Le parquet de Paris a annoncé mercredi 17 juin faire appel de la relaxe prononcée la veille par le tribunal correctionnel à l’encontre de Nicolas G., un animateur périscolaire de 47 ans. L’homme était poursuivi pour agressions et harcèlement sexuels sur neuf fillettes âgées de 9 à 10 ans, scolarisées à l’école Titon dans le 11e arrondissement de Paris. Le procureur avait requis dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis à son encontre.
Une décision judiciaire contestée par les familles
Dans son jugement, le tribunal a estimé que si le comportement de l’animateur était « inapproprié », les faits reprochés n’étaient pas « constitutifs d’une infraction pénale ». Les magistrats ont considéré que l’enquête « n’avait pas démontré qu’il relevait d’un caractère humiliant ou dégradant ». Cette décision a provoqué l’incompréhension et la colère des parents des victimes, qui ont annoncé une mobilisation jeudi 18 juin dans le 7e arrondissement de Paris et à Montreuil.
« Cette décision suscite une très grande incompréhension », a déclaré l’avocate de cinq familles, sans préciser si d’autres recours seraient engagés. Les parents dénoncent un « signal terrible envoyé aux enfants qui ont le courage de parler ».
« La qualification judiciaire distingue les comportements jugés inappropriés des actes pénalement répréhensibles. »
Une commission sénatoriale pour dresser un état des lieux national
La relaxe intervient dans un contexte marqué par une série de signalements de violences sexuelles dans le périscolaire, notamment à Paris. Le Sénat a lancé mercredi 17 juin une commission d’enquête sur le sujet, avec pour mission de dresser une « cartographie nationale » des violences commises par des agents travaillant auprès de mineurs. La sénatrice Les Républicains Agnès Evren, désignée rapporteure, a indiqué que la mission rendrait ses conclusions d’ici six mois et formulerait des « recommandations dès l’automne ».
« Paris n’est que la partie émergée de l’iceberg », a-t-elle déclaré, soulignant la nécessité d’un « sursaut collectif » pour mieux prévenir et traiter ces violences. La commission doit notamment examiner les procédures de recrutement et de signalement au sein des collectivités territoriales.
Des défaillances dans le recrutement des animateurs
Plusieurs affaires récentes ont révélé des dysfonctionnements dans la gestion des animateurs périscolaires. À l’école Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement de Paris, un animateur mis en examen pour agressions sexuelles avait été recruté par la mairie en 2025 alors qu’il faisait déjà l’objet d’une plainte pour inceste déposée par son fils. La plainte datait de plus d’un an au moment de son embauche.
À Colombes (Hauts-de-Seine), deux plaintes visant un animateur périscolaire ont également mis la municipalité sous pression, avec des critiques sur le manque de transparence et la gestion des signalements. Ces affaires ont relancé le débat sur les contrôles préalables à l’embauche et les moyens alloués aux services chargés de la protection de l’enfance.
Des procédures judiciaires encore en cours
L’appel du parquet signifie que l’affaire sera rejugée par une cour d’appel, qui pourra confirmer ou infirmer la relaxe. En parallèle, d’autres procédures judiciaires liées à des violences dans le périscolaire suivent leur cours. Au Centre Cardinet à Paris, un consultant a été mis en examen après l’accumulation de plaintes pour violences sexuelles.
Les associations de protection de l’enfance et certains acteurs politiques appellent à une réforme des procédures de signalement et de traitement des plaintes. Selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), six plaintes sur dix pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite, souvent sans explication fournie aux victimes.
Le débat sur les moyens alloués à la justice et aux services sociaux reste ouvert, alors que plusieurs tribunaux, comme celui de Bordeaux, ont récemment dénoncé le manque de ressources pour traiter ces affaires. La commission sénatoriale devra proposer des pistes pour renforcer la prévention et la prise en charge des victimes, sans préjuger des conclusions de l’appel dans l’affaire de l’école Titon.