Le gouvernement français a présenté mardi 16 juin un plan visant à accélérer l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans la fonction publique. Ce plan inclut un investissement supplémentaire de 655 millions d’euros dans le cadre du programme France 2030, ainsi que le déploiement d’un assistant conversationnel souverain pour environ un million d’agents de l’État.
Un investissement de 655 millions d’euros pour soutenir l’IA
Sébastien Lecornu, Premier ministre, a annoncé que les 655 millions d’euros supplémentaires seront consacrés au développement des infrastructures, des capacités de calcul, de la recherche et des filières industrielles liées à l’IA. Cet investissement s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la souveraineté numérique de la France et à moderniser les services publics.
« Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique », a déclaré Sébastien Lecornu, soulignant la nécessité de « construire une véritable autonomie » pour éviter de dépendre de partenaires étrangers. Cette annonce intervient à la veille de l’ouverture du salon VivaTech à Paris, dédié aux nouvelles technologies.
« Le même investissement est présenté comme un soutien à l’innovation et comme une réponse à la dépendance technologique. »
Un assistant conversationnel souverain pour les agents publics
Le gouvernement va généraliser un outil conversationnel baptisé « l’Assistant », alimenté par les modèles de la startup française Mistral AI. Cet outil, décrit comme un « ChatGPT en version souveraine », sera déployé auprès d’environ un million d’agents de la fonction publique d’État, sur un total de 2,6 millions. Son coût est estimé à 700 000 euros, incluant l’accès aux modèles de Mistral.
« C’est l’équivalent de ChatGPT mais en version souveraine, sécurisée, pour pouvoir faire de la recherche documentaire, de la synthèse, de l’analyse, des résumés », a expliqué David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, sur France 2. L’objectif est d’aider les agents à se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée en automatisant certaines procédures administratives, comme la gestion de dossiers judiciaires ou les appels à projets pour les enseignants-chercheurs.
Une phase d’expérimentation a déjà été menée auprès de 10 000 agents. Le déploiement généralisé débutera dès ce mois de juin, avec une attention particulière portée à la sécurité des données et à la souveraineté technologique.
Une rupture avec Palantir au profit d’une solution française
Dans le cadre de ce plan, le gouvernement a également annoncé la fin du partenariat entre la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la société américaine Palantir, spécialisée dans l’analyse de données. La DGSI utilisera désormais les services de ChapsVision, une entreprise française fondée en 2019, qui a généré 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.
« ChapsVision a désormais vocation à devenir le socle technologique sur lequel s’appuieront, au-delà du ministère de l’Intérieur, de nombreuses administrations publiques pour leurs besoins critiques de traitement de la donnée », a précisé l’entreprise dans un communiqué. Cette décision s’inscrit dans une volonté de réduire la dépendance aux technologies étrangères, notamment américaines, après des restrictions imposées par l’administration Trump à l’accès aux modèles d’IA d’Anthropic pour les ressortissants non américains.
Palantir a toutefois réagi en affirmant que son contrat avec la DGSI demeurait valide, malgré l’annonce du gouvernement.
Une négociation sociale pour encadrer l’usage de l’IA
Le déploiement de l’IA dans la fonction publique s’accompagne d’une négociation sociale avec les syndicats, qui doit débuter jeudi 18 juin. Un accord-cadre a été transmis aux organisations syndicales représentatives pour servir de base à ces discussions. Les syndicats insistent sur la nécessité de garantir la « prééminence de l’humain » dans les processus et d’éviter toute suppression de postes liée à l’automatisation.
« Il ne faut pas de déploiement de l’IA sans penser la finalité », a prévenu Luc Farré, secrétaire général de l’Unsa fonction publique. Roxane Sirven, de la CGT fonction publique, a ajouté qu’il était essentiel de « ne pas entraîner de suppressions de postes ».
Des formations à l’intelligence artificielle seront également mises en place dans les écoles du service public, comme l’Institut national du service public (INSP, ex-ENA) ou l’Institut national des études territoriales (Inet).
Un plan dans un contexte de tensions géopolitiques
Ces annonces interviennent dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques autour de l’accès aux technologies d’IA. L’administration américaine a récemment restreint l’accès aux modèles les plus avancés d’Anthropic pour les ressortissants non américains, invoquant des raisons de « sécurité nationale ». Cette décision a relancé les débats sur la souveraineté numérique en Europe et la nécessité de développer des solutions locales.
Le gouvernement français espère que ce plan permettra de réduire l’usage d’outils d’IA « clandestins » par les agents publics, jugés moins sécurisés. Il prévoit également de généraliser d’autres outils, comme « Diplo IA », un service de traduction différé développé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, ainsi qu’un assistant santé public pour le site Ameli de l’Assurance maladie.
La capacité des ministères à utiliser l’IA sera désormais prise en compte dans les arbitrages budgétaires pour 2027, a précisé Sébastien Lecornu. Cette mesure vise à inciter les administrations à adopter ces technologies, tout en réalisant des économies.
Le déploiement de ces outils s’inscrit dans une réorganisation plus large du numérique de l’État, après une cyberattaque ayant visé l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) en mai 2026, qui a exposé les données de près de 12 millions d’utilisateurs. Le gouvernement a annoncé mi-mai la création d’une nouvelle Autorité du numérique et de l’intelligence artificielle de l’État, aux côtés de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi).