Quelque 192 500 électeurs ont voté dimanche 28 juin pour élire les 76 conseillers des trois provinces de Nouvelle-Calédonie, un scrutin reporté à trois reprises depuis 2024. Ces élections, les premières depuis 2019, interviennent deux ans après les émeutes meurtrières de mai 2024, qui avaient fait 14 morts et plus de deux milliards d’euros de dégâts. Le vote s’est déroulé sous haute surveillance, avec 2 400 membres des forces de l’ordre déployés sur le territoire.
Une province Sud dominée par les loyalistes, un Congrès sans majorité
Selon les résultats provisoires, la liste d’union des deux principaux partis loyalistes, menée par la présidente sortante de la province Sud Sonia Backès, a obtenu environ 50 % des suffrages dans cette province, qui concentre 75 % de la population et l’essentiel de l’activité économique. Cette victoire lui assure 28 des 40 sièges de l’assemblée provinciale, contre 7 pour les indépendantistes du FLNKS et 5 pour l’Éveil océanien, un parti modéré représentant la communauté wallisienne et futunienne.
Au Congrès, l’assemblée délibérative du territoire composée de 54 membres, les loyalistes obtiennent 24 sièges, contre 19 lors de la précédente mandature. Les indépendantistes en totalisent 26, mais restent divisés en trois groupes. L’Éveil océanien, avec 4 élus, se retrouve en position d’arbitre pour former une coalition. « Les Calédoniens, en particulier les habitants de la province Sud, ont fait le choix d’un vote utile », a déclaré Sonia Backès, saluant « un message sans ambiguïté sur le maintien de la Calédonie dans la République ».
« Le même scrutin est présenté comme une victoire loyaliste en province Sud et comme un statu quo politique au Congrès. »
Les indépendantistes conservent le Nord et les îles Loyauté, mais restent divisés
Dans les deux autres provinces, les indépendantistes conservent leur domination. En province Nord, l’Union calédonienne (UC-FLNKS) arrive en tête avec 10 sièges, devant l’UNI de Paul Néaoutyine (9 sièges), qui la dirigeait depuis 1999. Les loyalistes y obtiennent 3 sièges. Aux îles Loyauté, les indépendantistes remportent l’ensemble des 14 sièges, avec une répartition entre l’UC-FLNKS et l’UNI.
Cette division au sein du camp indépendantiste s’explique en partie par l’accord de Bougival, signé en juillet 2025 avec l’État pour organiser l’avenir institutionnel de l’archipel. Rejeté par l’UC-FLNKS mais soutenu par l’UNI, cet accord, désormais enterré, a fragilisé la cohésion du mouvement. « Le président du FLNKS, Christian Tein, a multiplié les appels à la mobilisation dans la population kanak, traditionnellement plus abstentionniste », indique une information de presse.
Une participation en baisse et un corps électoral élargi
La participation s’élève à 63,7 %, en légère baisse par rapport à 2019 (66,5 %). Ce scrutin marque également un changement dans la composition du corps électoral : une loi organique adoptée en mai 2026 a intégré 10 575 natifs jusque-là exclus, portant le nombre d’inscrits de 169 000 en 2019 à 192 500. Ce dégel partiel du corps électoral, initialement gelé depuis 2007, avait été l’un des déclencheurs des émeutes de 2024.
« À 12 heures locales, la participation était de 27,3 %, contre 31,42 % en 2019 à la même heure », précise le haut-commissariat de la République. Dans certains quartiers populaires, comme Montravel à Nouméa, l’abstention reste élevée, notamment parmi les jeunes électeurs kanaks.
Des négociations institutionnelles promises dès juillet
Les résultats de ces élections provinciales doivent servir de base à la reprise des négociations sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, promises par le Premier ministre Sébastien Lecornu dès juillet. L’objectif affiché est de parvenir à un accord avant la fin de l’année, mais les positions restent éloignées. Le FLNKS réclame un nouveau cycle de discussions, tandis qu’une partie des loyalistes estime que les principaux compromis ont déjà été trouvés.
« À défaut d’accord, le dossier pourrait être happé par la présidentielle française de 2027 », a prévenu Milakulo Tukumuli, président de l’Éveil océanien. Les prochaines semaines seront marquées par des tractations pour former une coalition au Congrès, où aucune majorité absolue ne se dégage. La capacité des différents camps à trouver des compromis déterminera la suite du processus institutionnel.