André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux depuis 1980, est mort à l’âge de 85 ans dans la nuit du dimanche 31 mai au lundi 1er juin, a annoncé un de ses adjoints. Hospitalisé depuis plusieurs mois, il avait été réélu en mars 2026 pour un huitième mandat, menant une partie de sa campagne depuis son lit d’hôpital. « Je reviens de loin », avait-il déclaré lors d’une sortie autorisée début mars, ajoutant : « Il me reste un peu de sang à utiliser et un morceau de cœur. »
Un mandat de 46 ans marqué par la transformation d’Issy-les-Moulineaux
Né le 20 octobre 1940 à Paris, André Santini a dirigé Issy-les-Moulineaux pendant 46 ans, faisant de cette ancienne ville ouvrière une commune prospère accueillant les sièges de grandes entreprises comme Coca-Cola ou Microsoft. Sous ses mandats successifs, la ville a également développé des infrastructures numériques, lui valant le surnom de « cyber-maire ».
Diplômé en droit et de Sciences Po Paris, il avait débuté sa carrière politique en 1971 comme adjoint au maire de Courbevoie avant d’être élu maire d’Issy-les-Moulineaux en 1980. Il a également occupé plusieurs fonctions nationales, notamment celles de secrétaire d’État aux Rapatriés (1986-1988), ministre délégué à la Communication (1986-1988) et secrétaire d’État à la Fonction publique (2007-2009).
Vice-président de la Métropole du Grand Paris et président du Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif) de 1983 à mai 2026, il a également été député des Hauts-de-Seine à plusieurs reprises entre 1988 et 2017.
« La transformation de la ville est présentée comme le résultat d’une vision stratégique, mais aussi comme le fruit d’une gestion parfois contestée. »
Une carrière politique marquée par des affaires judiciaires
La fin de son parcours a été assombrie par plusieurs procédures judiciaires. En 2022, le parquet de Nanterre a ouvert une enquête après les plaintes de deux anciens collaborateurs pour agression sexuelle, harcèlement sexuel et moral, ainsi que prise illégale d’intérêts. Ces accusations, contestées par André Santini, n’avaient pas abouti à une condamnation au moment de sa mort.
Il avait également été impliqué dans une affaire liée à la fondation Hamon d’art contemporain, qui s’était soldée par une relaxe en appel après une condamnation en première instance pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.
« Ces affaires restent attachées à des plaintes et des enquêtes en cours, sans jugement définitif à ce stade », indique le parquet de Nanterre.
Un personnage politique connu pour son humour et ses « petites phrases »
André Santini était également célèbre pour son sens de la formule, souvent provocateur. Lauréat de plusieurs prix de l’humour politique, il avait notamment déclaré : « Saint Louis rendait la justice sous un chêne. Pierre Arpaillange la rend comme un gland », ou encore : « Quelle est la différence entre un cocu et un député ? Le cocu, lui, sait pourquoi il est cocu. »
Ces traits d’esprit, parfois jugés vachards, lui avaient valu des condamnations pour injure publique, notamment après avoir traité des adversaires politiques de « petit con » ou de « minable ». « L’humour a été ma façon d’exister. Cela m’a probablement coûté des portefeuilles ministériels », avait-il assumé.
La succession ouverte après sa disparition
Le conseil municipal d’Issy-les-Moulineaux doit se réunir dans les prochains jours pour désigner son successeur. Selon les règles en vigueur, le nouveau maire devra être choisi parmi les membres de l’équipe municipale en place. Plusieurs noms circulent déjà, dont celui de son premier adjoint, Philippe Knusmann, qui avait confirmé son décès à l’AFP.
La classe politique a rendu hommage à cette figure du centre-droit. Valérie Pécresse, présidente LR de la région Île-de-France, a salué « une figure de la vie politique francilienne » et « la transformation totale de sa ville ». Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a écrit : « Certains élus administrent une ville. D’autres entrent dans son histoire. André Santini était de ceux-là. »
À Issy-les-Moulineaux, des habitants ont exprimé leur émotion. « C’est triste, il aura travaillé jusqu’au bout », a déclaré une retraitée. « C’était une grande figure ! Il a aidé la ville, je suis sûre que son équipe va continuer le travail », a ajouté une autre. D’autres, plus critiques, ont souligné que sa disparition « permettra peut-être à la ville de tourner la page » après des décennies de gestion parfois contestée.
Les hommages se multiplient, mais les affaires judiciaires qui le visaient restent en suspens. Le parquet de Nanterre n’a pas précisé si les procédures en cours seraient poursuivies après sa mort. La publication de son testament politique, s’il en a laissé un, pourrait également éclairer les orientations futures de la ville.