Bernadette Chirac, née Bernadette Chodron de Courcel, s’est éteinte « paisiblement, entourée des siens » dans la soirée du 5 juin, a annoncé sa fille Claude Chirac à l’AFP. Veuve de l’ancien président de la République Jacques Chirac, décédé en 2019, elle avait fêté ses 93 ans le 18 mai dernier. Son décès a suscité une vague d’hommages dans la classe politique, saluant une personnalité qui a su concilier vie publique et engagement caritatif.
Une carrière politique locale et nationale
Bernadette Chirac a été la seule première dame à exercer un mandat politique en son nom propre. Élue conseillère générale de Corrèze de 1979 à 2015, elle a également siégé au conseil municipal de Sarran, un village corrézien où elle s’est investie pendant plus de 40 ans. Son ancrage territorial lui a valu une popularité durable, notamment auprès des habitants de la région, qui la décrivaient comme une élue proche du terrain et déterminée.
Son parcours politique a été marqué par une indépendance progressive vis-à-vis de son mari. Longtemps perçue comme une figure discrète, elle a su s’imposer comme une actrice à part entière de la vie publique, notamment lors des campagnes électorales de Jacques Chirac. En 2002, elle a joué un rôle clé dans sa réélection en mobilisant les réseaux locaux et en incarnant une image de proximité auprès des Français.
« Son engagement en Corrèze et son rôle à la tête des Pièces jaunes ont contribué à forger une image distincte de celle de son mari, tout en restant indissociable de l’histoire politique française. »
L’opération Pièces jaunes, un héritage caritatif
Présidente de la Fondation des Hôpitaux de Paris – Hôpitaux de France de 1994 à 2019, Bernadette Chirac a été la figure emblématique de l’opération Pièces jaunes, une campagne annuelle de collecte de fonds pour améliorer le quotidien des enfants hospitalisés. Sous sa direction, cette initiative est devenue un rendez-vous incontournable, associant célébrités, sportifs et anonymes dans un élan de solidarité.
« Elle s’est investie de toutes ses forces dans les Pièces jaunes », a rappelé Anne Barrère, vice-présidente de la Fondation. David Douillet, ancien judoka et ministre, a également salué sa mémoire, évoquant « une de mes meilleures amies, une complice ». Brigitte Macron, qui lui a succédé à la tête de la Fondation en 2019, a rendu hommage à celle qui l’a « beaucoup aidée » et pour qui elle avait « un immense respect ».
Des hommages unanimes dans la classe politique
Les réactions à son décès ont été nombreuses et transversales. Emmanuel Macron a salué « une grande dame de cœur » qui « a marqué notre histoire » et « changé tant de vies avec discrétion et obstination ». Nicolas Sarkozy, qu’elle avait soutenu lors de la présidentielle de 2007, a écrit sur X : « Je perds une grande amie qui m’a toujours soutenu politiquement comme personnellement. Elle était fidèle, courageuse, drôle, intransigeante, affectueuse. »
François Hollande, qui a siégé à ses côtés au conseil général de Corrèze, a décrit une femme « obstinée, volontaire, dévouée sans doute, mais surtout indépendante ». Jean-François Copé a souligné son « sens politique aiguisé », tandis que Bruno Retailleau a évoqué « une femme d’exception » qui « aura incarné, avec une dignité rare, le sens du devoir ».
Hillary Clinton, ancienne Première dame des États-Unis, a également réagi en rappelant leur rencontre en Corrèze en 1998 : « Elle m’a inspirée par son engagement politique et son dévouement aux autres. »
Une personnalité au caractère affirmé
Bernadette Chirac était connue pour son franc-parler et son sens politique. Dans un entretien accordé en 2001 à Patrick de Carolis, elle avait déclaré : « Quand on est la femme de Jacques Chirac, on ne peut pas rester trop effacée ! » Son rôle dans la campagne de 2002, où elle avait alerté son mari sur la montée du Front national, a été largement souligné par les observateurs.
Son influence au sein du couple présidentiel a souvent été évoquée. Jacques Chirac lui-même avait reconnu dans ses mémoires : « Elle est la femme de ma vie, nous avons tant accompli ensemble ! » Malgré des désaccords, notamment sur le soutien à Nicolas Sarkozy en 2007, leur relation a été décrite comme indéfectible.
À l’Élysée, elle a marqué les esprits par son autorité et son sens de l’organisation. Guillaume Gomez, ancien chef des cuisines présidentielles, se souvient : « À l’Élysée, elle était la patronne. Elle gérait tout, des menus aux réceptions, avec une précision et une exigence remarquables. »
Son décès intervient sept ans après celui de son mari, en septembre 2019. Avec elle disparaît une figure majeure de la Ve République, dont l’héritage politique et caritatif continue de résonner dans la vie publique française.