Plus de 1,2 million de fidèles ont envahi les rues du centre de Madrid dimanche 7 juin pour assister à une messe célébrée par le pape Léon XIV. Cet office, organisé place de Cibeles, marque le deuxième jour de la visite apostolique du souverain pontife en Espagne, qui doit durer jusqu’au 12 juin. Selon les organisateurs, ce rassemblement constitue la plus grande foule réunie depuis le début de son pontificat, entamé en mai 2025.
Une ferveur populaire sans précédent depuis 15 ans
La messe a été célébrée en présence du roi Felipe VI et de la reine Letizia, qui ont accueilli le pape à son arrivée en Espagne samedi 6 juin. Les autorités locales et les organisateurs ont déployé un important dispositif logistique et sécuritaire pour encadrer l’événement, incluant des barrages policiers et des écrans géants pour permettre à la foule de suivre la cérémonie. Des tapis de pétales aux couleurs du Vatican ont été disposés le long du parcours de la procession du Corpus Christi, qui a suivi la messe.
« Le pape a appelé les Espagnols à ne pas considérer la religion comme un musée du passé, mais comme une école de foi où l’on peut encore s’abreuver », rapporte la Conférence épiscopale espagnole. Cette déclaration intervient dans un contexte de déclin de la pratique religieuse en Espagne, où 56,1 % des Espagnols se déclaraient catholiques en mai 2026, contre 90 % dans les années 1970, selon le Centre de recherches sociologiques (CIS).
« Le même rassemblement est présenté comme un signe de renouveau spirituel et comme un événement exceptionnel dans un pays où la pratique religieuse recule. »
Un voyage centré sur les questions sociales et migratoires
La visite de Léon XIV en Espagne, la première d’un pape dans le pays depuis 15 ans, s’inscrit dans un programme axé sur les droits humains, la justice sociale et les questions migratoires. Dès son arrivée à Madrid, le pape a salué l’« engagement constant » de l’Espagne « en faveur de la paix », lors d’un discours au Palais royal. Il a également appelé à mettre fin aux « discours qui divisent et polarisent » la société, dans un contexte marqué par des tensions politiques et sociales en Europe.
« Le message de paix résonne malheureusement pour certains comme naïf et pour d’autres comme provocateur », a déclaré Léon XIV, soulignant que cet appel devrait trouver « un écho chez ceux qui ne s’enferment pas dans des idéologies toutes faites ». Le pape a également évoqué la question des abus sexuels au sein de l’Église catholique, qualifiant ce sujet de « plaie toujours ouverte ». Une rencontre avec des victimes est prévue lundi 8 juin à la nonciature apostolique de Madrid.
Le programme de la visite inclut également une étape à Barcelone, où Léon XIV doit célébrer une messe à la Sagrada Família, devenue l’église la plus haute du monde. Il se rendra ensuite aux îles Canaries, principale porte d’entrée des migrants en Espagne, pour rendre hommage aux milliers de personnes disparues lors de la traversée de l’Atlantique.
Des réactions contrastées parmi les fidèles
Parmi les participants à la messe de Madrid, certains ont exprimé leur émotion face à l’ampleur de l’événement. « C’est une fête pour les familles. Et c’est la première fois que le pape Léon vient en Espagne, il fallait y prendre part », explique Teresa Valdecantos, venue de Valence malgré ses difficultés de mobilité. Ana Milagros, 64 ans, a quant à elle salué la « sincérité » du pape, estimant qu’il « essaie de tous nous aider » dans un contexte de polarisation politique et sociale.
D’autres fidèles, comme Nico Aldeanueva, 28 ans, venu des États-Unis, ont souligné le caractère unificateur de la visite papale : « Le pape est une force très unificatrice à un moment où nous sommes divisés sur tant de fronts différents. » Cependant, plusieurs associations de victimes d’abus sexuels ont critiqué le manque de transparence dans l’organisation de la rencontre prévue avec le pape, déplorant ne pas avoir été invitées à y participer.
Un bilan provisoire et des attentes pour la suite
La messe de Madrid marque un temps fort de la visite de Léon XIV en Espagne, où la pratique religieuse connaît un déclin marqué depuis plusieurs décennies. Si les organisateurs et les autorités locales ont salué le succès de l’événement, certains observateurs soulignent que cette ferveur populaire ne reflète pas nécessairement un regain d’influence durable de l’Église catholique dans le pays.
Le pape doit encore prononcer un discours devant le Parlement espagnol lundi 8 juin, une première pour un souverain pontife. Ce discours pourrait préciser les attentes de l’Église en matière de justice sociale et de politique migratoire, dans un pays où le gouvernement de Pedro Sánchez a récemment lancé un plan de régularisation de 500 000 sans-papiers, suscitant des critiques de la part de l’opposition.
La publication des déclarations du pape lors de sa rencontre avec les victimes d’abus sexuels, ainsi que les détails de son discours au Parlement, permettront de mieux cerner les messages clés de cette visite. Enfin, l’étape des îles Canaries, prévue jeudi 11 et vendredi 12 juin, devrait mettre en lumière les enjeux humanitaires liés à l’immigration, un sujet central pour Léon XIV depuis le début de son pontificat.