La commune de Fleurance, dans le Gers, a rendu hommage dimanche à Lyhanna, 11 ans, lors d’une marche blanche qui a rassemblé environ 6 000 personnes, selon la préfecture. La collégienne, disparue le 29 mai, a été retrouvée morte jeudi dans un silo agricole à Puycasquier, à une quinzaine de kilomètres de Fleurance. Le principal suspect, Jérôme Barella, 41 ans, mis en examen pour « enlèvement et séquestration » et placé en détention provisoire, était visé par plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineures depuis 2017, sans avoir jamais été entendu par les enquêteurs.
Une marche blanche sous le signe de l’émotion et de la colère
Les parents de Lyhanna, vêtus de blanc, ont pris la tête du cortège, derrière une banderole portant l’inscription « Plus jamais ça ! On t’aime. Tu nous manques ». Une tante de la fillette a pris la parole pour déclarer : « Notre petit monde tout entier s’est effondré. Pardon pour ce que tu as vécu. »
Le maire de Fleurance, Grégory Bobbato, a dénoncé « une ville, un pays en colère » et une « défaillance sociétale » face à l’incapacité des institutions à protéger les enfants. « Lyhanna est le dernier acte d’une tragédie qui se joue depuis bien trop longtemps : celle de nier la parole des enfants », a-t-il affirmé.
« Le même rassemblement est présenté comme un hommage silencieux et comme une protestation contre les dysfonctionnements judiciaires. »
Un suspect sous les radars de la justice malgré plusieurs plaintes
Jérôme Barella, père de deux enfants, était connu des services de police et de justice pour des faits de violences sexuelles sur mineures. Il avait fait l’objet de quatre plaintes pour viol et de deux signalements, dont un pour « comportement inapproprié » envers une lycéenne en 2021, qui lui avait valu un licenciement. Une plainte pour viol, déposée en août 2025, n’avait été transmise au parquet d’Auch qu’en décembre 2025, puis à la gendarmerie en janvier 2026. Il n’a jamais été auditionné dans cette affaire.
« Comment cet homme a-t-il pu passer entre les mailles du filet ? », s’interroge une habitante de Fleurance, présente à la marche blanche. Une ex-collègue de Jérôme Barella, licenciée en 2021 pour « comportement inapproprié », a déclaré : « Pour nous, en tant que professeurs, c’est inadmissible. Il aurait dû y avoir une alerte. »
Le procureur d’Agen a confirmé vendredi que le corps retrouvé était bien celui de Lyhanna, sans préciser les causes de la mort. Une autopsie est en cours.
L’exécutif reconnaît un « échec » et annonce des mesures
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a présenté vendredi « ses excuses au nom de la Justice » à la famille de Lyhanna, évoquant un « immense échec ». Il a annoncé une enquête administrative pour identifier d’éventuels dysfonctionnements et ordonné aux procureurs généraux de reprendre « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000 dossiers, d’ici au 14 juillet.
« Si jamais les intuitions qui sont les miennes sont avérées, j’en tirerai toutes les conséquences, y compris des sanctions », a-t-il déclaré. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a demandé que les premières conclusions de l’enquête administrative lui soient remises sous 15 jours.
Le président Emmanuel Macron a qualifié ces dysfonctionnements d’« inacceptables » et rejeté tout argument lié au manque de moyens. « Il est clair qu’il y a un dysfonctionnement et c’est inacceptable. Je ne veux entendre aucun argument de moyens dans cette affaire », a-t-il déclaré depuis le Monténégro.
Des réactions politiques contrastées
Les réactions politiques se sont multipliées, avec des propositions de réformes variées. Mathilde Panot, cheffe de file des députés La France insoumise (LFI), a appelé à la démission de Gérald Darmanin, dénonçant une « clochardisation de la justice ». « Il doit démissionner. C’est une responsabilité politique », a-t-elle affirmé.
Bruno Retailleau, candidat des Républicains (LR) à l’élection présidentielle, a proposé la création d’une « cour disciplinaire de la magistrature » pour remplacer le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qu’il juge « trop corporatiste ». Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, a plaidé pour la création d’un « parquet spécialisé sur les violences faites aux femmes et aux enfants ».
L’Union syndicale des magistrats (USM), majoritaire, a dénoncé une « logique de bouc émissaire » et pointé la multiplication des circulaires sans moyens supplémentaires. « Il y a peut-être eu des dysfonctionnements, mais il n’y a que les rapports d’inspection qui peuvent le dire », a indiqué son secrétaire général adjoint, Aurélien Martini.
Des mobilisations prévues dans toute la France
Des rassemblements sont prévus lundi devant les tribunaux dans plusieurs villes de France, à l’appel de collectifs et d’associations, pour dénoncer « l’injustice de trop » et réclamer une meilleure protection des enfants. À Paris, un rassemblement est annoncé devant le ministère de la Justice.
L’affaire Lyhanna a également suscité une vague d’émotion sur les réseaux sociaux, avec des messages de soutien de personnalités comme Flavie Flament, Emmanuelle Béart ou Juliette Binoche. « La France ne protège pas ses filles », ont-elles écrit en partageant des photos d’elles enfants.
Les causes de la mort de Lyhanna restent à déterminer. L’enquête se poursuit pour établir les circonstances exactes du drame et identifier d’éventuelles responsabilités dans les dysfonctionnements judiciaires.