Alice Froussard, journaliste indépendante couvrant le conflit israélo-palestinien pour plusieurs médias francophones dont Radio France internationale (RFI) et Radio France, a été refoulée à son arrivée en Israël mercredi 11 juin. Les autorités israéliennes l’ont remise dans un avion à destination de la France, selon les déclarations de RFI et du ministère israélien de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme.
Une expulsion attribuée à un soutien présumé au Hamas
Le ministre israélien de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, Amichai Chikli, a accusé Alice Froussard de soutenir le Hamas. Dans un communiqué cité par plusieurs médias, il affirme que « la recommandation du ministère a été acceptée, et la journaliste a été expulsée et remise dans un avion pour la France ». Aucune preuve tangible de ce soutien n’a été rendue publique à ce stade.
RFI a réagi en dénonçant une « entrave à la liberté de la presse ». La radio publique française indique que la journaliste disposait de toutes les autorisations nécessaires pour couvrir la situation en Cisjordanie. « Cette décision est inacceptable et injustifiable », a déclaré Reporters sans frontières (RSF), soulignant que les journalistes internationaux n’ont plus accès de manière indépendante à la bande de Gaza depuis près de trois ans.
« Le refus d’entrée est présenté comme une mesure de sécurité, tandis que les médias y voient une restriction du travail journalistique. »
Un contexte de tensions accrues pour la presse étrangère
L’expulsion d’Alice Froussard s’inscrit dans un contexte de restrictions croissantes pour les journalistes étrangers en Israël et dans les territoires palestiniens. Depuis le 7 octobre 2023, plus de 260 journalistes palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza, selon des bilans attribués à des organisations locales et internationales. La Cisjordanie, où la journaliste devait se rendre, est également le théâtre de violences accrues, avec une moyenne de six attaques quotidiennes de colons israéliens entraînant victimes ou dommages, selon l’ONU.
Le ministère français des Affaires étrangères a indiqué « regretter » cette décision, sans préciser les suites diplomatiques envisagées. La France a par ailleurs interdit l’entrée sur son territoire au ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, en mai 2026, en raison de ses positions sur la colonisation.
Des réactions internationales et des accusations croisées
Plusieurs médias et organisations ont condamné cette expulsion. « Libération » a qualifié cette mesure d’« atteinte inadmissible à la liberté de la presse », tandis que Mediapart a souligné que cette décision intervenait dans un climat de « pression croissante sur les journalistes couvrant le conflit ». La RTS, média suisse avec lequel Alice Froussard collabore également, a relayé l’information en insistant sur le caractère « arbitraire » de cette mesure.
En Israël, le gouvernement justifie ces restrictions par des impératifs de sécurité. Le ministre Chikli a déclaré que la journaliste était accusée de « défendre que le massacre du 7 octobre devait être évalué dans son contexte », une formulation reprise par l’agence Anadolu. Aucune procédure judiciaire n’a été engagée contre elle à ce stade.
Une situation qui illustre les difficultés d’accès à l’information
L’expulsion d’Alice Froussard intervient alors que l’accès des journalistes étrangers à la bande de Gaza reste quasi impossible depuis près de trois ans. Les autorités israéliennes contrôlent strictement les entrées et sorties du territoire, limitant la couverture indépendante des événements. En Cisjordanie, les violences contre les Palestiniens et les restrictions imposées aux médias compliquent également le travail des reporters.
Le statut exact des accusations portées contre la journaliste reste flou. Aucune procédure judiciaire n’a été ouverte, et les éléments avancés par le ministère israélien n’ont pas été rendus publics. RFI et Radio France maintiennent que leur collaboratrice respectait les règles en vigueur pour exercer son métier.
Les prochaines étapes dépendront des éventuelles démarches diplomatiques françaises et des réactions des organisations de défense de la presse. À ce stade, aucune date n’a été fixée pour une possible révision de cette décision.