Le parti Contrat civil du Premier ministre arménien Nikol Pachinian a remporté les élections législatives anticipées du 7 juin avec 49,8 % des voix, selon les résultats définitifs publiés par la Commission électorale centrale. L’alliance Arménie forte, dirigée par le milliardaire russo-arménien Samvel Karapetyan, arrive en deuxième position avec 23,3 % des suffrages. Le taux de participation s’élève à 59 %.
Un scrutin présenté comme un choix géopolitique
Nikol Pachinian, au pouvoir depuis 2018, avait présenté ce scrutin comme un référendum sur la réorientation géopolitique de l’Arménie vers l’Union européenne et les États-Unis, au détriment de son alliance historique avec la Russie. « Le peuple arménien a voté pour une prospérité et une coopération régionales », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, ajoutant espérer une « réponse positive » de la Turquie et de l’Azerbaïdjan pour institutionnaliser la paix.
« Cette victoire historique nous permet de poursuivre la voie du rapprochement avec l’Occident », a-t-il affirmé, tout en assurant vouloir maintenir des « liens forts » avec Moscou. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué sur X le choix de l’Arménie de « se rapprocher de plus en plus de l’Europe ». Le président français Emmanuel Macron a également félicité Pachinian, réaffirmant son soutien à la « souveraineté » du pays.
« Le même scrutin est présenté comme une validation du virage pro-européen et comme un test pour la stabilité régionale. »
Une opposition prorusse affaiblie et contestataire
L’alliance Arménie forte, principale force d’opposition, a dénoncé des élections « honteuses », évoquant des « violations » et une « répression » contre ses membres. Samvel Karapetyan, assigné à résidence depuis 2025 pour des accusations de « complot » qu’il rejette, a qualifié le scrutin de « non démocratique ». Les observateurs de l’OSCE ont noté que les élections offraient « un véritable choix » aux électeurs, mais ont relevé des « pressions directes de l’étranger », notamment des restrictions commerciales russes et des « menaces sécuritaires » visant à influencer le vote.
La Russie, principal partenaire économique de l’Arménie, a dénoncé des « pressions » sur l’opposition et une « ingérence » de l’UE. Le président russe Vladimir Poutine avait mis en garde contre un « scénario ukrainien », évoquant les risques d’une réorientation géopolitique similaire à celle qui a précédé l’invasion de l’Ukraine en 2022. Moscou a récemment imposé des restrictions sur les importations de produits agricoles arméniens.
Un résultat insuffisant pour modifier la Constitution
Avec 49,8 % des voix, Contrat civil obtient une majorité absolue au Parlement, lui permettant de former seul le prochain gouvernement. Cependant, selon l’analyste Armen Badalian, le parti « n’a pas obtenu la majorité écrasante nécessaire pour faire passer des amendements constitutionnels », une condition posée par l’Azerbaïdjan pour un accord de paix définitif.
L’Arménie reste marquée par la perte du Haut-Karabakh, repris par l’Azerbaïdjan en 2023 après une guerre en 2020. Environ 100 000 Arméniens ont fui ce territoire, et Erevan reproche à Moscou de ne pas avoir assuré sa protection en tant que garant historique de sa sécurité. Pachinian a présenté ce scrutin comme un choix entre « une paix durable » avec Bakou et une « guerre catastrophique ».
Un équilibre fragile entre Moscou et l’Occident
La victoire de Nikol Pachinian confirme la volonté de l’Arménie de diversifier ses alliances, mais le pays reste dépendant de la Russie pour ses approvisionnements énergétiques et militaires. Pachinian a répété ne pas souhaiter « nuire aux intérêts de la Russie », tout en accusant Moscou de ne pas avoir soutenu Erevan lors des conflits avec l’Azerbaïdjan.
Les prochains mois seront marqués par les négociations avec Bakou et Ankara, ainsi que par les réactions de Moscou, qui pourrait durcir ses sanctions économiques. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé l’UE à « apporter un soutien concret » à l’Arménie, tandis que la Turquie a salué le déroulement « pacifique » du scrutin.
Le bilan définitif des sièges au Parlement doit encore être publié, mais la majorité absolue de Contrat civil est confirmée. Les observateurs s’attendent à ce que Pachinian poursuive sa politique d’équilibre, tout en cherchant à renforcer ses partenariats avec l’UE et les États-Unis.