Jean-Luc Mélenchon a officiellement lancé sa campagne pour l’élection présidentielle de 2027 dimanche 7 juin à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), lors d’un meeting en plein air place Victor-Hugo. Devant une foule estimée à 26 000 personnes selon les organisateurs, le candidat de La France insoumise (LFI) a accusé le Rassemblement national (RN) de défendre un « suprémacisme » visant à diviser la société « en ethnie et en religion ». « En France, le suprémacisme est porté par le RN », a-t-il déclaré, citant notamment la proposition du parti de Jordan Bardella de supprimer le droit du sol.
Un meeting symbolique dans une ville acquise à LFI
Le choix de Saint-Denis pour ce premier meeting n’est pas anodin. La ville, dirigée depuis mars par le maire insoumis Bally Bagayoko, est présentée par LFI comme un symbole de sa « nouvelle France », un concept mis en avant par Jean-Luc Mélenchon pour désigner une société « métissée, urbaine et connectée ». « Un Français sur trois est, selon la formule de Bally, un héritier de l’immigration », a rappelé le candidat, en réponse aux critiques du RN sur ce thème.
La présence de Bally Bagayoko, élu dès le premier tour des municipales avec 52 % des voix, a été mise en avant par LFI comme une preuve de son ancrage local. « On est chez nous ! », a scandé la foule, reprenant un slogan historiquement associé à l’extrême droite, mais détourné par Mélenchon pour affirmer la légitimité de son mouvement dans les quartiers populaires.
« Le même slogan est utilisé pour revendiquer une appartenance territoriale, mais avec des significations politiques opposées selon les acteurs. »
Une attaque frontale contre le RN et un appel à l’unité de la gauche
Jean-Luc Mélenchon a consacré une large partie de son discours à dénoncer le RN, qu’il a accusé de « névroses communautaristes » et de vouloir « hiérarchiser les humains ». « Ainsi M. Bardella, bon trumpiste, veut même supprimer le droit du sol de naissance. Ce serait un crime anti-national », a-t-il affirmé, avant d’ajouter : « Né en France, Français ! ».
Le candidat a également lancé un appel à l’unité de la gauche, déclarant que « la primaire est finie ». « Le deuxième tour, ceux qui n’ont aucune chance d’y accéder devraient se garder de nous empêcher d’essayer de le gagner », a-t-il prévenu, s’adressant implicitement aux autres formations de gauche, comme le Parti socialiste (PS) ou Europe Écologie-Les Verts (EELV), encore divisées sur la stratégie à adopter. Manuel Bompard, coordinateur de LFI et directeur de campagne, a précisé : « La discussion est ouverte, vous pouvez avoir votre place dans cette campagne. »
Parmi les mesures annoncées, Jean-Luc Mélenchon a réaffirmé son engagement en faveur d’une « planification écologique », avec une restructuration des régions autour des bassins versants des fleuves, et a promis l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie et une autonomie étendue pour la Corse si son projet était élu.
Un bilan provisoire et des réactions contrastées
Selon les organisateurs, 26 000 personnes ont assisté au meeting, un chiffre qui n’a pas été confirmé de manière indépendante. Plusieurs élus LFI étaient présents, ainsi que les écrivains Annie Ernaux et Éric Vuillard, qui ont pris la parole pour soutenir le candidat. « Le programme de Jean-Luc Mélenchon, c’est un programme de vie fondé sur la justice, la dignité, l’éducation, la culture », a déclaré Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022.
Les réactions à ce meeting ont été contrastées. Certains médias ont souligné la « démonstration de force » de LFI, tandis que d’autres ont relevé les tensions persistantes avec le reste de la gauche. Raphaël Glucksmann, figure montante du PS, a annoncé qu’il tiendrait son propre meeting le 13 juin, dans un contexte où la question d’une primaire unitaire reste en suspens.
Un lancement de campagne sous le signe de la polarisation
Le meeting de Saint-Denis marque le début officiel de la campagne de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle de 2027. Si le candidat a mis en avant son ancrage dans les quartiers populaires et sa capacité à mobiliser, il a également durci le ton contre le RN, tout en cherchant à s’imposer comme le seul recours face à l’extrême droite. « Nous croyons que notre pays n’est pas raciste, notre pays n’est pas fasciste », a-t-il lancé, dans une formule visant à contrer les accusations de division portées contre son mouvement.
Les prochaines semaines seront marquées par les meetings d’autres candidats, comme Raphaël Glucksmann (13 juin) ou Édouard Philippe (5 juillet). La stratégie de LFI, qui mise sur une dynamique précoce et une opposition frontale au RN, devra encore convaincre au-delà de son électorat traditionnel, alors que les sondages le donnent entre 13 et 15 % des intentions de vote au premier tour, mais largement distancé au second face à Jordan Bardella ou Marine Le Pen.
Le calendrier politique sera également rythmé par des échéances judiciaires, comme la décision de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires du RN au Parlement européen, prévue le 7 juillet, qui pourrait influencer la candidature de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella.