Le parquet de Paris a annoncé mercredi 17 juin faire appel de la relaxe prononcée la veille par le tribunal correctionnel à l’encontre d’un animateur périscolaire de l’école Titon, dans le 11e arrondissement. Poursuivi pour agressions et harcèlements sexuels sur des enfants âgés de 3 à 6 ans, l’homme avait été jugé non coupable, les magistrats estimant que ses agissements, bien que « inappropriés », ne constituaient pas une infraction pénale caractérisée. La décision a suscité des réactions immédiates, notamment de la part des familles, des élus et des associations.
Une relaxe fondée sur l’absence d’infraction pénale caractérisée
Lors de l’audience du 5 mai, le tribunal avait examiné les accusations portées contre l’animateur, identifié comme Nicolas G. dans plusieurs médias. Les faits reprochés incluaient des attouchements, des propos à caractère sexuel et des comportements jugés « humiliants ou dégradants » par les plaignants. Dans son jugement, le tribunal a reconnu que l’animateur avait eu des « attitudes inappropriées », mais a considéré que les éléments présentés ne permettaient pas d’établir une infraction pénale au sens du code pénal.
« Les agissements de l’animateur, bien que critiquables, n’ont pas été jugés constitutifs d’une infraction pénale », a indiqué le parquet dans un communiqué publié mercredi. La décision mentionne toutefois que l’agent aurait « dû faire l’objet de rappels à l’ordre et d’une formation » sur les limites professionnelles dans le cadre de son travail avec des enfants.
« La qualification judiciaire distingue les comportements inappropriés des infractions pénalement répréhensibles. »
Des signalements antérieurs et des recrutements contestés
L’affaire s’inscrit dans un contexte plus large de révélations sur des violences sexuelles dans le périscolaire parisien, notamment après un reportage diffusé en janvier par l’émission Cash Investigation. Plusieurs animateurs travaillant dans des écoles des 7e et 11e arrondissements ont depuis été mis en examen et écroués, dont deux pour des faits présumés commis à l’école Saint-Dominique. L’un d’eux, recruté par la mairie de Paris en 2025, faisait déjà l’objet d’une plainte pour inceste déposée par son fils en mars 2024.
« La mairie de Paris avait connaissance de cette plainte au moment de son embauche », a déclaré Rachida Dati, maire du 7e arrondissement et figure de l’opposition municipale, lors d’une conférence de presse. Une vingtaine d’élus de droite, dont Mme Dati, ont adressé le 11 juin un signalement à la procureure de Paris, Laure Beccuau, sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale, dénonçant des « manquements » dans la gestion des signalements par la Ville. Le même jour, le groupe politique coprésidé par l’élue insoumise Sophia Chikirou au Conseil de Paris a envoyé un courrier similaire.
« Nous demandons que les responsables politiques et administratifs qui ont eu connaissance de ces signalements soient entendus », a précisé Rachida Dati. Selon les élus, des alertes auraient été portées à la connaissance de la mairie dès 2015, sans que des mesures suffisantes n’aient été prises.
Des réactions contrastées et une mobilisation des familles
La relaxe a provoqué l’indignation des parties civiles, qui estiment que la décision repose sur des « erreurs factuelles manifestes ». « Les témoignages des enfants, les constats médicaux et les déclarations des parents convergent tous vers la même conclusion : il y a eu des agressions », a déclaré l’avocat d’une des familles, Me Julien Roelens. Plusieurs parents ont constaté chez leurs enfants des « changements importants » après leur passage dans les activités périscolaires, notamment des troubles du sommeil, des pertes d’appétit et des comportements de repli.
Jeudi 18 juin, une centaine de personnes se sont rassemblées devant l’école Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement, pour dénoncer l’inaction des pouvoirs publics. « La parole d’un enfant entre 3 et 6 ans n’est pas prise en compte comme elle devrait l’être », a déclaré une manifestante, mère de deux enfants ayant fréquenté l’établissement. Les organisateurs ont appelé à un renforcement des contrôles lors des recrutements et à une meilleure formation des animateurs.
« Jamais je n’ai touché un enfant », a affirmé l’un des animateurs mis en examen, lors de son audition par une juge d’instruction. Son avocat a contesté un dossier reposant « exclusivement sur des déclarations d’enfants », tout en reconnaissant que certaines pratiques, comme l’utilisation de surnoms affectueux, pouvaient prêter à confusion.
Une procédure judiciaire encore en cours et des questions sur les recrutements
La relaxe de Nicolas G. ne met pas fin à la procédure judiciaire. Le parquet dispose d’un délai de dix jours pour interjeter appel, ce qu’il a fait dès le lendemain du jugement. L’affaire sera donc rejugée devant la cour d’appel de Paris, sans calendrier précis à ce stade. Les deux autres animateurs mis en examen, dont l’un est visé par une plainte pour inceste, restent en détention provisoire dans l’attente de leur procès.
Les investigations se poursuivent également pour déterminer si d’autres signalements ont été ignorés ou mal traités par les services municipaux. La mairie de Paris n’a pas encore réagi officiellement à la demande d’audition formulée par les élus, mais a indiqué dans un communiqué antérieur que « tous les signalements sont pris au sérieux et transmis sans délai aux autorités compétentes ».
Le scandale a relancé le débat sur les conditions de recrutement et de surveillance des animateurs périscolaires. Plusieurs villes, comme Lyon et Strasbourg, ont annoncé des mesures pour renforcer les vérifications des antécédents judiciaires et améliorer la formation des agents. À Lyon, trois suspensions pour attouchements ont été prononcées depuis 2021, tandis qu’à Villeurbanne, une information judiciaire a été ouverte après le dépôt de trois plaintes contre un animateur.
La décision de la cour d’appel sera attendue pour clarifier la qualification juridique des faits reprochés à Nicolas G. et, plus largement, pour déterminer si les comportements décrits dans les affaires du périscolaire parisien relèvent du pénal ou de manquements professionnels. En l’état, le parquet maintient que les éléments recueillis justifient une poursuite judiciaire, tandis que la défense argue que les accusations reposent sur des interprétations subjectives de la parole des enfants.