L’autopsie réalisée sur le corps de Lyhanna, 11 ans, n’a pas permis de déterminer « avec certitude » la cause de son décès, a indiqué mercredi 24 juin le parquet d’Agen dans un communiqué. La jeune fille, disparue fin mai, avait été retrouvée morte le 4 juin dans un silo agricole à Puycasquier, dans le Gers. Les examens médico-légaux, conduits à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) à Pontoise, ont toutefois révélé des lésions « hautement évocatrices » d’entrave et des traces de viol.
Des analyses complémentaires en cours pour préciser les causes du décès
Selon le procureur de la République d’Agen, Olivier Naboulet, les médecins légistes n’ont pas identifié de « lésion traumatique cervicale visible » ni de « lésion traumatique interne permettant d’expliquer le décès ». Le rapport mentionne cependant des « contusions aux commissures et face interne de la bouche », ainsi que des marques aux membres inférieurs et supérieurs compatibles avec des liens. Des examens complémentaires en anatomopathologie et toxicologie sont en cours, mais les résultats pourraient prendre plusieurs semaines en raison de la complexité des analyses.
« Les constatations du rapport d’autopsie, combinées avec les analyses biologiques précédentes, amènent à conclure à la commission d’un viol sur la victime », a précisé le parquet. En conséquence, les poursuites contre Jérôme Barella, 41 ans, ont été élargies aux chefs de « meurtre sur mineure de quinze ans, précédé ou accompagné d’un viol » et de « viol sur mineure de quinze ans par violence, contrainte, menace ou surprise ». Cet intérimaire, père de deux enfants, était jusqu’alors mis en examen pour « enlèvement et séquestration ». Il encourt désormais la réclusion criminelle à perpétuité.
« La qualification judiciaire distingue les faits établis par l’autopsie, les soupçons retenus par le parquet et les éléments encore en cours d’expertise. »
Un suspect visé par plusieurs signalements antérieurs
Jérôme Barella avait fait l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour des faits de violences sexuelles sur mineurs, remontant pour certains à 2017. Une plainte pour viol avait notamment été déposée en août 2025 par une autre mineure, Rosa, mais n’avait pas donné lieu à une enquête approfondie. Une magistrate du parquet d’Auch, chargée du dossier à l’époque, est aujourd’hui visée par une procédure disciplinaire pour « défaut de traitement » de cette plainte. Elle conteste ces accusations, estimant dans un message transmis à ses proches avoir « fait ce qu’elle a pu » dans un contexte de surcharge de travail.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé mercredi la mutation d’office du commandant de la compagnie de gendarmerie de Condom, en charge des premières investigations. Une enquête administrative avait pointé des « dysfonctionnements » dans le suivi des signalements concernant Barella, notamment un « report de traitement de la majorité des procédures » en raison d’une crise sanitaire liée à la dermatose nodulaire porcine, qui avait mobilisé une partie des effectifs.
Les parents demandent l’arrêt des récupérations politiques
Les parents de Lyhanna, entendus mercredi par les juges d’instruction, ont pris connaissance du rapport d’autopsie. Dans un communiqué transmis par leur avocat, Me François Roujou de Boubée, ils ont exprimé leur souhait « que toute récupération politique cesse » et ont appelé au « respect de l’image » de leur fille. Ils regrettent notamment l’utilisation de son nom « par l’intelligence artificielle » et demandent que les investigations se poursuivent « dans de bonnes conditions ».
L’affaire a suscité une vive émotion en France, relançant les débats sur la protection des mineurs et les dysfonctionnements de la chaîne pénale. Le gouvernement a annoncé l’examen à l’automne d’un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, incluant 78 mesures sur la prévention, la justice et la protection des victimes. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, s’est par ailleurs déclaré « très favorable » à la création de fichiers de surveillance des pédocriminels, une proposition qui pourrait être intégrée au texte.
Une procédure judiciaire encore en cours, des réponses attendues
Au terme de cette journée, l’enquête judiciaire reste active, avec plusieurs zones d’ombre persistantes. Si le viol de Lyhanna est désormais établi par les expertises, les causes exactes de sa mort n’ont pas été déterminées. Les analyses en cours, notamment toxicologiques, pourraient apporter des éléments supplémentaires, mais leur durée est estimée à plusieurs semaines. Le parquet a indiqué que « les processus scientifiques mis en œuvre sont nécessairement longs » et que les investigations se poursuivaient « dans le respect des règles de procédure ».
Les dysfonctionnements pointés dans le traitement des signalements antérieurs à l’encontre de Jérôme Barella continuent de faire réagir. Plusieurs centaines de magistrats ont rejoint une boucle WhatsApp pour contester les sanctions annoncées contre leurs collègues, dénonçant une « instrumentalisation politique » de l’affaire. Un sondage publié mercredi par une information de presse indique que 61 % des Français jugent « insuffisantes » les premières mesures prises par le gouvernement, notamment les mutations d’office et les procédures disciplinaires engagées.
La prochaine étape judiciaire dépendra des résultats des expertises complémentaires, qui pourraient soit confirmer les qualifications retenues, soit conduire à des réorientations de l’enquête. Les parents de Lyhanna, quant à eux, attendent que la lumière soit faite sur les circonstances de la mort de leur fille, tout en appelant à ce que son souvenir ne soit pas détourné à des fins politiques ou médiatiques.