Les quatre principaux syndicats de la SNCF (CGT Cheminots, Unsa Ferroviaire, Sud Rail et CFDT Cheminots) appellent à une grève de 24 heures non renouvelable le mercredi 10 juin. Selon les prévisions communiquées par SNCF Voyageurs, un TGV sur trois et un Intercités sur deux seront annulés, tandis que le trafic régional sera « fortement perturbé », notamment en Île-de-France sur la plupart des lignes.
Des perturbations annoncées sur l’ensemble du réseau
SNCF Voyageurs a précisé que les perturbations toucheront l’ensemble du réseau ferroviaire. En Île-de-France, les lignes RER et Transilien seront particulièrement affectées, avec des réductions de fréquence et des annulations. Les régions ont également été informées de perturbations sur les TER, sans que des chiffres précis ne soient encore communiqués pour chaque territoire.
La direction de la SNCF indique mobiliser « toutes ses ressources » pour limiter l’impact sur les voyageurs, notamment en faisant appel à des encadrants pour remplacer une partie du personnel gréviste. « Notre but n’est pas d’anéantir la grève, mais d’assurer le meilleur service possible pour nos clients », a déclaré la direction, tout en reconnaissant ne pas pouvoir « combler de façon exhaustive » l’ensemble des absences prévues.
« Les prévisions de trafic distinguent les annulations confirmées des perturbations encore en cours d’évaluation selon le niveau de mobilisation. »
Revendications syndicales : moratoire sur la concurrence et hausses salariales
Les syndicats dénoncent les réorganisations et filialisations en cours au sein du groupe, qu’ils jugent responsables d’une « urgence sanitaire et sociale » parmi les cheminots. Ils réclament un moratoire sur l’ouverture à la concurrence, effective depuis décembre 2023 pour les trains régionaux et prévue pour les lignes nationales à partir de 2027.
« La mise en œuvre de la concurrence dysfonctionne », a déclaré Thierry Nier, secrétaire général de la CGT Cheminots, lors d’une conférence de presse. « Nous demandons que les cheminots du groupe public unifié et ceux affectés dans les filiales aient les mêmes droits. » Les syndicats soulignent également que les hausses salariales obtenues pour 2026 ne compensent pas, selon eux, l’inflation observée depuis le début de l’année.
La direction de la SNCF réfute ces accusations. « Nous menons un dialogue social constructif et très nourri depuis plusieurs mois », a-t-elle indiqué, citant douze accords signés avec les syndicats au cours des trois dernières années, dont un accord sur le dialogue social de proximité le 5 mai dernier. La SNCF assure par ailleurs prendre « très au sérieux les sujets de santé mentale » et avoir embauché 1 500 personnes de plus que de départs chaque année depuis 2022.
Un contexte social tendu marqué par une hausse des suicides
Les syndicats pointent une dégradation des conditions de travail, illustrée par une augmentation des accidents du travail (+20 % en 2025) et des arrêts maladie. Ils évoquent également treize suicides de salariés depuis le début de l’année 2026, un chiffre qualifié de « jamais vu » par les organisations. « On constate un mal-être global, notamment dans l’encadrement, où les réorganisations broient certains de nos collègues », a estimé Fabrice Charrière, de l’Unsa Ferroviaire.
La direction reconnaît une « transformation profonde » de l’entreprise, mais conteste le lien direct entre ces chiffres et les réformes en cours. Elle souligne que le groupe a enregistré un bénéfice net de 1,8 milliard d’euros en 2025 et a versé une prime de 1 450 euros à l’ensemble des cheminots.
Un mouvement sans lendemain, mais un test pour la direction
Cette grève, la première unitaire depuis fin 2024, intervient dans un contexte de transformation accélérée du groupe ferroviaire. Pour Jean Castex, nommé à la tête de la SNCF en novembre 2025, il s’agit de son premier bras de fer social. Les syndicats, bien que prudents sur le niveau de mobilisation, misent sur une participation « importante » en raison de l’unité affichée et de la durée limitée du mouvement.
Les prévisions de trafic définitives seront communiquées mardi 9 juin. Si les annulations de TGV et d’Intercités sont d’ores et déjà confirmées, l’ampleur des perturbations sur le réseau régional dépendra du taux de grévistes, encore incertain. Une table ronde de suivi est prévue le 23 juin pour faire le point sur les revendications syndicales.
Le mouvement du 10 juin reste isolé, sans appel à une reconduction. Son impact sur les négociations à venir dépendra de son succès en termes de mobilisation et des perturbations effectivement constatées sur le réseau.