Le corps retrouvé dans un silo agricole désaffecté à Puycasquier (Gers) a été formellement identifié comme celui de Lyhanna, 11 ans, disparue le 29 mai à Fleurance. L’identification a été confirmée par comparaison ADN, a annoncé le procureur d’Agen, Olivier Naboulet, vendredi 5 juin. Les causes de la mort restent cependant indéterminées à ce stade.
Un suspect connu de la justice
Jérôme Barella, 41 ans, père de deux enfants et connaissance de Lyhanna, a été mis en examen lundi 1er juin pour « enlèvement et séquestration » et placé en détention provisoire. Il avait travaillé il y a huit ans sur le site agricole où le corps a été retrouvé. Selon plusieurs sources judiciaires, Barella avait fait l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour violences sexuelles sur mineures avant la disparition de Lyhanna.
La procureure de la République d’Auch, Clémence Meyer, a indiqué que Barella avait été visé par deux plaintes pour viol, en 2022 et 2025. La première plainte avait été classée sans suite, tandis qu’une enquête était toujours en cours pour la seconde. Une source gouvernementale a par ailleurs déploré que la circulaire pénale priorisant les enfants victimes, diffusée par le ministère de la Justice en janvier 2025, n’ait pas été appliquée par le parquet d’Auch.
« Le même suspect était connu des services judiciaires pour des faits similaires, sans que des mesures adaptées n’aient été prises. »
Réactions politiques et administratives
L’affaire a provoqué une vague d’indignation et de critiques envers les institutions judiciaires et policières. Le président Emmanuel Macron, depuis le Monténégro, a qualifié la situation de « dysfonctionnement inacceptable » et a demandé que les enquêtes administratives soient menées « le plus rapidement possible ». Il a ajouté ne vouloir « entendre aucun argument de moyens dans cette affaire ».
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a réuni vendredi matin les ministres de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et de la Justice, Gérald Darmanin, pour un « point de situation ». À l’issue de cette réunion, Lecornu a déclaré être « choqué » et a demandé que les premières conclusions de l’enquête administrative, confiée à l’Inspection générale de la justice et à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale, lui soient remises sous quinze jours.
Gérald Darmanin, invité du journal de 20 heures de TF1 vendredi soir, a présenté « ses excuses à la famille de Lyhanna et aux Français » pour les défaillances de l’institution judiciaire. « L’institution judiciaire n’a pas su protéger cette enfant », a-t-il déclaré, ajoutant que « si les intuitions [du ministère] sont avérées, des sanctions seront proposées » contre les magistrats responsables de « défaillances ou de fautes professionnelles ».
Une marche blanche et des rassemblements citoyens
Une marche blanche en hommage à Lyhanna est prévue dimanche 7 juin à 15 heures à Fleurance. Plusieurs associations, dont La Voix de l’enfant et La Mouette, appellent également à des rassemblements lundi 8 juin devant les tribunaux et le ministère de la Justice à Paris, pour dénoncer « l’injustice de trop » et réclamer des réformes structurelles.
Les parents de Lyhanna, par l’intermédiaire de leur avocat, François Roujou de Boubée, ont exprimé leur « plus grand effroi » et remercié le maire de Fleurance pour l’organisation de la marche blanche. Ils ont invité les maires des communes voisines à se joindre à l’hommage.
Des questions encore sans réponse
Si l’identité de la victime est désormais confirmée, les causes de sa mort restent à déterminer. Les médecins légistes n’ont pas encore pu établir si Lyhanna a subi des violences sexuelles avant son décès. Des examens complémentaires ont été diligentés pour préciser ces éléments.
Par ailleurs, l’enquête administrative devra éclaircir les responsabilités individuelles et systémiques dans le traitement des plaintes visant Jérôme Barella. Les procureurs généraux et les procureurs de la République ont rappelé dans un communiqué commun que « dans l’attente des conclusions des inspections, d’éventuelles responsabilités ne peuvent être mentionnées et encore moins sanctionnées ».
Le député du Gers, David Taupiac, avait alerté dès avril 2025 sur les difficultés de fonctionnement du tribunal d’Auch, évoquant une « pénurie de magistrats et de greffiers » ainsi que des « dysfonctionnements informatiques répétés ». Ces éléments, combinés à la surcharge des services judiciaires, pourraient expliquer en partie les défaillances constatées dans cette affaire.
L’affaire Lyhanna met en lumière des dysfonctionnements profonds dans la chaîne judiciaire et policière, notamment en matière de protection des mineurs. Les prochaines semaines seront déterminantes pour établir les responsabilités et envisager des réformes structurelles.