Un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran doit être signé vendredi 19 juin à l’hôtel Bürgenstock, en Suisse, pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient déclenchée fin février. Ce protocole, déjà paraphé électroniquement par Donald Trump, son vice-président JD Vance et le négociateur iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, ouvre une période de soixante jours de négociations pour aboutir à un accord définitif. La cérémonie de signature coïncidera avec l’annonce par les États-Unis d’une réouverture complète du détroit d’Ormuz, une artère stratégique pour le commerce mondial de pétrole.
Un accord signé sous médiation pakistanaise et qatarie
Le lieu de la signature, l’hôtel Bürgenstock, a été choisi pour des raisons de sécurité et de neutralité, selon le ministère suisse des Affaires étrangères. Il est propriété du fonds souverain du Qatar, l’un des deux médiateurs avec le Pakistan. Le vice-président américain JD Vance sera présent, tandis que la participation de Donald Trump reste incertaine. Le président américain a indiqué que le détroit d’Ormuz serait « complètement ouvert » vendredi, une annonce saluée par les marchés pétroliers, où le baril de Brent est repassé sous les 80 dollars pour la première fois depuis mars.
« Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit », a déclaré Donald Trump sur son réseau Truth Social. « Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! » Des médias iraniens ont confirmé le passage de trois pétroliers et deux cargos dans la zone, tandis que les États-Unis n’ont pas encore validé cette information. Le blocus américain sur les ports iraniens, en place depuis le 13 avril, a été levé selon Téhéran, bien que Washington n’ait pas confirmé ce point.
« La réouverture du détroit fixe un résultat concret, mais les modalités de gestion future restent un sujet de négociation entre les deux parties. »
Des divergences sur les frais de passage et le nucléaire
L’Iran et les États-Unis donnent des versions différentes des conditions de réouverture du détroit. Téhéran évoque des « frais de service » pour les navires empruntant le passage, tandis que Washington insiste sur une réouverture « sans péage ». « Nous nous attendons à ce que le détroit soit rouvert sans péage à long terme », a affirmé JD Vance sur CNBC. Cette divergence pourrait compliquer les négociations, tout comme les questions liées au programme nucléaire iranien et à la levée des sanctions américaines.
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a précisé que les soixante jours de négociations porteront sur quatre sujets : la levée des sanctions, le nucléaire, la reconstruction économique de l’Iran et un mécanisme de suivi des engagements. « Nous avons un passif d’engagements non tenus, non appliqués, abandonnés, tout cela est présent dans notre esprit », a-t-il averti. L’Iran cherche également à obtenir une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pour soutenir l’accord final.
Donald Trump a indiqué dans une interview au New York Times qu’un volet des discussions concernerait un moratoire de vingt ans sur l’enrichissement d’uranium par l’Iran, tout en laissant entendre qu’un compromis sur quinze ans pourrait être envisagé. JD Vance a ajouté que des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) seraient autorisés à se rendre en Iran pour aider à « détruire son stock d’uranium hautement enrichi ».
Réactions contrastées dans la région et au-delà
L’accord a été accueilli avec prudence ou soulagement dans la région. Le président libanais Joseph Aoun a salué un « pas positif vers une baisse des tensions », tandis que le Qatar, médiateur clé, a exprimé un « optimisme prudent ». En Israël, l’accord est perçu comme un échec par une grande partie de la classe politique et de la société. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a affirmé que ses troupes resteraient au Liban, en Syrie et à Gaza « aussi longtemps que nécessaire », malgré les demandes iraniennes de retrait israélien du Liban.
« Le peuple iranien n’a rien gagné avec cet accord », a réagi Arya, un professeur d’anglais à Téhéran. « Les gens ne vont pas revenir à leur vie d’avant. » Au Liban, certains déplacés envisagent un retour dans le sud, bien que les infrastructures soient largement détruites. « Même s’il ne reste que des ruines, nous y planterons une tente et nous y resterons », a déclaré Hana al-Jamma.
Les Européens, réunis au G7 à Évian, tentent de s’immiscer dans le processus pour éviter une issue trop favorable à l’Iran, notamment sur le nucléaire. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué l’accord comme une « victoire de la diplomatie », tout en insistant sur la nécessité de garantir que l’Iran n’acquière jamais l’arme nucléaire. Emmanuel Macron a proposé l’aide de la marine française pour sécuriser le détroit d’Ormuz, une offre que Donald Trump a jugée « pas nécessaire » pour l’instant.
Un accord encore fragile, des négociations à venir
Si l’accord-cadre marque une étape importante vers la fin de la guerre au Moyen-Orient, de nombreux points restent à trancher. Les soixante jours de négociations qui s’ouvrent vendredi en Suisse seront cruciaux pour déterminer les modalités concrètes de la réouverture du détroit d’Ormuz, la levée des sanctions et le futur du programme nucléaire iranien. Les réactions contrastées dans la région, notamment en Israël et au Liban, montrent que la stabilité reste fragile.
Les marchés pétroliers, bien que soulagés par l’annonce de la réouverture du détroit, restent prudents. Les experts estiment que le retour à une situation normale prendra du temps, en raison des infrastructures endommagées et des incertitudes persistantes. « Même si nous revenons à des prix que le monde a connus auparavant, cette crise a entraîné des ondes de choc sur le secteur énergétique mondial », a déclaré Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
La publication complète du protocole d’accord, attendue dans les prochains jours, devrait apporter des précisions sur les engagements des deux parties. En attendant, les acteurs régionaux et internationaux restent vigilants, conscients que la paix au Moyen-Orient dépendra de la capacité des États-Unis et de l’Iran à transformer cet accord préliminaire en un traité durable.