Félix Bingui, surnommé « le Chat », a été condamné vendredi 5 juin par le tribunal correctionnel de Marseille à 12 ans de prison pour son rôle dans l’organisation d’un vaste réseau de trafic de stupéfiants dans les quartiers nord de la ville. Le multirécidiviste de 35 ans, présenté comme le chef « incontestable » du clan Yoda, a également écopé d’une amende de 200 000 euros et d’une confiscation d’un appartement à Dubaï. Dix-neuf autres prévenus étaient jugés à ses côtés depuis trois semaines.
Un réseau implanté dans les quartiers nord de Marseille
Le procès a mis en lumière l’organisation du clan Yoda, accusé d’avoir géré plusieurs points de vente de stupéfiants, dont celui de « La Fontaine », situé dans la cité de la Paternelle. Ce lieu était considéré comme l’un des plus rentables de Marseille, avec un chiffre d’affaires quotidien estimé à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Les enquêteurs ont surveillé le réseau pendant deux ans, entre août 2021 et juin 2023, avant de démanteler l’organisation.
Les trafics du clan Yoda ont été au cœur d’une guerre de territoires avec la DZ Mafia, un groupe rival. Cette confrontation, qui a duré plusieurs mois, a fait des dizaines de morts et de blessés à Marseille. Le clan Yoda a finalement été défait par la DZ Mafia, qui a pris le contrôle des points de vente.
« Le même réseau est présenté comme une organisation criminelle structurée et comme un point de deal parmi d’autres dans les quartiers nord. »
Des peines inférieures aux réquisitions du parquet
Le parquet avait requis 16 ans de prison contre Félix Bingui et 12 ans contre son « bras droit », Mohamed Hussein Saleh, absent lors du délibéré. Le tribunal a finalement prononcé une peine de 12 ans pour Bingui et de 9 ans pour Saleh, sans appliquer la période de sûreté des deux tiers demandée par le ministère public. Quatre prévenus ont été relaxés, tandis que les autres ont écopé de peines allant jusqu’à six ans de prison.
« C’est un bijou d’avoir des juges indépendants des pressions politiques », a réagi Me Philippe Ohayon, avocat de Félix Bingui, après le verdict. « Ce tribunal a donné une réponse très claire. Il est totalement indépendant, comme la quasi-totalité des juges de France. »
Le tribunal a également condamné Zine Eddine Belkai, considéré comme le « grand gérant » des points de vente du réseau et en fuite, à 8 ans de prison. Deux autres prévenus étaient jugés sous le coup d’un mandat d’arrêt.
Un multirécidiviste au casier judiciaire chargé
Félix Bingui, qui compte 13 inscriptions à son casier judiciaire, a nié toute implication dans le trafic lors des audiences. Il a affirmé avoir quitté la France en 2021 pour s’installer successivement en Espagne, aux Émirats arabes unis et au Maroc. Son train de vie luxueux, marqué par des vols en classe affaires et des séjours dans des hôtels haut de gamme, aurait été financé, selon lui, par ses gains aux paris sportifs, au poker et à la « barboute » (jeu de dés).
Plusieurs prévenus ont reconnu les faits qui leur étaient reprochés, tout en minimisant leur rôle dans l’organisation. Aucun n’a cependant identifié les chefs du réseau, baptisé Yoda en référence à une fresque murale représentant le personnage de Star Wars dans leur fief du 14e arrondissement de Marseille.
Un verdict salué par la défense, mais des questions sur l’application des peines
La condamnation de Félix Bingui marque la fin d’un procès de trois semaines, au cours duquel les avocats de la défense avaient dénoncé des réquisitions « disproportionnées », voire « politiques ». Le tribunal a finalement écarté la période de sûreté des deux tiers, une décision saluée par Me Ohayon, qui a souligné l’indépendance des juges.
Mohamed Hussein Saleh, absent lors de la lecture du verdict, a indiqué par l’intermédiaire de son avocat, Me Gaétan Poitevin, qu’il ne comptait pas se soustraire à la justice mais souhaitait « se préparer » à son incarcération. La plupart des autres prévenus comparaissaient libres, et leurs peines devraient être exécutées dans les prochains mois.
Le bilan de cette affaire reste attaché aux déclarations des enquêteurs et du parquet. Les profits générés par le réseau, qualifiés de « colossaux » par l’accusation, n’ont pas été chiffrés de manière indépendante. La guerre entre le clan Yoda et la DZ Mafia, qui a marqué les quartiers nord de Marseille, continue de poser des questions sur la sécurité et la lutte contre le narcotrafic dans la ville.