La France et une grande partie de l’Europe subissent depuis le 18 juin une vague de chaleur d’une intensité et d’une durée exceptionnelles. Selon Santé publique France, environ 1 000 décès supplémentaires ont été recensés entre le 24 et le 28 juin par rapport aux mois précédents. Ce bilan, encore provisoire, concerne principalement les personnes âgées de 65 ans et plus, qui représentent 85 % des décès observés. Une hausse marquée des décès à domicile, de l’ordre de 40 %, est également signalée, notamment en Île-de-France.
Un épisode caniculaire historique et des records de température
L’épisode en cours est qualifié d’historique par Météo-France, tant par son intensité que par sa durée. Jeudi 25 juin, 72 départements français étaient placés en vigilance rouge canicule, un niveau d’alerte maximal. Dimanche 28 juin, seuls le Bas-Rhin et le Haut-Rhin restaient concernés, avec une levée prévue pour 22 heures. Les températures ont localement dépassé 40°C, battant des records mensuels et absolus dans plusieurs villes. À Paris, la capitale a enregistré son dixième jour consécutif à plus de 35°C, égalant le record d’août 2003.
En Europe, la situation est tout aussi préoccupante. L’Allemagne a enregistré un nouveau record absolu de température samedi 27 juin, avec 41,5°C relevés dans l’est du pays. Le Danemark a également battu son record historique, avec 37°C mesurés au nord d’Odense. En République tchèque, les températures ont atteint 41,1°C, tandis qu’en Pologne, le mercure a frôlé les 40,5°C. Ces records s’accompagnent d’une pression accrue sur les systèmes de santé et d’une multiplication des annulations d’événements publics.
« Le même épisode est présenté comme une urgence sanitaire en France et comme un phénomène climatique inédit en Europe centrale. »
Hôpitaux et services d’urgence sous tension
Les conséquences sanitaires de cette canicule se font déjà sentir. En Île-de-France, les appels aux services d’aide médicale d’urgence (Samu) ont bondi de 80 % sur la semaine écoulée, selon un bilan publié par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Les passages aux urgences ont également augmenté de 36 % vendredi 26 juin par rapport à une journée normale. « Le taux d’hospitalisation après un passage aux urgences reste stable, autour de 20 % sur l’ensemble des passages, et supérieur à 50 % pour les patients âgés de plus de 75 ans », précise l’AP-HP.
À Paris, les deux funérariums intra-muros sont saturés depuis samedi matin. « C’est un phénomène très parisien, sur le reste du territoire, l’activité est très importante mais sans débordement », indique Élisabeth Charrier, déléguée générale de la Fédération nationale du funéraire. La situation pourrait se compliquer si la hausse des appels se poursuit dans les prochaines heures. En Moselle, le plan blanc d’urgence sanitaire a été déclenché pour faire face à l’afflux de patients. « On est en plein dans une crise sanitaire. C’est un phénomène de canicule exceptionnel et extrême », déclare Antoine Alibert, adjoint à la mairie de Paris chargé de la santé.
Les services de secours sont également fortement sollicités. En région parisienne, les pompiers ont enregistré une augmentation de 51 % des appels sur la semaine écoulée. « Après dix jours consécutifs de chaleur extrême et sans rafraîchissement nocturne notable, la situation est grave », constate l’administration de Cologne, en Allemagne. Les noyades se multiplient également, avec 74 décès recensés en France depuis le 18 juin, selon le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Ces drames ont eu lieu « en grande partie sur des plans d’eau non autorisés, non surveillés : les fleuves, les rivières, les étangs, notamment », précise-t-il.
Mesures d’urgence et adaptation des activités
Face à cette situation, les autorités ont pris plusieurs mesures pour limiter les risques. En France, 64 arrêtés d’interdiction d’événements sportifs et 14 pour des événements culturels ont été pris, selon Laurent Nuñez. Le festival Solidays, qui devait se tenir à Paris ce week-end, a été annulé, privant l’association Solidarité Sida de 3 millions d’euros de recettes. À Munich, la Pride a été maintenue malgré des températures avoisinant 36°C, avec des points d’eau et des zones d’ombre mis à disposition des participants.
Les commerces subissent également les effets de la canicule. Les soldes d’été, qui ont débuté mercredi 24 juin, connaissent un démarrage « considérablement ralenti », selon le ministre des PME, Serge Papin. Le gouvernement a décidé de prolonger exceptionnellement la période des soldes pour soutenir les commerçants. « Avec la chaleur exceptionnelle sur l’ensemble de l’Hexagone, les commerçants sont confrontés à une baisse de fréquentation », explique Matignon.
Les agriculteurs et éleveurs sont également touchés. Plusieurs centaines de milliers de volailles ont succombé à la chaleur, selon la Confédération paysanne. En Mayenne, un éleveur de bovins témoigne : « Ça fait 8 ans que je suis installé, je n’ai jamais connu ça et les anciens non plus. » La production de lait et la reproduction des animaux sont également affectées.
Un bilan encore provisoire et des incertitudes sur les prochains jours
Le bilan humain de cette canicule reste encore provisoire. « Même si la canicule est comparable d’un point de vue météorologique à celle de 2003, on ne sera probablement pas dans la même situation d’un point de vue sanitaire », estime la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. La canicule de 2003 avait causé environ 15 000 décès en France. « On n’aura probablement pas la même surmortalité », ajoute-t-elle, notant que les Ehpad sont mieux préparés qu’à l’époque.
Cependant, les effets de la chaleur mettent parfois plusieurs jours à se manifester. « Demain matin lundi, les aides ménagères, les gens qui s’occupent des personnes âgées à domicile vont revenir travailler ainsi que les familles et on va ouvrir les portes et on va probablement découvrir des gens qui sont soit en très très mauvais état chez eux, qui n’ont pas bu depuis trois jours, qui sont dans la chaleur ou qui sont morts », alerte Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital Pompidou.
Les prévisions météorologiques annoncent une baisse progressive des températures à partir de dimanche, avec l’arrivée d’orages parfois violents. Cependant, la pression sur les hôpitaux et les services de secours devrait se maintenir encore plusieurs jours. « La pression commence à légèrement diminuer depuis 24 heures même s’il faut rester prudent », indique une source hospitalière.
Les autorités sanitaires et les services de secours restent mobilisés pour faire face à cet épisode exceptionnel. Une réunion de crise est prévue lundi 29 juin à Matignon pour tirer les enseignements de cette canicule et préparer d’éventuelles nouvelles vagues de chaleur.