Le Kosovo et l’Arménie ont organisé dimanche 7 juin des élections législatives anticipées, marquées par des résultats partiels et des enjeux politiques majeurs. Au Kosovo, le parti du Premier ministre Albin Kurti, Vetëvendosje (VV), est arrivé en tête avec 43 % des voix, sans obtenir la majorité absolue. En Arménie, le parti Contrat civil du Premier ministre Nikol Pachinian a recueilli 51,2 % des suffrages selon les premiers dépouillements, devant l’alliance Arménie forte du milliardaire russo-arménien Samvel Karapetyan (23 %). Les deux scrutins se déroulent dans un contexte de crise institutionnelle au Kosovo et de repositionnement géopolitique en Arménie.
Kosovo : un scrutin marqué par l’abstention et l’impasse politique
Le parti Vetëvendosje (VV) du Premier ministre kosovar Albin Kurti a remporté les élections législatives anticipées avec 43 % des voix, selon les résultats préliminaires publiés par la Commission électorale. Ce score, en recul par rapport aux 51 % obtenus en décembre 2025, ne lui permet pas de former seul un gouvernement. Les deux principales forces d’opposition, le Parti démocratique du Kosovo (PDK) et la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), ont respectivement obtenu 21 % et 18 % des suffrages.
Le taux de participation s’est élevé à 37 %, en baisse par rapport aux 45 % enregistrés lors du précédent scrutin. Cette troisième élection législative en seize mois reflète une lassitude des électeurs face à l’instabilité politique. « Ça suffit ! », a déclaré Gezim Selimi, 66 ans, enseignant à la retraite, après avoir voté à Pristina. « J’attends des partis qu’ils reviennent enfin à la raison et qu’ils travaillent pour le Kosovo. »
Depuis février 2025, le Parlement kosovar est bloqué, incapable de former une majorité stable ou d’élire un président. La crise institutionnelle a empêché le pays de bénéficier pleinement des fonds européens prévus par le plan de croissance pour les Balkans occidentaux. Seuls 62 millions d’euros sur les 980 millions disponibles ont été débloqués, en échange de réformes structurelles. L’inflation, qui dépasse 5 % en rythme annuel, pèse sur le pouvoir d’achat des Kosovars.
« Le même scrutin est présenté comme une solution à la crise politique et comme un symptôme de l’incapacité des partis à s’entendre. »
Arménie : un référendum sur l’orientation géopolitique
En Arménie, les premiers résultats partiels, basés sur le dépouillement de 32 % des bureaux de vote, donnent le parti Contrat civil du Premier ministre Nikol Pachinian largement en tête avec 51,2 % des voix. L’alliance Arménie forte, dirigée par le milliardaire russo-arménien Samvel Karapetyan, arrive en deuxième position avec 23 % des suffrages. Le taux de participation s’est élevé à 59 %, selon la Commission électorale centrale.
Nikol Pachinian a revendiqué une « victoire historique » et réaffirmé son intention de poursuivre le rapprochement avec l’Occident, tout en développant les relations avec la Russie. « J’espère que cela suscitera une réponse positive de la part de la Turquie et de l’Azerbaïdjan », a-t-il déclaré, évoquant la nécessité d’institutionnaliser la paix entre l’Arménie et son voisin azerbaïdjanais.
Le scrutin intervient dans un contexte de tensions avec Moscou, après la perte du Haut-Karabakh en 2023 et le gel de la participation arménienne à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), une alliance militaire dirigée par la Russie. Erevan a multiplié les reproches envers Moscou, accusée de ne pas avoir soutenu l’Arménie lors de la guerre de 2020 contre l’Azerbaïdjan. En réponse, la Russie a interdit l’importation de plusieurs produits agricoles arméniens et a été accusée d’ingérence dans la campagne électorale.
« La Russie est et restera notre partenaire stratégique et notre principal partenaire économique », a déclaré Samvel Karapetyan, principal rival de Pachinian, lors d’un meeting de campagne. Les Européens et les États-Unis, de leur côté, ont apporté leur soutien à Nikol Pachinian, perçu comme un allié dans la région. Un sommet UE-Arménie organisé début mai à Erevan a souligné l’importance du partenariat entre Bruxelles et Erevan.
Des scrutins sous influence étrangère
Les élections en Arménie ont été marquées par une vaste opération de désinformation attribuée à la Russie, selon plusieurs médias et experts. « L’ingérence russe est prouvée et Moscou manifeste des signes de très grande fébrilité », a déclaré Tigrane Yégavian, directeur de recherche pour la revue Conflits. Des arrestations de candidats pro-russes ont également été signalées pendant la campagne.
Au Kosovo, la crise politique a des répercussions économiques et sociales. Le pays, l’un des plus pauvres d’Europe, a dépensé plus de 10 millions d’euros pour organiser ce troisième scrutin en seize mois. « Les partis politiques font preuve d’une grande immaturité », a estimé Virgjina Dumnica, 71 ans, juge à la retraite, après avoir voté à Pristina. « Notre pays n’est pas assez riche pour organiser deux élections par an. »
Des résultats qui ne mettent pas fin aux incertitudes
Au Kosovo, les résultats préliminaires confirment la victoire du parti Vetëvendosje, mais sans majorité absolue. Albin Kurti a appelé à renforcer « la légitimité et la stabilité des institutions », tout en reconnaissant que des négociations seront nécessaires pour former un gouvernement. Les experts restent prudents quant à la capacité de ce scrutin à résoudre la crise politique. « La crise va se poursuivre », a estimé Ardi Uka, chercheur en économie politique.
En Arménie, les résultats partiels donnent Nikol Pachinian en tête, mais le système politique reste très fragmenté, avec 19 partis et blocs en lice pour les 101 sièges du Parlement. Le Premier ministre a présenté ce scrutin comme un choix entre la paix avec l’Azerbaïdjan et un retour à la guerre, une rhétorique qui a divisé la société arménienne. « La première tâche, c’est qu’il ne soit plus là », a déclaré Armen Pogossyan, 77 ans, président d’une association de consommateurs, en référence à Pachinian.
Les résultats définitifs des deux scrutins sont attendus dans les prochains jours. Ils détermineront la capacité des gouvernements à sortir de l’impasse politique et à engager des réformes structurelles, dans un contexte régional marqué par les rivalités entre grandes puissances.