L’Arcom a mis en demeure CNews, ce 15 juin, pour « manquement de l’éditeur à l’obligation de respecter le pluralisme des courants de pensée et d’opinion ». Cette décision, rendue publique lundi, fait suite à une saisine de l’ONG Reporters sans frontières (RSF) en janvier 2026. Elle s’appuie sur une analyse de 168 heures de programmes diffusés en mars 2025, couvrant des émissions comme « L’Heure des Pros », « Morandini Live » ou « Punchline ».
Une première application d’une délibération de 2024
Cette mise en demeure constitue la première application de la délibération de l’Arcom sur le pluralisme, adoptée en juillet 2024. Ce texte avait été élaboré après une décision du Conseil d’État, lui-même saisi par RSF en 2023. Le régulateur avait alors été invité à renforcer son contrôle sur le respect du pluralisme des opinions, au-delà des seuls temps de parole politiques ou des incidents ponctuels.
Dans sa décision datée du 12 juin, l’Arcom constate « la prédominance d’un même cadre d’interprétation de l’actualité ». Ce cadre, selon le régulateur, se caractérise par « une focalisation, à travers les questions de sécurité intérieure, sur la menace que représenteraient l’immigration et l’islam pour la société française », ainsi que par « la mise en cause de l’action de l’exécutif et de l’Union européenne » et « une forte défiance à l’égard de l’institution judiciaire ». Le parti La France Insoumise (LFI) est également cité comme cible de « critiques systématiques ».
« Nous avons constaté une forte convergence des points de vue dans le traitement des principaux thèmes abordés », a déclaré Martin Ajdari, président de l’Arcom, lors d’une conférence de presse. Catherine Jentile de Canecaude, présidente du groupe de travail sur le pluralisme au sein de l’Arcom, a ajouté que « les opinions contradictoires sont très souvent contredites, voire parfois caricaturées ».
« La même décision est présentée comme une sanction du pluralisme et comme une étape dans un contrôle renforcé des médias. »
Une analyse ciblée sur quatre thèmes principaux
L’Arcom a identifié quatre sujets récurrents dans les programmes étudiés : la sécurité, l’immigration, l’islam et la guerre en Ukraine. Sur ce dernier point, le régulateur note que « la gestion de la guerre par l’exécutif français a été vivement mise en cause sous deux angles récurrents » : la critique des aides financières à Kiev, jugées prioritaires par rapport à d’autres enjeux comme la sécurité ou l’immigration, et la présentation des déclarations gouvernementales comme « indûment alarmistes ».
CNews a réagi en indiquant qu’elle « conteste fermement les griefs » et qu’elle « exercera les voies de recours appropriées devant le Conseil d’État afin de faire valoir ses droits et, le cas échéant, devant les juridictions européennes compétentes pour assurer la pleine protection de la liberté d’expression et de la liberté des médias ».
Une veille renforcée à l’approche de la présidentielle
Cette mise en demeure intervient à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027. L’Arcom a annoncé qu’elle mettrait en place, à partir de septembre 2026, une « veille » sur le respect du pluralisme des opinions sur les quatre chaînes d’information en continu de la TNT : BFMTV, CNews, LCI et franceinfo. Cette surveillance s’ajoutera aux contrôles déjà existants sur les temps de parole politiques, notamment en période électorale.
RSF a salué la décision de l’Arcom, tout en indiquant qu’elle « saisira à nouveau l’Arcom et fera sanctionner CNews » en cas de récidive. Thibaut Bruttin, directeur général de l’ONG, a qualifié cette mise en demeure de « première étape importante ».
Une procédure qui ouvre la voie à d’éventuelles sanctions
La mise en demeure de l’Arcom constitue une première étape dans une procédure qui pourrait, en cas de non-respect des obligations, déboucher sur des sanctions. Celles-ci pourraient aller d’un simple avertissement à des mesures financières, en passant par des obligations de diffusion de messages correctifs. Le régulateur n’a pas précisé quelles seraient les prochaines étapes de son contrôle, ni le calendrier exact de leur mise en œuvre.
La décision de l’Arcom distingue clairement les faits établis par son analyse des programmes et les positions des différents acteurs. Si le régulateur a identifié un « déséquilibre manifeste et répété » dans le traitement de certains sujets, CNews maintient que cette qualification relève d’une interprétation subjective. La publication intégrale de la décision de l’Arcom, ainsi que les éventuels recours de la chaîne, permettront de préciser les contours juridiques de cette obligation de pluralisme.
Les prochains mois diront si cette mise en demeure marque un tournant dans le contrôle du pluralisme des opinions à la télévision, ou si elle reste une étape isolée dans un débat plus large sur le rôle des médias dans le débat public.