L’armée israélienne a annoncé dimanche 31 mai la prise de la forteresse médiévale de Beaufort, située dans le sud du Liban, marquant une avancée significative dans son offensive contre le Hezbollah. Cette conquête, qualifiée de « tournant décisif » par le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, intervient alors que les tensions régionales s’intensifient, malgré les déclarations d’apaisement du président américain Donald Trump.
Une offensive terrestre sans précédent depuis 2000
La forteresse de Beaufort, un site stratégique surplombant le sud du Liban et le nord d’Israël, avait servi de base aux forces israéliennes durant les deux décennies d’occupation du sud du Liban, avant leur retrait en 2000. Des images diffusées par l’armée israélienne montrent le drapeau israélien flottant sur le site, tandis que des frappes aériennes ont visé plusieurs localités libanaises, dont la ville côtière de Tyr. Selon le ministère libanais de la Santé, ces frappes ont fait huit morts et 19 blessés dans la région de Nabatiyé.
L’armée israélienne a également ordonné l’évacuation d’une vaste zone située entre sa frontière et le fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres au nord. Cette décision a provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes depuis le début des hostilités, selon les autorités libanaises. Le président libanais, Joseph Aoun, a dénoncé « une agression féroce et condamnable d’Israël », tandis que le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a accusé Israël de mener une « politique de la terre brûlée ».
« La prise de Beaufort est présentée comme une avancée militaire, mais elle s’inscrit dans une stratégie plus large de contrôle territorial au Liban, en Cisjordanie et à Gaza. »
Le Hezbollah et Israël maintiennent leurs attaques malgré une trêve théorique
Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril, les échanges de tirs entre le Hezbollah et Israël se poursuivent. Le mouvement pro-iranien a revendiqué des attaques contre des positions israéliennes dans le nord d’Israël, notamment à Shlomi et Nahariya. L’armée israélienne a indiqué que la plupart des projectiles avaient été interceptés, mais certains sont tombés dans des zones non habitées.
Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a averti qu’il n’y aurait « pas de calme à Beyrouth » tant que les attaques du Hezbollah se poursuivraient. « Nous ne permettrons pas une situation dans laquelle nos localités et nos citoyens sont attaqués tandis que le calme est maintenu à Beyrouth », a-t-il déclaré. En réponse, l’armée israélienne a reçu l’ordre de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, provoquant un exode massif de la population.
Donald Trump a affirmé sur son réseau social Truth Social que le Hezbollah et Israël lui avaient promis un apaisement. « Aucune troupe ne se rendra à Beyrouth, et celles qui étaient en route ont déjà fait demi-tour », a-t-il écrit, ajoutant que le Hezbollah avait accepté de « cesser totalement le feu ». Ces déclarations contrastent avec les annonces de l’agence de presse iranienne Tasnim, qui a indiqué que Téhéran avait suspendu les négociations indirectes avec Washington en raison de l’offensive israélienne au Liban.
Les États-Unis et l’Iran s’affrontent malgré un cessez-le-feu fragile
Les tensions entre les États-Unis et l’Iran se sont également aggravées, malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril. L’armée américaine a annoncé avoir mené des frappes « défensives » dans le sud de l’Iran, ciblant des systèmes de radar et de contrôle de drones. Ces frappes ont été justifiées par la destruction d’un drone américain MQ-1 opérant au-dessus des eaux internationales. En réponse, les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé avoir attaqué une base utilisée par l’armée américaine, sans préciser sa localisation.
Le Koweït a également signalé une attaque de drones et de missiles, attribuée à l’Iran, contre une base militaire américaine sur son territoire. Quatre militaires américains et trois sous-traitants auraient été légèrement blessés. Ces échanges de frappes surviennent alors que les négociations entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre patinent. L’Iran a réitéré que la conclusion d’un accord avec les États-Unis était conditionnée à un cessez-le-feu au Liban.
« Un cessez-le-feu au Liban est une condition essentielle à tout accord », a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï. Donald Trump a toutefois assuré que les discussions se poursuivaient « à un rythme rapide », tout en insistant sur le fait qu’un éventuel accord stipulerait « très clairement que l’Iran n’aura pas d’arme nucléaire ».
Une situation encore incertaine malgré les annonces d’apaisement
La prise de la forteresse de Beaufort et l’intensification des frappes israéliennes au Liban marquent une nouvelle phase dans le conflit, alors que les négociations entre les États-Unis et l’Iran semblent de plus en plus compromises. Si Donald Trump a annoncé des avancées dans les discussions avec Téhéran, les déclarations contradictoires des deux parties et les violations répétées du cessez-le-feu laissent planer des doutes sur la possibilité d’un accord durable.
La réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, demandée par la France, pourrait offrir une plateforme pour tenter de désamorcer les tensions. Cependant, la poursuite des hostilités au Liban et les échanges de frappes entre les États-Unis et l’Iran montrent que la situation reste volatile. Les prochains jours seront cruciaux pour déterminer si les annonces d’apaisement se traduiront par des actions concrètes ou si l’escalade se poursuivra.