Le Premier ministre Sébastien Lecornu a alerté jeudi 11 juin sur des « menaces lourdes » d’ingérences étrangères en vue de l’élection présidentielle de 2027, lors d’une conférence de presse consacrée à la protection du débat démocratique. Il a annoncé un projet de loi visant à durcir les peines en la matière, dont l’examen parlementaire est prévu à l’automne.
Quatre ingérences caractérisées lors des municipales
Sébastien Lecornu a indiqué que le risque d’ingérence « a été significatif sur les municipales, sans effet majeur », citant quatre opérations numériques étrangères caractérisées par les services français. « Cela laisse à entrevoir les perspectives de menaces lourdes sur l’élection présidentielle », a-t-il déclaré, précisant que « l’ensemble de la classe politique » pouvait être concerné.
Le service Viginum, chargé de la lutte contre les manipulations en ligne, a confirmé lors de la même conférence de presse qu’aucune origine étatique n’avait été « identifiée » pour les opérations ciblant La France insoumise (LFI) lors des municipales. Une enquête du parquet de Paris a été ouverte sur ces faits.
« Les mêmes opérations sont présentées comme des ingérences caractérisées et comme des tentatives sans commanditaire établi. »
Un projet de loi pour renforcer les sanctions
Le Premier ministre a détaillé les pistes envisagées pour lutter contre ces ingérences, dont certaines figurent dans un projet de loi annoncé en avril par le président Emmanuel Macron. Ce texte, présenté pour avis au Conseil d’État, prévoit notamment la création de « nouveaux référés » permettant de saisir la justice en urgence en période électorale.
« Nous devons protéger le débat démocratique contre les manipulations venues de l’étranger », a déclaré Sébastien Lecornu, évoquant des outils pour « identifier les risques » et « rendre publics les rapports d’enquête ». Un document technique sur les ingérences ayant visé LFI lors des municipales doit être publié prochainement.
LFI demande une instance de surveillance indépendante
La France insoumise a réagi en demandant la création d’une « instance de surveillance de la campagne » présidentielle, dans un courrier adressé au Premier ministre. Cette structure, qui réunirait des représentants des candidats, aurait pour mission d’informer les partis sur les opérations d’ingérence détectées par les services de l’État.
« Nous demandons également d’interdire le ciblage et le micro-ciblage politique, ainsi que de pénaliser les ingérences électorales reposant sur des communications artificielles », a indiqué le mouvement de gauche. Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a précisé que le Premier ministre avait « demandé des comptes aux autorités israéliennes » après des déclarations de l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, qui avait exprimé sa préférence pour « n’importe qui plutôt que Jean-Luc Mélenchon » en 2027.
Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a rappelé que « exprimer un avis n’est pas une ingérence », précisant que cette dernière supposait « de tenter de manipuler le débat public ou les processus électoraux ».
Un cadre juridique encore en discussion
Le projet de loi annoncé par le gouvernement doit encore être précisé avant son examen parlementaire. Les mesures envisagées incluent des sanctions renforcées contre les ingérences étrangères, ainsi que des outils pour faciliter les signalements et les interventions judiciaires en période électorale.
Le bilan des ingérences lors des municipales, qui ont servi de « répétition générale » selon le Secrétariat général de la Défense et de la sécurité nationale (SGDSN), sera rendu public dans les prochains jours. Les autorités françaises redoutent une intensification de ces opérations en 2027, notamment en raison des progrès de l’intelligence artificielle, qui pourraient amplifier l’efficacité des campagnes de désinformation.
Les prochaines étapes dépendront de l’adoption du projet de loi et de la publication des rapports d’enquête. Les partis politiques devront également se prononcer sur les propositions de LFI, tandis que les services de renseignement continueront de surveiller les tentatives d’ingérence en amont du scrutin.