La France a arraisonné dimanche 31 mai un pétrolier russe, le Tagor, dans l’océan Atlantique à plus de 740 kilomètres à l’ouest de la Bretagne. L’opération, menée avec le soutien du Royaume-Uni, vise un navire soupçonné d’arborer un faux pavillon camerounais et de contourner les sanctions internationales imposées à la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine. Le Kremlin a qualifié cette interception d’« illégale » et dénoncé une « piraterie internationale ».
Un pétrolier russe intercepté pour contournement des sanctions
Le Tagor, en provenance du port russe de Mourmansk et officiellement enregistré sous pavillon camerounais, a été intercepté après que la Marine française a émis des doutes sur la régularité de son pavillon. Le navire, qui comptait 23 membres d’équipage, était « quasiment vide » au moment de son arraisonnement, selon la préfecture maritime de l’Atlantique. Une enquête a été ouverte par le parquet de Brest pour « défaut de pavillon » et « refus d’obtempérer », le capitaine ayant ignoré à plusieurs reprises les consignes des autorités françaises.
« Il est inacceptable que des bateaux contournent les sanctions internationales, violent le droit de la mer et financent la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine depuis plus de quatre ans », a déclaré Emmanuel Macron dans un message publié sur le réseau social X. Le président français a souligné que ces navires représentaient également « une menace pour l’environnement et pour la sécurité de tous ».
« Le même navire est présenté comme un cas de contournement des sanctions et comme un exemple de la flotte fantôme russe, deux qualifications qui se recoupent sans se confondre. »
Quatrième interception de ce type depuis septembre 2025
Cette interception est la quatrième du genre menée par la France depuis septembre 2025. Les précédents pétroliers arraisonnés – le Boracay, le Deyna et le Grinch – avaient été immobilisés avant d’être relâchés après paiement d’amendes. La France a annoncé en avril vouloir doubler les peines encourues pour les infractions de « défaut de pavillon » et de « refus d’obtempérer », afin de renforcer la lutte contre la « flotte fantôme » russe.
Le Tagor est soupçonné d’être lié à Mohammad Hossein Shamkhani, un magnat iranien du pétrole, selon le site Opensanctions.org. Le navire a changé à plusieurs reprises de pavillon, arborant notamment ceux de Madagascar, des Îles Marshall et du Panama. Sous sanctions des États-Unis, de l’Union européenne et du Royaume-Uni, il est accusé de transporter du pétrole russe ou iranien en violation des restrictions internationales.
La Russie suspend ses exportations de kérosène jusqu’en novembre
Parallèlement, la Russie a annoncé lundi 1er juin la suspension de ses exportations de kérosène jusqu’au 30 novembre, en réponse aux frappes ukrainiennes répétées contre ses infrastructures énergétiques. Cette mesure, officialisée par une résolution gouvernementale, vise à « préserver l’approvisionnement du marché intérieur en carburants », selon Moscou. Les exportations de kérosène russe, principalement destinées à l’Asie centrale, représentent moins de 2 % des approvisionnements mondiaux, selon les données compilées par Bloomberg.
« Le but de cette décision est d’assurer la stabilité du marché intérieur des carburants », a indiqué le gouvernement russe dans un communiqué. La production de diesel en Russie a chuté d’environ 10 % en mai, s’ajoutant à une baisse similaire en avril, en raison des attaques de drones ukrainiens sur les raffineries. Selon OilX, la production russe de carburant a atteint son plus bas niveau depuis octobre 2019, avec une moyenne de 4,58 millions de barils par jour.
Volodymyr Zelensky a affirmé que l’armée ukrainienne avait bombardé 15 raffineries russes depuis le début de l’année, perturbant près de 40 % des capacités russes de raffinage primaire du pétrole. « À la fin du mois de mai, près de 40 % des capacités russes de raffinage primaire du pétrole avaient été perturbées », a-t-il déclaré. Ces frappes, menées avec des drones à longue portée, ont coûté aux compagnies pétrolières russes environ 13 milliards de dollars en 2025, selon des experts cités par Oilprice.com.
Des bilans et des procédures encore en cours
Le Tagor est actuellement escorté vers un point de mouillage pour des vérifications supplémentaires, un trajet qui devrait prendre entre 24 et 48 heures en raison de son éloignement des côtes françaises. Les autorités françaises n’ont pas précisé si le navire serait immobilisé ou relâché après les contrôles, ni si des sanctions supplémentaires seraient appliquées.
Côté ukrainien, les frappes sur les raffineries russes se poursuivent, avec au moins 16 attaques recensées en mai. Huit des dix plus grandes raffineries du pays ont été touchées, selon des données compilées par Bloomberg. Moscou affirme que ces frappes n’ont pas encore provoqué de pénurie de carburant sur son territoire, bien que des régions comme la Crimée aient signalé des difficultés d’approvisionnement.
La suspension des exportations de kérosène, bien que limitée dans son impact international, marque une nouvelle étape dans l’escalade économique entre la Russie et les pays soutenant l’Ukraine. Les prochaines semaines devraient permettre d’évaluer l’efficacité des mesures françaises contre la flotte fantôme russe, ainsi que les conséquences des frappes ukrainiennes sur la production énergétique russe.