Mort de Lyhanna : mobilisation nationale et bilan critique de la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs

Des rassemblements ont eu lieu lundi 15 juin devant le ministère de la Justice et plusieurs tribunaux en France pour réclamer une loi intégrale contre les violences sexuelles, après la mort de la collégienne de 11 ans dans le Gers, marquée par des dysfonctionnements judiciaires.

Mort de Lyhanna : mobilisation nationale et bilan critique de la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs

Image générée par Fokon

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées lundi soir devant le ministère de la Justice à Paris et devant des tribunaux en France pour dénoncer les violences sexuelles et réclamer une loi intégrale de protection des enfants et des femmes. Ces mobilisations interviennent après la mort de Lyhanna, 11 ans, retrouvée morte le 4 juin dans le Gers, dont le principal suspect, Jérôme Barella, avait fait l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour agressions sexuelles sur mineures sans avoir été interpellé.

Des signalements restés sans suite

Selon les éléments révélés par l’enquête, Jérôme Barella avait fait l’objet de deux signalements et de cinq plaintes pour violences sexuelles sur mineures avant le meurtre de Lyhanna. Un signalement transmis par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) le 12 mars 2026, détaillant des accusations d’attouchements sur une fillette de 11 ans lors d’une soirée pyjama en août 2025, n’avait donné lieu à aucune suite judiciaire. Ce document, resté lettre morte, aurait pu permettre une interpellation avant le drame.

« Un signalement pour "gestes déplacés" sur une enfant de 11 ans aurait pu empêcher le meurtre de Lyhanna », indique un article de France Info, soulignant que ces révélations ont suscité une vive émotion et relancé le débat sur les défaillances du système judiciaire.

« Le même signalement est présenté comme une alerte restée sans réponse et comme un élément central des dysfonctionnements pointés par les associations. »

Un rapport accablant de la Ciivise

La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a remis lundi un rapport au gouvernement évaluant la mise en œuvre de ses 82 recommandations formulées en 2023. Selon ce document, seules 28 % des mesures préconisées sont « pleinement effectives », tandis que 72 % ne sont pas encore appliquées ou le sont partiellement. La Ciivise dénonce un « retard majeur de la justice », avec plus de six plaintes sur dix classées sans suite et seulement 3 % des auteurs de violences sexuelles sur mineurs condamnés.

« Le décalage entre l’ampleur des violences et la faiblesse de la réponse pénale est intolérable et témoigne d’un dysfonctionnement systémique », écrit la Ciivise, qui appelle le gouvernement à « passer à la vitesse supérieure » pour faire de la protection de l’enfant une priorité.

Parmi les mesures non appliquées figurent la protection juridique des médecins signalant des violences ou l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs, un sujet sur lequel le gouvernement réfléchit actuellement.

Réactions politiques et mobilisations citoyennes

Face à l’émotion suscitée par l’affaire, le Premier ministre Sébastien Lecornu a reçu lundi une délégation transpartisane de parlementaires partisans d’une « loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ». Ce texte, soutenu par la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, prévoit 79 dispositions couvrant la justice, la police, la santé, l’éducation et le numérique, pour un coût estimé à près de trois milliards d’euros. Les députés reverront le Premier ministre après le 14 juillet, une fois l’avis du Conseil d’État rendu.

« Sébastien Lecornu a pris la mesure de la situation », a déclaré la députée écologiste Sandrine Rousseau, tandis que le garde des Sceaux Gérald Darmanin, critiqué pour ses déclarations sur les dysfonctionnements individuels des magistrats, a écrit une lettre aux 10 000 magistrats pour rappeler son « attachement viscéral à l’indépendance de la magistrature », tout en soulignant que celle-ci « va de pair avec la responsabilité ».

Emmanuel Macron, interrogé sur TF1, a assuré que des moyens supplémentaires seraient déployés « là où là » si nécessaire, tout en défendant les lois déjà votées depuis 2017 et l’augmentation du budget de la Justice. « On a fait de multiples lois », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant la nécessité d’agir « avec méthode » pour éviter de nouveaux drames.

Les rassemblements, organisés par des collectifs comme « Nous Toutes » ou « Enfantiste », se sont tenus dans plusieurs villes, dont Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Montpellier. À Paris, plus d’un millier de personnes se sont réunies place Vendôme, scandant des slogans comme « Nos cris ne tuent pas, votre inaction si ».

Des dysfonctionnements encore à éclaircir

Les résultats de l’enquête administrative diligentée le 3 juin pour identifier d’éventuels dysfonctionnements dans le traitement des plaintes et signalements visant Jérôme Barella seront rendus publics le 22 juin. Cette enquête, menée par les inspections générales de la gendarmerie et de la Justice, doit permettre de déterminer les responsabilités individuelles ou collectives dans les défaillances ayant conduit au drame.

En attendant, les mobilisations se poursuivent. Plusieurs associations et collectifs ont annoncé leur intention de maintenir la pression chaque lundi devant les tribunaux, jusqu’à l’adoption d’une loi intégrale. « Tant que nos enfants ne seront pas protégés, nous serons là », a déclaré une manifestante devant le tribunal de Tarbes.

La famille de Lyhanna, soutenue par une cagnotte en ligne lancée par sa tante, a également exprimé le besoin de « vérité » et de « justice ». Les parents de la fillette ont été contactés par Emmanuel Macron, qui a reconnu des « dysfonctionnements manifestes » tout en réfutant tout manque de moyens de la part de l’institution judiciaire.

Le débat politique, lui, reste polarisé entre durcissement pénal et approche globale. Si certains, comme le Rassemblement national ou une partie de la droite, réclament des peines plancher ou la perpétuité incompressible pour les crimes sexuels sur mineurs, d’autres, comme les associations et une partie de la gauche, insistent sur la nécessité d’une réponse institutionnelle coordonnée, incluant prévention, formation des professionnels et protection des victimes.

La question de la responsabilité politique des ministres en cas de dysfonctionnement grave de leur administration est également relancée. Plusieurs juristes estiment que la responsabilité individuelle des membres du gouvernement devrait pouvoir être engagée, une piste que le gouvernement n’a pas encore explorée.


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