Le corps de Lyhanna, une collégienne de 11 ans disparue le 29 mai 2026 à Fleurance (Gers), a été retrouvé sans vie le 4 juin dans un silo agricole désaffecté. Le principal suspect, Jérôme Barella, 41 ans, père d’une amie de la victime, a été mis en examen pour enlèvement et séquestration. Les circonstances exactes de sa mort restent à déterminer par l’enquête judiciaire.
Un suspect déjà connu de la justice
Jérôme Barella faisait l’objet de plusieurs plaintes et signalements avant le meurtre de Lyhanna. Selon les éléments disponibles, il était visé par au moins six plaintes et deux signalements pour des faits de nature sexuelle sur mineurs. L’une des plaintes, déposée en août 2025 pour des viols présumés sur une fillette de 10 ans, n’avait pas abouti à son audition par les enquêteurs au moment de la disparition de Lyhanna.
Le parquet de Toulouse avait réalisé des actes d’enquête, dont des examens médico-légaux corroborant les déclarations de la victime, avant de se dessaisir au profit du parquet d’Auch, territorialement compétent. Le dossier, transmis par voie postale fin 2025, n’a été adressé à la gendarmerie de Lectoure qu’en janvier 2026. Malgré des « éléments d’enquête assez accablants », selon les termes du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, le suspect n’avait toujours pas été entendu au moment de la disparition de Lyhanna.
« Le même dossier est présenté comme une succession de dysfonctionnements et comme une procédure encore en cours sans conclusion définitive. »
Réactions politiques et mobilisations citoyennes
La découverte du corps de Lyhanna et les révélations sur les défaillances judiciaires ont suscité une vive émotion en France. Le président de la République, Emmanuel Macron, a qualifié ces dysfonctionnements d’« inacceptables ». Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a reconnu « un terrible échec de l’action de l’État et de la justice » et présenté ses excuses à la famille de la victime.
Le ministre de la Justice a convoqué les procureurs généraux le 8 juin pour leur demander de reprendre « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000 dossiers, d’ici au 14 juillet. « Il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser des viols sur les mineurs », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Une inspection administrative, impliquant la justice, la gendarmerie et l’Éducation nationale, a été lancée pour faire la lumière sur les défaillances dans cette affaire.
Les propos de Gérald Darmanin ont provoqué des réactions contrastées au sein de la magistrature. Dans un communiqué publié le 7 juin, la Conférence nationale des procureurs généraux (CNPG) et celle des procureurs de la République (CNPR) ont estimé qu’aucune responsabilité ne pouvait être établie ni aucune sanction prononcée avant les conclusions de l’inspection. L’Union syndicale des magistrats (USM), majoritaire, a dénoncé une tentative de trouver « des boucs émissaires » et souligné le manque de moyens structurels de la justice.
« Tout manque, à tous les niveaux », a réagi Ludovic Friat, président de l’USM, dans une lettre adressée à Gérald Darmanin. Il a pointé une inflation d’instructions ministérielles – « 42 circulaires et 72 dépêches depuis 2025 » – et réclamé des « réponses structurelles » plutôt que des mesures de communication.
Des rassemblements dans toute la France
Des associations féministes et de protection de l’enfance, dont NousToutes, la Fondation des femmes et Face à l’inceste, ont appelé à des rassemblements devant les tribunaux de plus de 160 villes le 8 juin. Ces mobilisations visaient à dénoncer les défaillances du système judiciaire et à réclamer une meilleure protection des enfants victimes de violences sexuelles.
À Paris, malgré un arrêté d’interdiction, près de 1 200 personnes se sont rassemblées place Vendôme, devant le ministère de la Justice, aux cris de « Justice pour les enfants » et « Darmanin démission ». Des militantes du groupe Femen se sont dénudées en scandant « Justice pour Lyhanna ». Le rassemblement a été déplacé place Louis-Lépine, sur l’île de la Cité, où 1 700 personnes se sont réunies.
À Agen, dont le parquet est chargé de l’enquête, plus d’un millier de personnes se sont rassemblées devant le palais de justice. « La parole des enfants n’est pas du tout prise au sérieux », a déploré Lori Bess, l’une des organisatrices. À Auch, plusieurs centaines de manifestants ont réclamé « justice pour nos filles » et dénoncé les dysfonctionnements judiciaires.
Des rassemblements similaires ont eu lieu dans de nombreuses autres villes, dont Lyon, Marseille, Toulouse, Montpellier, Nantes, Lille et Strasbourg. Les participants ont brandi des pancartes avec des slogans comme « Quand l’échec est permanent, ce n’est plus un accident » ou « Protégez nos enfants ».
Une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles
Face à l’émotion suscitée par l’affaire Lyhanna, plusieurs députés ont appelé à l’inscription à l’ordre du jour parlementaire d’une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, déposée en décembre 2025. Ce texte, cosigné par plus de 100 députés de tous bords, comprend 79 mesures visant à renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
« Nous ne voulons plus de mesurette, de loi votée en urgence, de rustine. On l’a trop accepté depuis dix ans », a déclaré Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a demandé au gouvernement d’inscrire ce texte à l’ordre du jour de la session extraordinaire prévue en juillet ou en septembre.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé la tenue d’une réunion interministérielle le 9 juin pour examiner de nouvelles mesures concrètes, notamment sur l’aggravation des peines en cas de viols sériels et sur le recueil de la parole des enfants victimes.
Un système judiciaire sous tension
L’affaire Lyhanna a mis en lumière les tensions entre le pouvoir politique et la magistrature. Les syndicats de magistrats ont dénoncé une « justice de l’urgence » et réclamé des moyens supplémentaires pour faire face à l’augmentation des dossiers de violences sexuelles sur mineurs. Selon Frédéric Chevallier, président de la CNPR, la France compte trois procureurs pour 100 000 habitants, contre 12,2 en moyenne en Europe.
Le traitement de la plainte pour viols sur mineure déposée en août 2025 contre Jérôme Barella a été particulièrement critiqué. Le parquet de Toulouse avait réalisé des examens médico-légaux corroborant les déclarations de la victime avant de se dessaisir au profit du parquet d’Auch. Le dossier, transmis par voie postale, n’a été adressé à la gendarmerie de Lectoure qu’en janvier 2026, et le suspect n’avait toujours pas été entendu au moment de la disparition de Lyhanna.
« Si on met neuf mois à ne pas placer quelqu’un en garde à vue ou à ne pas écouter cette personne, je me dis légitimement que notre service public de justice a dysfonctionné », a commenté Gérald Darmanin. Le ministre a toutefois écarté l’idée d’une démission, estimant que « cette défaillance ne tenait pas aux instructions données par le ministère ».
Les obsèques de Lyhanna doivent avoir lieu le 12 juin à Fleurance, dans l’intimité familiale. Une marche blanche en hommage à la collégienne avait rassemblé plus de 6 000 personnes dans la commune le 7 juin.