, condamné en première instance à quatre ans de prison, a maintenu sa version selon laquelle il n’aurait pas participé à un pacte de corruption. Son avocat a toutefois souligné que « le numéro 2 fait strictement ce que lui dit le numéro 1 », suggérant une possible implication de Sarkozy.
Un verdict attendu pour le 30 novembre
La cour d’appel de Paris rendra son arrêt le 30 novembre. Une condamnation pour corruption avec une puissance étrangère, a fortiori une dictature, marquerait un tournant dans l’affaire, plus lourdement qu’une condamnation pour financement illégal de campagne. Nicolas Sarkozy a déjà été condamné dans deux autres affaires, dites des « écoutes » et « Bygmalion », mais un verdict dans ce dossier pourrait avoir des conséquences plus graves sur sa postérité politique.
Les parties civiles, dont des associations anticorruption et des familles de victimes de l’attentat contre le DC-10 d’UTA en 1989, ont dénoncé une « défense de voyous » et réclamé des sanctions exemplaires. La cour devra trancher entre les versions contradictoires des prévenus et les éléments présentés par l’accusation, qui s’appuie sur des rencontres et des flux financiers jugés suspects.
Le dossier reste marqué par l’absence de preuve directe d’un financement libyen, mais aussi par des déclarations et des témoignages contradictoires. La décision du 30 novembre permettra de savoir si la justice retient la thèse d’un pacte de corruption ou si elle estime que les éléments manquent pour établir la culpabilité de Nicolas Sarkozy.