Un jeune homme d’une vingtaine d’années a été tué par balles mardi 26 mai vers 22 heures dans le quartier de la Halvêque, à Nantes, par deux individus circulant en scooter. Quelques heures plus tôt, à Grenoble, une fusillade près d’un point de deal dans le quartier Mistral a fait un mort et quatre blessés, dont un dans un état grave. Ces deux événements s’inscrivent dans une série de violences liées au narcotrafic dans ces deux villes.
À Nantes, un troisième mort en moins d’un mois
La victime nantaise, âgée d’un peu plus de 18 ans selon plusieurs sources, a été touchée à la tête. Les auteurs des tirs, dont le visage était masqué, ont pris la fuite. Il s’agit du troisième homicide par balles en moins d’un mois dans la ville, tous liés au trafic de drogue. Le 14 mai, un adolescent de 15 ans avait été tué dans des circonstances similaires, et un autre jeune homme de 21 ans avait perdu la vie fin avril.
« Le narcotrafic continue de tuer », a déclaré Johanna Rolland, maire de Nantes, dans un communiqué publié mercredi. Elle a demandé une « réponse de l’État à la hauteur » de la situation, évoquant des « habitants tristes et inquiets ». Le préfet de Loire-Atlantique et le procureur de la République de Nantes ont été reçus par la maire pour faire le point sur les mesures en cours.
À Grenoble, dix morts en six mois et des vidéos de revendication
À Grenoble, la fusillade du 26 mai a éclaté vers 21 h 30 près d’un local associatif où plusieurs personnes s’étaient rassemblées pour regarder un match de football. L’homme tué, âgé de 33 ans, présentait un casier judiciaire chargé avec onze condamnations. Les quatre blessés, âgés de 24 à 33 ans, sont également connus des services de police. L’un d’eux, touché par plusieurs balles, a vu son pronostic vital engagé.
Le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, a qualifié ces violences de « guerres de territoires exacerbées » entre narcotrafiquants. Il a indiqué que dix hommes avaient été tués par balles en six mois dans l’agglomération, dont un mineur de 16 ans retrouvé carbonisé dans une voiture à Échirolles le 24 mai. « Un palier a été franchi : les individus ne tirent plus pour impressionner, mais pour tuer », a-t-il souligné lors d’une conférence de presse.
Une vidéo montrant le passager d’une voiture tirer par la fenêtre avant, filmée depuis le siège arrière, a circulé sur les réseaux sociaux après la fusillade. Le procureur a dénoncé cette « habitude dramatique » des trafiquants de « se filmer pour impressionner » leurs rivaux. Une voiture correspondant à celle utilisée par les auteurs a été retrouvée abandonnée sur l’autoroute A43, près de Saint-Quentin-Fallavier.
« Les bilans judiciaires et les vidéos diffusées relèvent de deux registres distincts : l’un relève de la procédure, l’autre de la communication des groupes criminels. »
Des réactions politiques et une réunion interministérielle annoncée
Les violences à Nantes et Grenoble ont suscité des réactions au plus haut niveau de l’État. Une réunion interministérielle sur le narcotrafic, présidée par le ministre de l’Intérieur Sébastien Lecornu, doit se tenir vendredi 29 mai à Matignon. Étienne Manteaux a proposé à la maire écologiste de Grenoble, Laurence Ruffin, de « réactiver » des groupes locaux de traitement de la délinquance, une proposition accueillie favorablement par la municipalité.
« Ces épisodes de violence sont inacceptables », a déclaré Gaëtan Monot, adjoint à la Prévention et à la Sécurité de Grenoble, dans un communiqué. Il a réclamé « de nouveaux effectifs de police judiciaire pour mener un travail de fond ». Du côté de l’opposition, le conseiller municipal de droite Clément Chappet a dénoncé sur les réseaux sociaux une situation qui « se mexicanise », évoquant « un sentiment d’impunité » des criminels.
Des enquêtes en cours et des bilans encore provisoires
Les enquêtes sur les deux fusillades ont été confiées à la juridiction interrégionale spécialisée de Lyon, compétente pour les affaires de criminalité organisée. À Nantes, les investigations visent à identifier les auteurs des tirs, tandis qu’à Grenoble, les enquêteurs analysent les vidéos diffusées en ligne et les éléments recueillis sur la scène de crime.
Le bilan des violences à Grenoble reste attaché aux déclarations du procureur, qui a précisé que les dix homicides recensés depuis décembre 2025 étaient tous liés à des conflits entre groupes rivaux. Un corps en décomposition, présentant des traces de violence, avait également été retrouvé le 11 mai dans le massif de la Chartreuse, mais son lien avec le narcotrafic n’a pas été établi à ce stade.
À Nantes, les autorités n’ont pas encore confirmé si les trois homicides du mois de mai étaient directement liés entre eux. Les habitants des quartiers concernés expriment leur inquiétude, comme en témoigne un riverain cité par Ouest-France : « On se pensait protégés des tirs ici, mais visiblement, personne n’est à l’abri. »