La France pourrait compter 65,9 millions d’habitants en 2070, soit 3,2 millions de moins qu’en 2026, selon les projections de l’Insee publiées lundi 8 juin. Ces estimations, basées sur les tendances démographiques actuelles, prévoient un pic de population à 69,8 millions d’habitants en 2037 avant une décroissance progressive.
Un scénario central fondé sur des hypothèses moyennes
L’Insee a élaboré ses projections à partir d’un scénario dit « central », qui repose sur des hypothèses moyennes concernant la fécondité, l’espérance de vie et le solde migratoire. Selon ce modèle, le taux de fécondité passerait de 1,56 enfant par femme en 2025 à 1,45 en 2028, puis se stabiliserait. Le solde migratoire, c’est-à-dire la différence entre les entrées et les sorties du territoire, serait de 150 000 personnes par an, un niveau comparable à la moyenne des dix dernières années.
« La croissance démographique tiendrait exclusivement au solde migratoire », précise l’Insee. Le solde naturel, qui mesure la différence entre les naissances et les décès, est déjà négatif depuis 2025 et le resterait jusqu’en 2070. À partir de 2037, le solde migratoire ne suffirait plus à compenser ce déficit, entraînant une baisse de la population.
« Le même phénomène est présenté comme un pic historique suivi d’un reflux inédit, ou comme une évolution progressive vers une population plus âgée. »
Un vieillissement accéléré de la population
Les projections de l’Insee mettent en avant un vieillissement marqué de la population française. En 2070, les plus de 65 ans représenteraient 32 % de la population, contre 22 % en 2026. Ils seraient alors deux fois plus nombreux que les moins de 20 ans, dont la part passerait de 22 % à 16 % sur la même période.
Le nombre de personnes âgées de 80 ans ou plus augmenterait fortement, passant de 4,3 millions en 2026 à près de 9 millions en 2070. « Cette hausse serait essentiellement portée par celle des 80 ans ou plus », indique l’Insee. Le nombre de centenaires pourrait quant à lui quadrupler, passant de 37 000 à 160 000, bien qu’ils ne représenteraient que 0,24 % de la population totale.
« On est un pays de vieux qui se prend encore pour un pays de jeunes », résume un article de La Montagne, soulignant le décalage entre la structure démographique actuelle et celle projetée pour 2070.
Une décroissance inédite en temps de paix
Selon l’Insee, la population française diminuerait en moyenne de 118 000 personnes par an entre 2037 et 2070, soit un rythme de -0,17 % par an. Cette décroissance, qui aboutirait à une perte totale de 3,9 millions d’habitants par rapport au pic de 2037, serait « inédite » en dehors des périodes de guerre, selon Loup Wolff, responsable de l’unité des études démographiques et sociales de l’Insee.
« Dans le passé récent, on n’a pas d’exemple d’une décroissance de la population de cette ampleur », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. La population retrouverait ainsi un niveau comparable à celui de 2014, avec 65,9 millions d’habitants.
Des incertitudes liées aux hypothèses retenues
Les projections de l’Insee reposent sur des hypothèses qui pourraient évoluer. Le scénario central suppose notamment une stabilisation du taux de fécondité à 1,45 enfant par femme à partir de 2028 et un solde migratoire constant de 150 000 personnes par an. Toute variation de ces paramètres pourrait modifier les résultats.
L’institut souligne par ailleurs que le vieillissement de la population est « certain », tandis que la baisse démographique reste « probable ». Les progrès en matière d’espérance de vie, qui contribuent à l’augmentation du nombre de personnes âgées, sont en effet moins sujets à variation que les autres facteurs.
Un exercice destiné à éclairer le débat public
L’Insee réalise ces projections tous les cinq ans afin d’éclairer le débat public sur les évolutions démographiques à long terme. « Il s’agit de voir quelle direction prend le pays », a expliqué Loup Wolff. Si les tendances actuelles se confirment, la France devra faire face à des défis majeurs, notamment en matière de financement des retraites, de dépendance et d’adaptation des infrastructures aux besoins d’une population vieillissante.
Le scénario central ne constitue toutefois qu’une hypothèse parmi d’autres. Les prochaines projections, attendues dans cinq ans, pourraient intégrer de nouvelles données et affiner les estimations. En attendant, les chiffres publiés lundi 8 juin offrent une base pour anticiper les transformations à venir de la société française.