Les dirigeants des sept grandes puissances industrialisées (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni), réunis depuis lundi à Évian, ont affiché mardi leur unité pour intensifier la pression sur la Russie et accompagner la sortie de crise au Moyen-Orient. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, présent au sommet, a été accueilli par Emmanuel Macron pour une réunion de travail consacrée à la sécurité de l’Ukraine et de l’Europe.
Sanctions contre la Russie et soutien à Kiev
Les membres du G7 ont annoncé leur intention de renforcer les sanctions contre la Russie, notamment dans le secteur énergétique, principale source de financement de l’effort de guerre russe. « Nous allons rétablir certaines sanctions sur le pétrole russe, suspendues jusqu’ici pour éviter une flambée des cours », a déclaré le président américain Donald Trump. Cette décision intervient après la conclusion d’un accord entre Washington et Téhéran, qui devrait permettre une réouverture progressive du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % de la production mondiale d’hydrocarbures.
Les dirigeants ont également réaffirmé leur soutien à l’Ukraine, en promettant de fournir davantage de moyens de défense antiaérienne et de consolider les acquis militaires de Kiev sur le terrain. « La dynamique est en faveur de l’Ukraine », a souligné une source diplomatique française, précisant que les Sept actaient « quatre principes » pour augmenter la pression sur Moscou. Le chancelier allemand Friedrich Merz a offert un maillot de football floqué au nom de Donald Trump, en référence à son statut de 47e président des États-Unis, pour marquer cette unité.
Volodymyr Zelensky a salué ces annonces, déclarant : « C’est formidable que tout le monde comprenne que la Russie ne va pas gagner et que nous devons pressuriser Poutine pour qu’il mette un terme à cette guerre. » Le président ukrainien a également montré aux dirigeants du G7 des photos des dégâts causés par des frappes russes sur une cathédrale historique à Kiev, survenues la veille.
« Les sanctions énergétiques visent à couper les financements de la guerre, tandis que le soutien militaire à Kiev cherche à inverser le rapport de force sur le terrain. »
Un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran
En marge des discussions sur l’Ukraine, les dirigeants du G7 ont également abordé la situation au Moyen-Orient, après l’annonce dimanche d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à leur conflit. Ce document, qui doit être signé vendredi au Bürgenstock en Suisse, prévoit des négociations techniques sur quatre sujets : la levée des sanctions contre Téhéran, la question du nucléaire iranien, la reconstruction de l’Iran et un mécanisme de suivi des engagements pris.
Donald Trump a assuré que « l’Iran n’aura jamais l’arme nucléaire », ajoutant que le matériel nucléaire iranien serait « détruit en temps et en heure ». Le président américain a également indiqué que les États-Unis n’avaient « aucune obligation » d’investir en Iran après la conclusion de cet accord. Les dirigeants du G7, rejoints par ceux de l’Égypte, du Qatar et des Émirats arabes unis, ont discuté des moyens d’accompagner la réouverture du détroit d’Ormuz et de stabiliser la situation au Liban.
Les Européens, qui tentent de s’immiscer dans ce processus, cherchent à éviter une issue trop favorable à Téhéran, notamment sur son programme nucléaire. « Les capitales européennes veulent éviter que l’Iran ne profite de cet accord pour renforcer son influence dans la région », a indiqué une source diplomatique.
L’intelligence artificielle et la souveraineté numérique
Le sommet a également été l’occasion d’aborder des enjeux technologiques, notamment la régulation de l’intelligence artificielle (IA). La France a annoncé un investissement supplémentaire de 655 millions d’euros dans ce domaine, dans le cadre du programme France 2030. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a précisé que ces fonds soutiendraient « les infrastructures, les capacités de calcul, la recherche et les entreprises ».
Par ailleurs, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a rompu son partenariat avec la société américaine Palantir, cofondée par un proche de Donald Trump, pour se tourner vers une solution française, ChapsVision. « Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique », a justifié Sébastien Lecornu, soulignant la nécessité de « construire une véritable autonomie » pour la France.
Un sommet sous tension, entre espoirs et incertitudes
Si les annonces du G7 marquent une volonté commune d’agir sur les crises en Ukraine et au Moyen-Orient, plusieurs incertitudes persistent. Les sanctions contre la Russie dépendront de la capacité des pays du G7 à coordonner leur mise en œuvre, tandis que l’accord avec l’Iran devra encore être validé par des négociations techniques dans les 60 prochains jours. Par ailleurs, la question du nucléaire iranien reste un sujet de friction, notamment sur le sort des stocks d’uranium enrichi détenus par Téhéran.
Sur le front ukrainien, Volodymyr Zelensky a proposé une rencontre avec Vladimir Poutine aux États-Unis, mais Moscou n’a pas encore répondu à cette invitation. « L’objectif reste de favoriser un dialogue direct entre Zelensky et Poutine, mais il revient à Moscou de donner des signaux concrets de volonté de paix », a souligné une source italienne. Enfin, les discussions sur l’IA et la souveraineté numérique pourraient se heurter aux divergences entre les États-Unis et l’Europe sur la régulation des géants technologiques.
Le sommet se poursuit mercredi avec un déjeuner réunissant les dirigeants du G7 et des acteurs majeurs du secteur technologique, où seront abordées des questions comme la régulation des réseaux sociaux et la protection des données. Les prochains jours diront si les engagements pris à Évian se traduiront par des actions concrètes.