Un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran a été signé mercredi 17 juin au château de Versailles, en marge d’un dîner entre le président américain Donald Trump et son homologue français Emmanuel Macron. Le document, paraphé à distance par le président iranien Massoud Pezeshkian, marque la fin officielle des hostilités déclenchées le 28 février par une offensive américano-israélienne contre l’Iran. Cette signature intervient deux jours avant une cérémonie prévue en Suisse, où des négociations techniques doivent débuter vendredi 19 juin.
Un accord en 14 points pour un cessez-le-feu immédiat
Le texte, rendu public par les deux parties, prévoit une cessation « immédiate et permanente » des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, où le Hezbollah, allié de Téhéran, était engagé dans des affrontements avec Israël. L’Iran s’engage à rouvrir « instantanément » le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, verrouillé depuis le début du conflit. En contrepartie, les États-Unis lèveront leur blocus des ports iraniens dans un délai de 30 jours.
« Je viens de le signer », a déclaré Donald Trump à la presse en quittant Versailles, où une vidéo le montre apposant sa signature aux côtés d’Emmanuel Macron, pouce levé. Le président iranien a salué un accord « historique », tandis que le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a affirmé que ce texte « acte l’échec des États-Unis ».
« La réouverture du détroit d’Ormuz et la levée du blocus américain relèvent de deux engagements distincts, dont le calendrier et les modalités restent à préciser. »
Des négociations de 60 jours pour un accord définitif
L’accord ouvre une période de négociations de 60 jours, extensible d’un commun accord, pour conclure un texte final. Les discussions porteront notamment sur le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions internationales. Selon le protocole, l’Iran réaffirme qu’il « ne se procurera ni ne développera d’armes nucléaires » et s’engage à traiter ses stocks d’uranium enrichi, « au minimum » par une méthode de dilution sur place sous supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
« Nous pensions que ces négociations techniques allaient commencer ce week-end. C’est toujours le projet, mais cela pourrait changer », a indiqué le vice-président américain JD Vance, précisant que les discussions pourraient débuter dès vendredi en Suisse. Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a déclaré que son agence était prête à définir des « mesures concrètes » pour encadrer le programme nucléaire iranien.
Un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l’Iran
Le protocole prévoit également la création d’un fonds d’au moins 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de l’Iran. Ce plan, élaboré par les États-Unis et leurs partenaires régionaux, notamment les pays du Golfe, ne sera pas financé directement par Washington. Les États-Unis s’engagent en outre à rendre « pleinement disponibles et utilisables » les fonds iraniens gelés à l’étranger dès la mise en œuvre du protocole.
« L’Iran a un droit de souveraineté sur Ormuz et, bien sûr, nous percevrons une redevance pour ces services », a déclaré Mohammad Bagher Ghalibaf, précisant que le détroit « ne reviendra pas à la situation d’avant-guerre ». Cette annonce intervient alors qu’un méthanier français, le Mraikh, a franchi mercredi le détroit d’Ormuz pour la première fois depuis le début du conflit, selon le site de suivi maritime TankerTrackers.
Des réactions contrastées aux États-Unis et en Iran
Aux États-Unis, l’accord suscite des critiques, y compris au sein du camp républicain. Plusieurs élus, dont le sénateur Bill Cassidy, ont dénoncé un texte « trop permissif » pour l’Iran, estimant qu’il s’agissait de « la pire bourde de politique étrangère depuis des décennies ». Donald Trump a balayé ces critiques sur son réseau Truth Social, affirmant que ceux qui les émettaient étaient « soit jaloux, soit malhonnêtes, soit stupides ».
« Il n’y a pas de paiement de 300 milliards de dollars à l’Iran par les États-Unis. Ce sont des informations mensongères ! Tout ce que les États-Unis y trouvent, c’est un succès, des prix du pétrole en baisse et une victoire. Regardez le marché boursier ! », a-t-il écrit.
En Iran, les réactions sont également partagées. Si le régime célèbre une « victoire », la population, épuisée par les destructions et les perturbations économiques, reste prudente. « Je doute fort qu’il soit durable », confie Mina, une psychologue de 54 ans interrogée par l’AFP à Téhéran. « Peut-être qu’après les 60 jours, les hostilités reprendront. Les États-Unis exigent que l’Iran cède son uranium et laisse le Liban tranquille, ce que la République islamique refuse. »
Des incertitudes persistent sur la mise en œuvre
Si l’accord marque une étape importante vers la fin des hostilités, plusieurs points restent à clarifier. La levée des sanctions américaines, la dilution de l’uranium iranien et le calendrier de retrait des forces américaines de la région devront être précisés lors des négociations en Suisse. Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays a joué un rôle clé dans la médiation, a confirmé qu’une cérémonie de signature aurait lieu vendredi au Bürgenstock, près de Lucerne, pour « commémorer cet événement marquant et donner le coup d’envoi des discussions techniques ».
Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a qualifié l’accord de « grande victoire » pour l’Iran, appelant à en « tirer profit » pour expulser Israël du Liban. Le président libanais Joseph Aoun a toutefois précisé que les négociations en cours avec Israël, menées sous l’égide des États-Unis, restaient « indépendantes » de l’accord américano-iranien.
Sur les marchés, la signature du protocole a entraîné une baisse des cours du pétrole, le Brent perdant plus de 2 % jeudi matin pour s’établir autour de 77,90 dollars le baril. Les Bourses mondiales ont également réagi positivement, Wall Street clôturant en hausse jeudi, avec le Nasdaq en progression de 1,91 %.