Le navigateur Charlie Dalin, vainqueur du Vendée Globe 2024-2025 et détenteur du record de l’épreuve, est mort à l’âge de 42 ans des suites d’un cancer, a annoncé sa famille jeudi 11 juin. Le skipper, originaire du Havre et installé à Concarneau, luttait depuis octobre 2023 contre une tumeur stromale gastro-intestinale (GIST), une forme rare de cancer. Sa femme, Perrine Le Pape, a confirmé son décès dans un communiqué transmis à l’AFP, précisant que des hommages lui seraient rendus dans les jours à venir.
Un exploit sportif réalisé malgré la maladie
Charlie Dalin avait remporté le Vendée Globe 2024-2025 en 64 jours, 19 heures et 22 minutes, établissant un nouveau record pour cette course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Il avait franchi la ligne d’arrivée aux Sables-d’Olonne le 14 janvier 2025 avec plus de neuf jours d’avance sur le précédent record, détenu par Armel Le Cléac’h depuis 2017.
Ce succès avait pris une dimension particulière après la révélation, en octobre 2025, que le navigateur avait couru cette édition alors qu’il était déjà atteint par la maladie. Dans un livre intitulé La Force du destin, paru peu avant cette annonce, il avait expliqué avoir suivi un traitement adapté pendant la course, avec l’accord de ses médecins. « Peu importe que ce soit un Vendée Globe ou des tours du service à pied à l’hôpital, l’important c’est d’avoir un objectif pour avancer », avait-il déclaré à l’AFP.
« Le même exploit est présenté comme une performance sportive et comme un symbole de résilience face à la maladie. »
Un palmarès marqué par la régularité et l’innovation
Né au Havre en 1984, Charlie Dalin s’était imposé comme l’une des figures majeures de la course au large française. Double champion de France de course au large (2014 et 2016), il avait également remporté la Transat Jacques Vabre en 2019, la Fastnet Race en 2021 et 2023, ainsi que la Transat AG2R en 2012. Il avait terminé sur le podium de cinq éditions de la Solitaire du Figaro, une course réputée pour son exigence technique.
En 2021-2022, il avait déjà été le premier à franchir la ligne d’arrivée du Vendée Globe, avant d’être reclassé deuxième en raison d’une bonification de temps accordée à Yannick Bestaven. Son bateau, l’Imoca Apivia, conçu en collaboration avec l’écurie Macif, était considéré comme l’un des plus innovants de sa génération.
« Charlie était un technicien rigoureux, un marin pugnace et un concepteur de bateaux qui laissera trace », a déclaré François Gabart, vainqueur du Vendée Globe 2012-2013 et ami de longue date, dont la structure basée à Concarneau avait servi de chantier pour le voilier de Dalin.
Des hommages unanimes dans le monde de la voile
La disparition de Charlie Dalin a suscité une vague d’hommages dans le milieu sportif et au-delà. Le président de la République, Emmanuel Macron, a salué « un marin immense, un courage rare, une lumière au large ». L’organisation du Vendée Globe a évoqué « une empreinte indélébile » laissée par le navigateur, tandis que Michel Desjoyeaux, double vainqueur de l’épreuve, a souligné « son palmarès et sa bonne humeur ».
« C’était un être et un marin exceptionnels », a réagi Yann Eliès, navigateur et proche de Dalin. « Son audace et sa détermination ont marqué la voile française. » Jérémie Beyou, son adversaire et ami, a quant à lui décrit un « passionné absolu », ajoutant : « Il avait cette capacité à rendre simple ce qui était complexe. »
Le monde de la voile a également salué son engagement en faveur des malades atteints de cancer. Dans son livre, Charlie Dalin avait partagé son expérience pour briser les tabous autour de cette maladie, estimant que « cette maladie, ce n’est pas moi ». Son témoignage avait été salué par des associations de patients, qui y avaient vu une source d’inspiration.
Un héritage sportif et humain
Depuis l’annonce de sa maladie, Charlie Dalin avait mis sa carrière de navigateur entre parenthèses pour se consacrer à sa famille et à la conception de futurs bateaux. Il avait toutefois exprimé son envie de reprendre la mer, confiant en décembre 2025, lors de la remise du titre de « Marin de l’année » : « Ça me manque les courses, les départs, cette euphorie. »
Son parcours, marqué par la discrétion et l’exigence, a été salué bien au-delà des frontières françaises. Le Washington Post lui avait consacré sa une quelques mois avant sa mort, sous le titre « Se lancer dans la course de sa vie », soulignant son parcours inspirant. En France, son record sur le Vendée Globe et son combat contre la maladie avaient fait de lui une figure médiatique, sans qu’il ne cherche jamais à occuper le devant de la scène.
À ce stade, les détails des hommages qui lui seront rendus n’ont pas encore été précisés. Sa famille a demandé à ce que son intimité soit respectée dans les prochains jours. Le monde de la voile, quant à lui, continue de saluer la mémoire d’un marin qui, selon les mots de Yoann Richomme, « a transformé l’adversité en force ».