Marc Bloch, cofondateur de l’École des Annales et auteur de L’Étrange Défaite, a été panthéonisé mardi 23 juin 2026 lors d’une cérémonie officielle à Paris. Le président Emmanuel Macron a présidé l’hommage, qui a également honoré son épouse, Simonne Vidal, résistante comme lui. Arrêté par la Gestapo en 1944, Marc Bloch avait été exécuté le 16 juin de la même année, après avoir refusé de livrer des informations sous la torture.
Une cérémonie sobre et symbolique sous une canicule historique
La panthéonisation s’est déroulée dans un contexte météorologique exceptionnel, avec des températures dépassant les 40°C en Île-de-France. Plusieurs médias ont souligné le caractère sobre de l’hommage, marqué par des lectures de textes de Marc Bloch et des interprétations musicales. Des comédiens comme Jacques Gamblin et Lou de Laâge, ainsi que la chanteuse Anne Sila et le musicien Vincent Delerm, ont participé à la cérémonie, lisant des extraits de ses écrits ou interprétant des chansons en lien avec son engagement.
« Les enseignements de Marc Bloch nous obligent encore », a déclaré Emmanuel Macron dans son discours, évoquant la nécessité de « résister à l’esprit de défaite » qui, selon lui, imprègne « notre vie publique ». Le chef de l’État a également rappelé le parcours de l’historien, « républicain exemplaire qui n’a jamais désespéré de la France », malgré les épreuves de la Seconde Guerre mondiale.
« La panthéonisation honore à la fois l’intellectuel et le combattant, deux facettes indissociables de son héritage. »
Un discours présidentiel aux accents politiques
Emmanuel Macron a profité de la cérémonie pour adresser un avertissement contre les résurgences du nationalisme et de l’antisémitisme. « L’esprit de défaite, c’est celui qui refuse de voir les faits, qui préfère les illusions aux réalités », a-t-il affirmé, en référence directe à l’ouvrage de Marc Bloch analysant la débâcle de 1940. Plusieurs médias ont relevé que le président a truffé son intervention de parallèles avec la situation politique actuelle, sans citer explicitement de partis ou de mouvements.
Le Rassemblement national (RN) a été mentionné indirectement dans certains articles, notamment en raison de ses origines historiques. « Fondé par d’anciens Waffen-SS, le parti d’extrême droite a été tenu à l’écart de l’hommage », a rapporté une information de presse, soulignant que cette exclusion avait suscité des réactions dans le débat public.
Marc Bloch et Simonne Vidal : deux figures de la Résistance
Marc Bloch, né en 1886, était un historien de renom, spécialiste du Moyen Âge et cofondateur de la revue Annales d’histoire économique et sociale. Engagé volontaire pendant les deux guerres mondiales, il avait rejoint la Résistance après l’armistice de 1940. Son épouse, Simonne Vidal, avait également participé aux réseaux clandestins avant d’être arrêtée et déportée. Elle avait survécu à la guerre et était décédée en 1983.
« Il n’a rien dit malgré la torture », a témoigné un groupe de collégiens de la Creuse, présents lors de la cérémonie. Cette région, où Marc Bloch avait trouvé refuge pendant la guerre, entretient un lien particulier avec sa mémoire. Plusieurs élèves ont exprimé leur admiration pour son courage et son refus de collaborer avec l’occupant nazi.
Un hommage qui résonne dans le débat public
La panthéonisation de Marc Bloch a été largement couverte par les médias, qui ont souligné son actualité dans un contexte marqué par la montée des discours nationalistes et xénophobes. Plusieurs articles ont rappelé que ses travaux, notamment L’Étrange Défaite, analysant les causes de la débâcle française de 1940, restent une référence pour comprendre les mécanismes de la défaite intellectuelle et politique.
« Une mémoire ne se vole pas », a titré un quotidien, critiquant les tentatives de récupération politique de l’héritage de Marc Bloch. Certains médias ont également pointé le contraste entre l’hommage unanime rendu à l’historien et les débats actuels sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, notamment autour de la question de la collaboration.
La cérémonie a également relancé les discussions sur d’éventuelles futures panthéonisations. Un ancien conseiller présidentiel a annoncé son intention de proposer la candidature du chef cuisinier Paul Bocuse, suscitant des réactions mitigées, y compris au sein de sa famille.