La Coupe du monde 2026, qui s’ouvre ce jeudi 11 juin au stade Azteca de Mexico avec le match Mexique-Afrique du Sud, marque un tournant dans l’histoire du football. Pour la première fois, la compétition est organisée conjointement par trois pays – les États-Unis, le Mexique et le Canada – et accueille 48 équipes, contre 32 lors des éditions précédentes. Ce format inédit, qui porte le nombre de matchs à 104, promet une compétition plus inclusive mais soulève aussi des questions sur son impact environnemental, son coût et son organisation.
Un format élargi et des enjeux économiques colossaux
Avec 48 équipes en lice, cette Coupe du monde est la plus grande de l’histoire. La FIFA, organisatrice de l’événement, mise sur des retombées économiques record, estimées à 9 milliards de dollars. Les droits de diffusion et les partenariats commerciaux, notamment avec des entreprises comme Anheuser-Busch InBev (Budweiser, Corona) ou des plateformes de paris sportifs, devraient générer des revenus sans précédent. Cependant, cette manne financière s’accompagne de critiques sur la hausse des prix des billets, jugés prohibitifs pour une grande partie des supporters. Un billet pour une demi-finale peut ainsi coûter jusqu’à 45 dollars, soit une augmentation spectaculaire par rapport aux éditions précédentes.
« Le même tournoi est présenté comme une fête populaire et comme une opération commerciale à haut risque pour les supporters. »
Des défis logistiques et environnementaux majeurs
L’organisation de cette Coupe du monde pose des défis logistiques inédits. Les 16 stades répartis sur trois pays, distants parfois de plusieurs milliers de kilomètres, obligent les équipes et les supporters à multiplier les déplacements en avion. Selon des estimations scientifiques, cette édition pourrait émettre jusqu’à 9,5 millions de tonnes de CO2, ce qui en ferait la plus polluante de l’histoire. La FIFA a tenté de justifier cette empreinte carbone en mettant en avant la rénovation de stades existants et l’utilisation de transports publics, mais les critiques persistent, notamment sur l’impact des déplacements aériens.
Par ailleurs, les conditions climatiques extrêmes attendues dans certaines villes hôtes, comme les fortes chaleurs aux États-Unis, ont conduit à l’instauration de « pauses fraîcheur » pendant les matchs. Une mesure qui, selon certains observateurs, pourrait être détournée à des fins publicitaires, prolongeant la durée des matchs et augmentant les recettes.
Un contexte géopolitique tendu
Cette Coupe du monde se déroule dans un contexte géopolitique particulièrement complexe. Aux États-Unis, la politique migratoire stricte de l’administration Trump a déjà eu des répercussions sur l’événement. Plusieurs cas emblématiques ont marqué les esprits, comme celui de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, refoulé à l’aéroport de Miami malgré un visa valide, ou encore des supporters ivoiriens et sénégalais privés de visa pour assister aux matchs. Ces restrictions, couplées à des contrôles renforcés, ont nourri les critiques sur un Mondial déconnecté de la base populaire des fans.
La participation de l’Iran, dont l’équipe nationale est directement impactée par les tensions avec les États-Unis, ajoute une dimension géopolitique supplémentaire. Plusieurs membres de la délégation iranienne n’ont pas obtenu de visa pour les États-Unis, et l’équipe a dû établir son camp de base à Tijuana, au Mexique, plutôt qu’en Arizona. Ces difficultés ont conduit certains supporters mexicains à manifester leur solidarité avec les joueurs iraniens, illustrant les enjeux symboliques de cette compétition.
Des polémiques en série avant même le coup d’envoi
Avant même son lancement, cette Coupe du monde a été émaillée de polémiques. La proximité entre Gianni Infantino, président de la FIFA, et Donald Trump a été largement critiquée, certains y voyant une instrumentalisation politique de l’événement. La décision de la FIFA d’obliger Haïti à modifier son maillot, jugé trop politique en raison d’une illustration de la bataille de Vertières (1803), a également suscité des débats sur la neutralité de l’instance dirigeante.
Au Mexique, des manifestations ont éclaté ces derniers jours pour dénoncer le fléau des disparus, un problème récurrent dans un pays marqué par les violences liées au narcotrafic. Ces mouvements sociaux, qui ont conduit à des heurts avec les forces de l’ordre à proximité du stade Azteca, rappellent que cette Coupe du monde se déroule dans un contexte social et politique fragile.
Les favoris et les outsiders
Sur le plan sportif, cette édition s’annonce particulièrement ouverte. L’Espagne, l’Argentine et la France font figure de favoris, mais des équipes comme le Brésil, l’Allemagne ou encore le Maroc, qui a atteint les demi-finales en 2022, pourraient créer la surprise. Pour la première fois, dix nations africaines participent à la compétition, un record qui reflète la montée en puissance du football sur le continent. Parmi elles, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Maroc seront à suivre de près.
L’équipe de France, finaliste malheureuse en 2022, aborde ce Mondial avec des ambitions élevées. Menée par Didier Deschamps, elle compte dans ses rangs des joueurs comme Kylian Mbappé, Antoine Griezmann et Ousmane Dembélé, qui espèrent décrocher une troisième étoile. Les Bleus débuteront leur campagne le 16 juin face au Sénégal, avant d’affronter l’Équateur et Curaçao en phase de groupes.
Un Mondial sous haute surveillance
En France, les autorités ont mis en place un dispositif de sécurité renforcé pour éviter les débordements, notamment après les violences observées lors de la victoire du PSG en Ligue des champions. Plusieurs villes, comme Toulouse et Clermont-Ferrand, ont instauré un couvre-feu pour les mineurs lors des matchs jugés « à risque ». Ces mesures, bien que critiquées, reflètent les craintes des autorités face à des rassemblements potentiellement explosifs.
À l’international, cette Coupe du monde s’annonce comme un événement à multiples facettes, où le sport se mêle à la géopolitique, à l’économie et aux enjeux sociaux. Si les premiers matchs, comme celui d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud, ont offert un spectacle sportif de qualité, les défis qui accompagnent cette édition pourraient bien en faire l’une des plus controversées de l’histoire.
Les prochaines semaines diront si cette Coupe du monde parviendra à concilier fête populaire, performance sportive et respect des enjeux environnementaux et sociaux, ou si elle restera marquée par les polémiques qui l’ont précédée.