La France a confirmé mercredi 24 juin le premier cas d’infection par le virus Ebola sur son territoire, chez un médecin de retour d’une mission humanitaire en République démocratique du Congo (RDC). Le patient, pris en charge dès son arrivée à l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, a été immédiatement isolé dans un établissement spécialisé. Son état est décrit comme stable par les autorités sanitaires, qui précisent que sa charge virale est « très faible ».
Un médecin humanitaire placé en isolement strict dès son arrivée
Le patient, un médecin travaillant pour l’ONG Alima, a embarqué mardi 23 juin à Kinshasa à bord d’un vol Air France à destination de Paris. Selon le ministère de la Santé, il présentait des maux de tête au moment de l’embarquement, mais aucun autre symptôme visible. Son état s’est « légèrement dégradé pendant le vol », sans que les détails de cette dégradation ne soient précisés. Dès son arrivée en France, il a été transféré dans une chambre à double flux, un dispositif de ventilation autonome destiné à prévenir toute contamination aérienne.
« Le patient a immédiatement été pris en charge dans un établissement de santé de référence dans des conditions sécurisées afin d’éviter tout risque de contamination », indique le ministère. Les autorités sanitaires soulignent que le médecin a respecté les consignes sanitaires dès son retour, limitant ainsi les risques de propagation. L’hôpital Bichat, à Paris, est mentionné par une information de presse comme le lieu de sa prise en charge.
« La charge virale très faible et l’isolement immédiat réduisent les risques de transmission, mais la période d’incubation impose une vigilance prolongée. »
Cinq cas contacts identifiés et placés en quarantaine
Les autorités sanitaires ont lancé une enquête épidémiologique pour identifier les personnes ayant pu être en contact avec le patient, notamment pendant le vol. Cinq passagers, considérés comme des cas contacts, ont été placés en isolement à domicile pour une durée de 21 jours, correspondant à la période d’incubation maximale du virus. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a précisé sur France 2 que ces personnes avaient voyagé à proximité du médecin dans l’avion.
Air France a confirmé avoir transmis la liste des 240 passagers du vol aux autorités sanitaires. « Le contact avec ces passagers est assuré par les autorités sanitaires », a déclaré la compagnie. Le virus Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée, et non par voie aérienne, ce qui limite les risques de contamination à grande échelle.
« Les personnes infectées ne sont contagieuses qu’après l’apparition des premiers symptômes », rappelle le ministère. La période d’incubation, qui peut aller de 2 à 21 jours, rend toutefois nécessaire un suivi strict des cas contacts.
Une souche sans vaccin ni traitement spécifique
Le cas identifié en France concerne la souche Bundibugyo du virus Ebola, pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement antiviral approuvé. Les vaccins disponibles, comme le rVSV-ZEBOV, sont efficaces contre la souche Zaïre, responsable des épidémies les plus meurtrières, mais pas contre la souche actuelle. La prise en charge du patient repose donc sur des soins de soutien, incluant une réhydratation et des traitements symptomatiques.
En RDC, l’épidémie en cours a déjà causé 267 décès pour 1 048 cas recensés, selon les derniers chiffres officiels. Le taux de létalité, estimé à 25 %, est inférieur à la moyenne historique de 50 %, en raison notamment de la qualité de la prise en charge. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a classé cette épidémie comme une urgence de santé publique, tout en soulignant que le risque de propagation mondiale reste « faible ».
« Le risque pour la population générale en France est faible », a déclaré le professeur Jonathan Ball, virologue à l’École de médecine tropicale de Liverpool, cité par le Science Media Centre britannique. L’OMS et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) partagent cette évaluation, insistant sur l’efficacité des mesures d’isolement et de traçage des contacts.
Une situation suivie de près par les autorités
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a indiqué suivre la situation « de très près », selon son entourage. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a assuré que « la situation est sous contrôle », tout en soulignant la mobilisation des autorités sanitaires. L’ONG Alima, pour laquelle travaille le médecin, a annoncé chercher à « comprendre comment la contamination a pu avoir lieu », alors que les travailleurs humanitaires sont normalement soumis à une quarantaine de trois semaines après un contact avec des cas infectés.
En RDC, l’épidémie continue de s’étendre, malgré les mesures de riposte sanitaire. L’OMS a indiqué mi-juin que la transmission s’accélérait, en raison notamment de l’absence de vaccin, de la présence de zones de conflit et des difficultés d’accès aux régions reculées. Un essai clinique sur deux traitements expérimentaux doit débuter la semaine prochaine, selon l’agence onusienne.
La France, premier pays hors d’Afrique à confirmer un cas dans le cadre de cette épidémie, renforce sa surveillance pour les travailleurs humanitaires de retour de zones à risque. Les autorités sanitaires rappellent que les mesures d’isolement et de traçage des contacts restent les outils les plus efficaces pour limiter la propagation du virus.