Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé, mardi 16 juin, la relaxe de Nicolas G., un animateur périscolaire de l’école élémentaire Titon (11e arrondissement), accusé d’agressions sexuelles et de harcèlement sur neuf élèves de CM1. L’audience s’était tenue à huis clos le 5 mai. Le parquet avait requis dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis.
Des faits jugés « inappropriés » mais non constitutifs d’une infraction
Dans son jugement, le tribunal a reconnu que le comportement de l’animateur était « inapproprié » et « en décalage avec le positionnement attendu dans le contexte de l’animation scolaire et l’âge des élèves ». Les magistrats ont toutefois estimé que les éléments présentés ne permettaient pas de retenir une qualification pénale. Selon les articles consultés, Nicolas G. était notamment accusé d’avoir imposé des câlins prolongés, utilisé des surnoms intimes (« mon cœur », « mon trésor », « mon chaton »), raconté des histoires de viol et touché la poitrine d’une élève.
« Si certains parents ont fait état d’éléments évocateurs de troubles psychologiques chez leurs enfants, les éléments du dossier ne permettaient pas d’attribuer précisément ces troubles au comportement inapproprié de l’animateur », a indiqué le tribunal, selon les sources citées. Les juges ont également relevé que les agissements ne présentaient pas un « caractère humiliant ou dégradant » ni une « finalité propre de dégradation des conditions de vie des élèves ».
« La décision distingue les faits rapportés par les enfants, les qualifications retenues par le parquet et l’appréciation judiciaire des éléments constitutifs de l’infraction. »
Une relaxe qui suscite l’incompréhension des familles
La relaxe a provoqué la colère des parents des enfants concernés. Plusieurs d’entre eux, cités par les médias, ont exprimé leur « indignation » et leur « incompréhension ». Pénélope Ponchelet, mère de l’une des élèves, a dénoncé « la lâcheté systémique d’institutions et de tribunaux d’une indulgence coupable ». L’avocate de cinq familles, Me Julie Chalumeau, a réagi en estimant que « cette décision suscite une très grande incompréhension », ajoutant que « dans ce dossier, il semblait qu’il y avait énormément d’éléments qui établissaient que le comportement allait au-delà du comportement inapproprié ».
Le parquet de Paris, interrogé par l’AFP, n’a pas indiqué s’il comptait faire appel. Aucune déclaration officielle de l’institution n’a été publiée à ce stade.
Un contexte marqué par une série d’accusations dans le périscolaire parisien
Cette affaire est la première jugée depuis la multiplication des signalements pour agressions sexuelles dans le périscolaire parisien. Depuis début 2026, 132 animateurs ont été suspendus, dont 52 pour « suspicions de violences sexuelles ou sexistes », selon les chiffres communiqués par la mairie de Paris. En avril, le maire PS Emmanuel Grégoire avait annoncé un plan d’action de 20 millions d’euros pour renforcer la sécurité dans les activités périscolaires, qualifiant la situation de « systémique ».
David Belliard, maire écologiste du 11e arrondissement, a réagi à la relaxe en déclarant que « la protection des enfants et l’application du principe de précaution maximal doivent primer sur toute autre considération ». Le collectif MeTooÉcole, représenté par Barka Zerouali, a pour sa part qualifié la décision de « gifle pour les familles concernées », soulignant que « la justice a relaxé un homme mais elle n’a pas effacé l’incapacité des institutions à protéger les enfants avant qu’un dossier arrive devant un tribunal ».
Une autre affaire similaire doit être jugée le 7 juillet. Lors de l’audience du 26 mai, le parquet avait requis un an d’emprisonnement sous bracelet électronique contre un animateur également accusé d’agressions sexuelles.
Une décision judiciaire qui interroge les limites de la qualification pénale
La relaxe de Nicolas G. illustre la difficulté à qualifier pénalement certains comportements, même lorsqu’ils sont jugés inappropriés par les magistrats. Le tribunal a souligné que l’animateur aurait dû faire l’objet de « rappels à l’ordre » et d’une « formation », mais que les éléments présentés ne permettaient pas de retenir une infraction pénale. Cette distinction entre manquement professionnel et qualification judiciaire reste au cœur des débats soulevés par cette affaire.
Le parquet de Paris n’a pas encore précisé s’il comptait interjeter appel. Les familles, quant à elles, devront attendre les éventuelles suites judiciaires pour voir leur demande de reconnaissance des faits aboutir. La prochaine audience, prévue le 7 juillet, pourrait apporter des éléments supplémentaires sur la manière dont la justice appréhende ces dossiers dans le contexte actuel du périscolaire parisien.